C’est la dernière séance à L’Ecran. Dimanche 2 novembre, 16h05. Le lumineux sourire, inoubliable, de Fatma Hassona, photo-journaliste assassinée par l’armée israélienne à Gaza. « Put your soul on your hand and walk », le film de Sepideh Farsi actuellement à L’Ecran. A ne pas rater.

, par Michel Ribay

« Put your soul on your hand and walk » est le fruit des conversations vidéo durant un an entre la jeune photographe Fatma Hassona assassinée lors d’un bombardement israélien à Gaza le 16 avril dernier, à l’âge de 25 ans et Sepideh Farsi, la réalisatrice du film. Un journal à travers les appels visio sur leurs smartphones. Documentant par ses photos la politique d’anéantissement de Gaza, Fatma Hassona était devenue une cible. Nous publions un extrait, traduit en français, du rapport « Kill the Press » de Forensis Architecture, qui démontre, pièces à l’appui, son assassinat.

« Ici, je peux mourir d’un bombardement, de peur ou de faim », c’est une des réponses de Fatma, aux questions de la réalisatrice iranienne réfugiée en France, Sepideh Farsi, qui l’interroge sur son quotidien à Gaza. C’est d’un bombardement ciblé qu’elle est morte ainsi que d’autres membres de sa famille, le 16 avril dernier.

Extrait traduit du rapport "Kill the press" sur l’assassinat ciblée de Fatma Hassona

Un grand merci à Lisa B. pour la traduction.

Ce rapport est le premier d’une série d’enquêtes menées par Forensic Architecture. « Kill the press » documente et analyse les exécutions extrajudiciaires et les assassinats de journalistes palestiniens par les forces israéliennes dans la bande de Gaza occupée depuis octobre 2023.
Certains de ces journalistes étaient nos amis et collaborateurs, avec lesquels nous avons mené des enquêtes sur la violence coloniale israélienne dans les Territoires palestiniens occupés.
Cette série vise à honorer leur travail, leur mémoire et leur courage.

Portée de l’analyse
Forensic Architecture a analysé des images libres de droits, des publications sur les réseaux sociaux et des témoignages afin d’enquêter sur le meurtre de la photojournaliste palestinienne Fatma R. M. Hassouna au domicile familial de la ville de Gaza, le 16 avril 2025.
L’objectif de cette étude était de déterminer si l’attaque contre le domicile familial des Hassouna était ciblée.

Contexte
Fatma Hassouna était une photojournaliste et cinéaste palestinienne de 25 ans. Depuis octobre 2023, son travail documentait exclusivement la vie quotidienne des Palestiniens pendant la campagne militaire génocidaire d’Israël à Gaza. Elle a acquis une renommée mondiale pour sa documentation des conséquences catastrophiques de cette campagne, notamment l’impact des ordres de déplacement forcé sur la vie des Palestiniens, en particulier celle des enfants. Ses récits visuels captivants lui ont valu une reconnaissance internationale et ont fait d’elle le personnage central du documentaire « Put Your Soul on Your Hand and Walk », dont la première a eu lieu le 15 mai dans la section ACID (Association pour la Distribution du Cinéma Indépendant), parallèlement au 78e Festival de Cannes.

Le 16 avril 2025, deux munitions tirées par les forces israéliennes ont touché l’immeuble où se trouvait l’appartement de la famille Hassouna, dans le quartier d’al-Tuffah, à Gaza. Les frappes ont eu lieu vers 1 heure du matin, alors que la famille dormait. Les munitions ont touché le toit de l’immeuble de cinq étages, pénétrant jusqu’au rez-de-chaussée.
Fatma a été tuée avec cinq membres de sa famille : Walaa Hassouna, Yazari Hassouna, Muhannad Hassouna, Mohammed Hassouna et Alaa Hassouna. Alaa Hassouna était enceinte de cinq mois. Les parents de Fatma ont été hospitalisés suite aux attaques. Son père, Raed Mohammed Hassouna, est décédé plus tard, laissant la mère de Fatma, Lubna, seule survivante.
Des sources militaires israéliennes ont affirmé que l’attaque visait un membre du Hamas, prétendument impliqué dans des attaques contre des soldats et des civils israéliens. L’armée a également affirmé que des précautions avaient été prises pour éviter des victimes civiles. À l’heure où nous écrivons ces lignes, aucune preuve n’a été rendue publique pour étayer ces allégations.

5. Constats
Notre analyse suggère que deux bombes aériennes ou missiles ont causé la mort de Fatma et des membres de sa famille. La force mortelle des explosions n’a pas été limitée à certaines pièces, mais a causé des dégâts dans tout l’appartement de la famille Hassouna, causant également de graves dommages aux étages adjacents et à l’immeuble voisin.
Bien que la cible réelle de la frappe n’ait pu être vérifiée de manière concluante avant l’ouverture des archives militaires, plusieurs éléments corroborent les affirmations des journalistes et des groupes de défense des droits humains selon lesquelles Fatma pourrait avoir été la cible de l’attaque.

Il s’agit notamment de :
1. L’armée israélienne a l’habitude d’utiliser des munitions à guidage de précision ;
2. L’armée israélienne a démontré d’importantes capacités de surveillance à Gaza, notamment pour repérer la présence civile dans les bâtiments.
3. La localisation du domicile de Fatma était connue du public grâce à ses publications sur les réseaux sociaux.
4. L’attaque a eu lieu vers 1 heure du matin, à un moment où la plupart des civils ne sont pas au travail et seraient rentrés chez eux.

Résumé
Notre analyse indique que le domicile de Fatma Hassouna a été ciblé par des munitions à guidage de précision (MGP), équipées de systèmes de guidage et de contrôle – dont un GPS et un détonateur à retardement – ​​conçues pour exploser à des coordonnées et à un niveau d’étage précis.

Les missiles largués par l’armée israélienne visaient spécifiquement l’appartement des Hassouna, situé au deuxième étage.
Comme le suggèrent les témoignages, les vidéos et les photographies, l’impact du tricycle a été ressenti dans tout l’appartement ainsi qu’aux autres étages de l’immeuble. Six membres de la famille Hassouna, qui dormaient dans des chambres différentes, ont été tués sur le coup. Deux autres membres de la famille ont été hospitalisés, dont l’un est décédé plus tard. Le type de munition et l’heure de l’attaque suggèrent que l’armée israélienne considérait les vies perdues comme sacrifiables.

La mort des membres de la famille Hassouna, ainsi que les dommages structurels que nous avons constatés dans tout l’appartement, sont un autre signe révélateur de la stratégie de destruction de la vie palestinienne par l’armée israélienne. Depuis le début de la campagne militaire israélienne à Gaza en octobre 2023, Forensic Architecture collecte des données relatives aux attaques de l’armée israélienne contre des civils et des infrastructures civiles. Les schémas observés concernant la conduite militaire israélienne à Gaza indiquent une campagne systématique et organisée visant à détruire la vie, les conditions nécessaires à la vie et les infrastructures vitales.

La mort de Fatma n’est qu’une parmi tant d’autres ; le ciblage des journalistes palestiniens, sans avertissement, s’est intensifié de manière exponentielle depuis octobre 2023.
Au moment de la rédaction de ce rapport, ce ciblage a été vérifié de manière indépendante par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (OHCHR) : 211 journalistes tués à Gaza depuis octobre 2023, dont 28 femmes journalistes. Le OHCHR a également déclaré qu’« aucun des cas de journalistes tués dans le territoire palestinien occupé n’a jamais fait l’objet d’une enquête transparente, ni les auteurs présumés traduits en justice par les autorités israéliennes ». En plus de diffamer le travail de journalistes comme Fatma en les présentant comme des « membres du Hamas », ces meurtres constituent une atteinte à la liberté des médias palestiniens et constituent un mépris flagrant des droits de l’homme internationaux et du droit humanitaire.

À propos de Forensic Architecture
Forensic Architecture est un cabinet de recherche basé à Goldsmiths, à l’Université de Londres, qui enquête sur les violations des droits humains, notamment la destruction de l’environnement et les violences commises par les États, les forces de police, les armées et les entreprises. Les recherches de Forensic Architecture ont été présentées comme preuves dans le cadre de procédures judiciaires nationales et internationales à travers le monde, notamment devant la Cour européenne des droits de l’homme et l’Assemblée générale des Nations Unies.