Azat Miftakhov, brillant mathématicien russe, emprisonné depuis 2019 vient d’être transféré dans la colonie où Alexeï Navalny est mort. Soutien aux opposants russes, le 25 avril à Paris ; 14 h à 17 h, 67 rue de Turbigo, annexe de la Bourse du travail de Paris

, par Michel Ribay

Avant la soirée de soutien à l’Ukraine et aux forces d’opposition russes à la guerre, avec la projection de deux films documentaires au cinéma L’Ecran le dimanche 19 avril, nous avions interrogé les responsables de deux associations, Sophie Bouchet-Petersen pour Ukraine CombArt et Marie-Laetitia Garric Gribinski de l’association dionysienne Solidarité FreeAzat.

Azat Miftakhov, emprisonné depuis 2019 pour son opposition au régime expansionniste et impérialiste de Vladimir Poutine, est actuellement en cours de transfert pour la prison de haute sécurité de Kharp.

Située au pôle nord dans la région autonome de Iamalo Nenetsie, c’est une zone inaccessible, aride, aux températures extrêmes (températures négatives d’octobre à mai descendant jusqu’à -50 degrés). Cette colonie pénitentiaire est connue pour ses conditions carcérales inhumaines. C’est l’endroit même où l’opposant AlexeÏ Navalny a été tué.

Isolé au-delà du cercle polaire et dans de telles conditions, Azat Miftakhov encourt un très grand danger.

REUNION D’URGENCE POUR SAUVER AZAT MIFTAKHOV
SAMEDI 25 AVRIL 2026 14H-17H, 67 RUE DE TURBIGO – 75003 PARIS

« La guerre n’est pas encore terminée. Toute guerre s’achève par le dénombrement des morts et des blessés, la liste des maisons, des écoles et des universités détruites, des églises et des musées en ruine. On procédera à ce terrible inventaire, mais plus tard, quand la guerre sera finie. […] L e 1er janvier alors que je passais devant l’aire de jeux du parc Chevtchnenko où un missile russe a explosé en octobre dernier, j’ai entendu des enfants jouer dans le bac à sable en traitant Poutine de salaud. Les enfants répéteront toujours les gros mots que disent les adultes. Je ne fais aucun reproche aux parents, tout le pays pense et dit la même chose. »
Andreï Kourkov, Notre Guerre quotidienne, 24.02.2023, un an plus tard. Extrait.

– Qu’est ce qui a présidé à la création de vos associations ? Quels en ont été les moments, les étapes clés ? Vos objectifs ?
Sophie Bouchet-Petersen – Ukraine CombArt a été créée au lendemain de l’invasion à grande échelle par un groupe d’amis français et ukrainiens. Son premier président était un cinéaste ukrainien qui combat aujourd’hui dans la région de Kharkiv. Sa présidente actuelle, Chowra Makaremi, est anthropologue et chercheuse au CNRS. Nos objectifs sont multiples  : soutenir les artistes ukrainiens, toutes disciplines confondues, engagés dans la résistance civile et militaire ; faire connaître la culture et l’histoire ukrainiennes d’hier et d’aujourd’hui ; combattre la propagande poutinienne et ses relais en France ; sensibiliser et mobiliser l’opinion française.
Marie-Laetitia Garric Gribinski– L’association Solidarité FreeAzat est née du désir d’un groupe de militants français de créer des liens de discussion, voire d’actions avec des Russes opposés à la guerre d’agression impérialiste lancée par Vladimir Poutine. Pour nous, créer ces liens, était une façon d’entrer en résistance contre cette guerre. L’étape majeure dans la constitution de notre association a été la campagne que nous avons menée en décembre 2022 pour libérer le mathématicien russe Mikhail Lobanov, arrêté pour sa prise de position publique contre la guerre. Avec le mathématicien Michel Broué, co-fondateur du « Comité des Mathématiciens » - qui dans les années 70 a œuvré à la libération très médiatisée du mathématicien ukrainien, Leonid Pliouchtch – nous avons collecté des soutiens auprès de politiques, syndicalistes et intellectuels de divers pays. En 15 jours, et contre toute attente, Mikhail a été libéré.
Mikhail Lobanov et Michel Broué nous ont parlé d’Azat Miftakhov, brillant mathématicien russe emprisonné depuis 2019 pour son opposition au pouvoir et qu’aucune campagne n’a permis de libérer. Nous avons créé Solidarité FreeAzat pour unir des personnes de toute nationalité dans un combat pour la libération d’Azat.

– Quelle est la nature de vos actions ? Comment se développent vos activités ? De quel soutien disposez-vous ?
Sophie Bouchet-Petersen – Depuis 2022, nous avons organisé de nombreuses projections de films ukrainiens et sur l’Ukraine, des concerts (comme celui avec notre ami Oleg Skrypka, rocker culte en Ukraine), des expositions, des rencontres, et participé à toutes les manifestations pour l’Ukraine. Nous publions une Newsletter mensuelle, des tribunes dans la presse (Le Monde, Libération, blog Mediapart) et des flyers thématiques. Nous écrivons régulièrement dans la revue en ligne Soutien à l’Ukraine résistante. Nous organisons des collectes et des vide-greniers pour financer nos activités et aider des amis qui ont pris les armes (drones, lunettes de vision thermique, etc.) et des structures hospitalières (comme le Centre mères enfants de Dnipro) ; les destinataires de ces aides en circuit court sont toujours connus de nous et nommément identifiés.
Nos activités sont généralement auto-financées mais des aides ponctuelles, publiques et privées, sont parfois apportées à des initiatives précises que nous organisons.
Marie-Laetitia Garric Gribinski – Nous menons principalement des campagnes de communication et de soutien direct à Azat et ses proches, pour faire connaître sa cause : pétitions, campagnes de lettres, journées internationales devant les ambassades russes, performance artistique, contacts avec la pesse.
Nous organisons des événements contre la guerre ou le fascisme avec des camarades russes, comme par exemple la journée antifasciste du 19 janvier qui cette année a donné lieu à une quarantaine de rassemblements en Russie et ex-URSS.
Parallèlement nous aidons des Russes pourchassés en raison de leur opposition à la guerre, à obtenir des visas pour la France. Une fois en France, nous les hébergeons dans les premiers temps et les aidons dans les démarches de demande d’asile.
Lors de notre première campagne nous avons bénéficié du soutien de personnalités politiques et d’intellectuels qui ont signé notre pétition comme Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent, Johann Chapoutot, Noam Chomsky ou encore, le tout nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko ; nous sommes d’ailleurs une associations dionysienne. Depuis, nous avons reçu le soutien de l’association La Libre Pensée.

– Quels sont vos liens avec les réfugiés ukrainiens ici en France ? la communauté russe en France ? Quels liens avec la société civile ukrainienne, russe ? Des associations ? Des syndicats ? Des médias ? Des associations de défense des droits de l’homme ? Des médias indépendants ? Avec d’autres associations de solidarités en Europe ?
Sophie Bouchet-Petersen – Ukraine CombArt est membre du Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (RESU). Nous agissons avec l’Union des Ukrainiens de France et des associations amies, françaises et ukrainiennes (marches hebdomadaires à Paris, manifestations annuelles en février (commémoration de l’invasion à grande échelle) et d’août (indépendance de l’Ukraine). En Ukraine et avec le RESU, nous sommes en particulier en contact avec le syndicat indépendant du personnel hospitalier Sois comme nous sommes, l’association féministe Bilkis, les vétéranes de Veteranka. En France, nous coopérons avec l’association Russie Libertés. Un membre du RESU, mathématicien comme Azat Miftakhov, est également engagé dans la campagne Free Azat.
Marie-Laetitia Garric Gribinski – Nous sommes liés à des dizaines de militants politiques et syndicalistes russes, qui vivent en Russie ou dans l’émigration. Nous travaillons avec de nombreuses associations russes, en particulier « Démocratie Radicale », « l’Adieu aux Armes » - association de déserteurs russes, ou le groupe Navalny France. Nous sommes récemment entrés en contact avec l’association ukrainienne Solidarity Collectives qui nous a demandé de l’aide pour libérer deux combattants ukrainiens prisonniers des geôles russes dans le Donbass.
Nous avons eu des publications dans Mediapart, le Jacobin, le Monde Diplomatique brésilien et des passages chez Radio Libertaire. Les plus gros blogueurs russes de gauche relaient nos informations et actions.

Azat Miftakhov.

– Les toutes dernières actions, informations, actualités de vos associations ?
Sophie Bouchet-Petersen – En juin 2025, nous sommes allés à Kyiv à l’invitation du Festival international du film documentaire et des droits humains Docudays UA. Deux projets nés des contacts pris lors de ce voyage viennent d’être réalisés en France. L’accueil, en mars dernier, de danseurs et danseuses du Ballet de l’Opéra national de Kyiv pour un séjour en résidence de 10 jours à l’Opéra national de Lyon et la projection d’un film sur le corps de ballet ukrainien dans la guerre, « The Sky Was on Fire : Bellet and War », qui a fait salle comble (un film, en cours d’achèvement, rendra compte de ce séjour et des nombreux échanges qui l’ont émaillé). Et le 16 avril, en collaboration avec le festival ukrainien Docudays et le Cinéma des Cinéastes, à Paris, la projection de 2 documentaires ukrainiens, « Kherson, Resistance Goes On » et « My Dear Theo », suivie de débats avec leurs réalisatrices, Tetiana Symon et Alisa Kovalenko, spécialement venues de Kyiv pour la circonstance.

Azat Miftakhov et sa femme Elena Gorban.

Marie-Laetitia Garric Gribinski – Notre dernière action d’importance a été une journée internationale pour Azat le 20 septembre 2025 avec des rassemblements et initiatives en France, en Allemagne, en Arménie, en Israël et en Syrie. Ainsi qu’une performance artistique réalisée par des acteurs en Inde, en Finlande, aux Etats Unis, au Canada, en France et en Allemagne autour d’une pièce de théâtre sur les prisonniers politiques russes et les prisonniers de guerre ukrainien. Nous souhaiterions faire connaître le film issu de la performance, Art Protest Azat September 20. Le 25 avril, nous organisons une journée de soutien pour Azat avec projection du film, une visio avec sa femme et rédaction de lettres. Cette action revêt un enjeu majeur car nous venons d’apprendre qu’Azat pourrait être transféré dans la colonie où Navalny est mort, ce qui signifie qu’Azat pourrait ne jamais revenir.

Sophie Bouchet-Petersen est secrétaire générale de l’association Ukraine Combart
Contact : contact@ukraine-combart.org
Marie-Laetitia Garric Gribinski est présidente de l’association Solidarité FreeAzat
Contact : presidence@solidarite-freeazat.org

PS : Un grand merci de la part du Blog de Saint-Denis et des associations à Marine Riou, directrice de L’Ecran, pour son accueil à notre proposition de soirée en soutien à l’Ukraine. Initialement envisagée à la date anniversaire de l’invasion le 24 février, la riche programmation de l’Ecran entre le Festival Satellites, le Panorama des films du Maghreb et du Moyen-Orient et les sorties habituelles de films a conduit à retenir le dimanche 19 avril.
Un grand merci aussi aux associations qui se sont mobilisées pour cette initiative et à la Librairie La P’tite Denise qui tiendra à cette occasion une table de livres sur le sujet.

Trois dates à retenir :

– le jeudi 16 avril au Cinéma des Cinéastes, à partir de 18h, 7 avenue de Clichy – 75017 Paris (métro Place Clichy)

Projection de 2 documentairesjamais montrés à Paris, suivie de débats avec leurs réalisatrices, Tetiana Symon et Alisa Kovalenko, en France pour cet événement.

« Kherson. Resistance Goes On » de Tetiana Symon donne la parole à 3 jeunes volontaires (dont l’un a été tué depuis) qui, dès les premiers jours de l’invasion à grande échelle, se sont mobilisés pour évacuer les civilEs prisES au piège et acheminer de l’aide humanitaire.

« My Dear Theo » raconte, sous la forme de lettres filmées à son petit garçon, pourquoi Alisa Kovalenko, cinéaste, s’est engagée dans les forces armées ukrainiennes.

Buffet ukrainien. Exposition d’oeuvres d’artistes ukrainienNEs

– le dimanche 19 avril au cinéma L’Ecran, place du Caquet, Saint-Denis

Projection de deux films et débats

18h / Tranchées de Loup Bureau, 2021. Sur la ligne de front du Donbass, les soldats du 30e bataillon de l’armée ukrainienne affrontent des séparatistes soutenus par la Russie. Au cœur des tranchées, là où chacun doit à la fois se protéger de la mort, mais aussi tenter de recréer une normalité dans l’univers anormal du conflit.
Suivi de 30 minutes d’échange 

20h10 / 20 jours à Marioupol de Mstyslav Chernov. Février 2022. Des reporters ukrainiens d’Associated Press, piégés dans la ville attaquée de Marioupol, filment les atrocités de l’invasion russe. Au plus près des civils, le réalisateur et son équipe, récompensés du Prix Pulitzer, livrent un témoignage essentiel sur la réalité de la guerre qui déchire l’Ukraine.
Suivi d’une heure d’échanges en présence des représentants des associations Ukraine CombArt et de Solidarité FreeAzat avec entre autres Alexander Bikbov, sociologue spécialiste des mouvements contestataires en Russie. D’autres intervenants seront présents.

– le 25 avril de 14 h à 17 h, Annexe de la Bourse du travail de Paris, 67 rue de Turbigo 75003 Paris

Discussion en visio avec la femme d’Azat Miftakhov et projection du film Art Protest Azat September 20 issu d’une performance artistique réalisée par des acteurs en Inde, en Finlande, aux Etats Unis, au Canada, en France et en Allemagne autour d’une pièce de théâtre sur les prisonniers politiques russes et les prisonniers de guerre ukrainien.
Echanges et rédaction de lettres pour Azat.
Buvette.