Collectif bus : témoignage d’une jeune habitante de La Plaine en situation de handicap

, par La Rédac’

Le Blog de Saint-Denis poursuit la publication des témoignages sur les conséquences de la suppression de six arrêts de bus des lignes 153, 253 et 239 en centre-ville .

J’habite à la Plaine Saint-Denis, 240 avenue du Président Wilson, et je suis atteinte d’une affection dégénérative, (Spina bifida). Je suis suivie dans plusieurs grands services hospitaliers parisiens, j’ai subi un nombre hallucinant d’hospitalisations et d’opérations, et ce n’est pas fini puisque je suis en attente de greffe et d’une nouvelle opération du pied (cette maladie affecte toutes les parties du corps). Je ne peux donc marcher longtemps, encore moins avec des courses. Je ne peux non plus porter de lourdes charges, ce qui me contraint à acheter petit à petit donc à aller souvent dans le centre.

J’ai l’habitude, quand mon état de santé me le permet, d’aller en 153 en centre-ville, au marché, chez mon primeur, à Carrefour, à l’Ecran mais aussi au centre d’imagerie du centre, devant souvent passer des échographies et radios. Je ne pensais pas que je devrais y renoncer un jour.

Cet été, bloquée à La Plaine du fait de la non desserte du centre-ville, j’ai pris mon mal en patience.

J’avais reçu dans ma boîte à lettres une information officielle de la mairie qui laissait entendre que ce serait provisoire, le temps des travaux, de même sur le journal de Saint Denis. Je ne m’inquiétais pas.
Mais je viens d’apprendre que cette information était tronquée et que le maire a bel et bien décidé de supprimer définitivement la desserte du Centre-ville par les bus 153, 253 et 239. Ce qui signifierait que la galère que j’ai connue durant le mois d’août n’était pas comme on me l’a fait croire au début « pour le temps des travaux » mais sera rendue par ces travaux irréversible.

Conséquence : je ne peux plus me déplacer librement en centre-ville, sauf à prendre la ligne bleue réservée aux personnes handicapées, avec toutes ses contraintes de temps, de réservation, de délai, de coût et qui ne répond pas à mes attentes. J’ai dû rechercher, à regret, un centre d’imagerie, accessible sur Paris, celui du centre n’étant plus accessible, pour un centre situé à Stalingrad où je me rends en Uber. Je n’ai pas remis les pieds au centre-ville depuis le mois de juillet.

Je suis d’autant plus en colère quand je lis la communication de la ville de Saint Denis qui estime qu’il n’y a pas de problèmes, que nous exagérons et que ce n’est quand même pas dramatique de demander aux gens de marcher un peu, avec à l’appui, un calcul de distances et de temps de trajet totalement farfelu, mettant sur le même plan le jeune sportif et l’octogénaire, le célibataire et la mère de famille, les bien-portants et les malades. Et comme j’ai pu le vérifier, réduisant artificiellement la distance réelle entre les nouveaux arrêts et le centre. Quel aveuglement, quel égoïsme de la part de ces élus !

De quoi nous plaignons-nous selon eux ? Nous pouvons prendre la ligne 13 entre porte de Paris et le métro Basilique. (Savent-ils seulement que ce métro ne dispose pas d’escalier mécanique descendant d’où risque de chute) ou prendre une correspondance à l’hôpital Delafontaine pour le tram T1, toujours bondé. Qu’ils ne me disent pas qu’il leur arrive de prendre ces transports !
Interdite de Centre-ville, je dois faire mes courses dans les petits magasins d’alimentation du quartier, très chers et dont le choix est limité, et réduire mes achats d’alimentation, mon seul revenu étant l’allocation AAH.

Je tiens à exprimer ici ma stupéfaction et ma colère, face à cette forme de discrimination qui revient à écarter de l’accès aux services essentiels du centre-ville les personnes fragilisées, en les renvoyant à leurs différences.

Je pensais qu’un maire devait être à l’écoute de tous les habitants. Non seulement je me suis trompée mais j’ai un drôle de sentiment selon lequel nous sommes non seulement incompris mais méprisés et ignorés. J’ajoute que je ne suis pas la seule, mes voisins, souvent âgés ou malades ou parents de petits enfants, sont dans le même état d’esprit.

L. A.