Article actualisé. Jeudi 29 janvier 14h30. Après le blocage, la mobilisation se poursuit. Un comité de soutien s’est mis en place. Adoma reste sourd aux revendications… chantier bloqué ! Les résidents et délégués du foyer de travailleurs migrants appellent à venir les soutenir jeudi 29 janvier à partir de 8 h du matin devant le foyer, 12 rue David Siqueiros, à Saint-Denis

, par La Rédac’

Les résidents et délégués du foyer Adoma situé 12 rue David Siqueiros, Saint-Denis, métro Saint-Denis Université, appellent à venir les soutenir. lls ont décidé de bloquer le chantier de démolition du foyer en l’absence d’engagements de la part d’Adoma (ex-Sonacotra). Des luttes des foyers Sonacotra à Adoma aujourd’hui, une histoire de droits et de solidarités.

Ce jeudi 29 janvier dès 8 heures, les résidents du foyer, comme ils l’avaient annoncé et avec un appel à les soutenir, étaient mobilisés pour s’opposer au démarrage des travaux prévu par Adoma.

Au matin du 29 janvier, le foyer bloqué. (photo D. Cittanova)

Si des forces de police étaient présentes, Adoma n’a pas jugé utile d’être présent. Tout un symbole.

Parmi les soutiens de nombreux jeunes étaient présents et ont participé à deux assemblées générales d’une tonalité très combative.

Les résidents sont convaincus d’être au début d’un mouvement qu’ils entendent étendre jusqu’à faire céder Adoma sur leurs revendications et en particulier celle qu’affichait une banderole : "Relogement pour tous ! "
Les résidents ont fait visiter le foyer à un groupe de jeunes qui ont pu découvrir des chambres de 7m2 à 350€/mois faites de « cloisons en carton » avec toilettes et douches insalubres. Un résident présent depuis l’ouverture du foyer en 1974 résumait la situation d’une phrase : « Avec ce que j’ ai versé à la Sonacotra puis à Adoma, j’aurais pu me payer une maison ! »
Un comité de soutien s’est mis en place.

Le Blog de Saint-Denis informera des suites de la mobilisation.

Ci-dessous notre article du 27 janvier.

Le foyer Adoma situé à proximité de la cité Allende est une tour de 13 étages constitué de 304 chambres. Depuis de nombreuses années des projets de rénovation des foyers de travailleurs migrants sont à l’ordre du jour. Un projet a été arrêté par l’opérateur Adoma mais celui-ci ne convient pas aux résidents et ce pour de multiples raisons.

D’abord, parce qu’il n’y a pas de garanties que toutes les personnes aujourd’hui occupant le foyer soient relogées à l’issue du projet. En effet, de 304 chambres le projet de rénovation ne prévoit que 198 relogements sur les 2 sites, celui d’Allende et celui situé à Romain Rolland.

Le foyer actuel, une tour et ses 304 chambres (photo D. Cittanova).

Pour cela , les résidents et les délégués font des propositions. Ils proposent de modifier la hauteur des bâtiments pour accroitre leur capacité permettant de reloger l’ensemble des résidents. Des propositions tout à fait raisonnable puisque qu’il s’agit de passer sur un bâtiment de R+2 à R+3, un. autre à R+4 sur le foyer d’Allende et de passer de R+4 à R+6 sur Romain Rolland.

Des gabarits, des volumes qui restent tout à fait compatibles avec chacun des quartier existant, une rue pavillonnaire mais avec une mixité d’habitat, de hauteurs puisqu’en toute en toute proximité de la cité Allende et de la mosquée rue Henri Barbusse.

Du côté de Romain Rolland, la demande d’accroitre la hauteur de r+4 à R+6 est là aussi tout à fait compatible avec le quartier où des immeubles atteignent R+13.

Derrière ces questions de gabarit se joue un élément essentiel : celui d’une solidarité entre les résidents pour qui une rénovation ne peut signifier la perte d’un logement pour leurs camarades.

Une question de solidarité et de mode de vie collective qu’ils entendent préserver, raison pour laquelle ils exigent à la fois des solutions de relogement pour les surnuméraires qui sont à la recherche d’un logement et une convention permettant au comité de résidents d’utiliser – sous sa responsabilité et selon les besoins des résidents - les salles polyvalentes.

De la même manière, ils exigent d’être traités dans le cadre du droit commun qui doit s’appliquer à tout locataire, raison là aussi pour laquelle ils exigent l’ouverture d’une négociation générale avec la Direction nationale d’Adoma pour changer le règlement intérieur et donner aux résidents des droits et garanties identiques à ceux de tout locataire.

En effet comme le souligne Michael Hoare du Collectif pour l’avenir des foyers (Copaf) : "Le contrat d’un résident peut être résilié s’il change sa serrure, duplique sa clef, héberge un membre de sa famille ou un ami, installe une étagère ou possède un chien, un chat ou un poisson rouge. L’accès au studio doit être ouvert au personnel pour tout « besoin de service ». Des représentants des résidents sont élus mais ne peuvent ni modifier le règlement intérieur, ni contester les augmentations de redevances, ni vérifier les charges. Autrement dit, le résident d’un logement-foyer est considéré comme un mineur sous la tutelle du gestionnaire."

Solidarité entre les résidents, maintien d’espace de vie collective, respect des droits et revendication de rentrer dans le droit commun, ces éléments sont une constance des luttes menées depuis des décennies dans les foyers. Des foyers Sonacotra aux foyers Adoma, ces questions demeurent cruciales.

C’est aussi la modification du statut qui inquiète : passer d’un statut de Foyer pour Travailleur Migrant à une résidence sociale n’est pas sans conséquence d’autant qu’aujourd’hui l’opérateur, contrairement à ce qui a été la règle pour l’accueil et le logement des travailleurs migrants dans le passé a aujourd’hui des impératifs de rentabilité.

Les luttes de travailleurs des foyers ne datent pas d’aujourd’hui. Tout comme la mobilisation de leurs soutiens.

On lira avec intérêt un reportage sous la plume de Juliette Seydi dans un numéro du JSD daté de décembre 2006 intitulé "Foyers de la honte ".

A Saint-Denis, Jean Bellanger est depuis de nombreuses années, on dira même décennies, particulièrement investi dans ce combat, tout comme le Collectif pour l’avenir des foyers avec Geneviève Petauton et Boubou Soumare.

Jean Bellanger lors d’un cours d’alphabétisation.

On pourra aussi retrouver sa présence dans la Revue de l’Institut d’Histoire Sociale de la Cgt d’Île-de-France où plusieurs pages sont consacrés au sujet sous la plume de Gilbert Dubant : "Entre bidonvilles et marchands de sommeil, les foyers d’immigrés et le rêve HLM" en 2015.

Autant de raisons pour lesquelles l’association de Jean Bellanger, Ensemble Vivre Travailler et Coopérer (EVTC) a pris position en soutien à cette bataille.

C’est la raison aussi des courriers qu’il a adressés au maire Mathieu Hanotin et à la première adjointe Katy Bontinck, leur demandant d’appuyer les revendication des résidents.

Des courriers adressés fin décembre 2025 et pour le dernier le 7 janvier 2026 qui sont restés sans réponse. Nous les publions.

Un silence qui ne cadre pas avec le rapport adopté au conseil de territoire du 18 novembre 2025 qui porte sur l’Approbation du Bilan 2024 du Programme Local de l’Habitat 2022-2027 et qui indique en page 56 que : "Pour rappel, Plaine Commune garantit les emprunts des projets de résidence sociale et peut participer au financement des MOUS relogements à hauteur de 20% sous réserve que certaines conditions soient remplies : la signature d’un protocole de concertation avec les résidents pour chaque résidence, l’approbation d’un projet social, et l’engagement du gestionnaire à présenter un bilan annuel de chaque résidence sociale."

Un protocole de concertation ? encore faut-il qu’Adoma accepte l’ouverture de négociations ce que demandent les résidents et leurs délégués… Les délibérations que fait adopter le maire-président de Saint-Denis et Plaine Commune ; Mathieu Hanotin, n’ont-elles qu’une valeur d’affichage ou cette politique se résume-elle à "garantir les emprunts" sans apporter de garantie aux résidents ?

Une vue de l’assemblée générale du 27 janvier (photo D. Cittanova).

Refus d’Adoma, silence du maire, c’est aux résidents, leurs délégués et leurs soutiens de se faire entendre et c’est la volonté des résidents réunis ce mardi 27 janvier en assemblée générale. C’est jeudi à 8 h du matin devant le foyer au 12 rue David Siqueiros, à Saint-Denis.

PS : On lira dans le portfolio l’ensemble des revendications avancées par les résidents et leurs délégués et tous les documents et courriers cités dans cet article.