Comme une mauvaise nouvelle

, par Sylvestre Lachenal

Il faisait froid ce samedi 4 janvier. Un beau soleil d’hiver illuminait la place Victor Hugo. Les organisateurs de la cérémonie avaient réquisitionné la totalité de la salle des mariages. Des chaises réservées aux obligés, aux « ambassadeurs », aux corps constitués, installées. De grandes nappes blanches dressées, le plan de table établi avec soin. Le décor d’un banquet pour célébrer un mariage blanc.

Tout semblait prendre l’aspect d’un grand banquet ce samedi 4 janvier au matin, où sous les dorures frappées du calendrier républicain, en ce mois de Nivôse, c’est en fait un mariage blanc qui allait être célébré.

Un mariage particulier pour une journée particulière. On mariait ce jour là deux villes. On mariait de force ce matin là sans leur consentement près de 150 000 citoyens.

La démocratie bafouée, c’est aussi le droit ; la loi foulée aux pieds. Le législateur avait pourtant, depuis des décennies, caractérisé le délit. Est puni de 5 ans d’emprisonnement et 15000 € d’amende, tout mariage de complaisance, tout mariage blanc qui, en droit français, est pénalement répréhensible.

Le législateur est précis, le mariage blanc se caractérise dans le « seul but de faire bénéficier l’un des deux conjoints d’avantages ».

Dans le cas d’espèce, la réquisition du parquet devrait être implacable, les peines prononcées exemplaires puisque le mariage contracté, s’il a pour but d’avantager l’un des deux conjoints à l’avenir, l’autre en retire aussi celui de ne pas avoir à répondre du passé.

La complicité étant clairement établie, le conflit d’intérêt manifeste, la sanction devrait, suivant l’avis de l’avocat général, s’avérer elle aussi implacable.

Le législateur dans sa grande sagesse a tout prévu puisqu’au-delà des peines prononcées un tel mariage « peut être frappé de nullité. »

L’individualisation des peines prévue dans le droit français permettra aussi de sanctionner plus fortement celui qui entendait tirer à l’avenir le plus grand avantage du délit.

Ce ne serait que justice, d’autant que les juges ne voudraient sans doute pas accabler le conjoint humilié. Dès le mariage consommé, il fut si vite oublié que le plus jeune des conjoints omis de lui donner la parole.

Après avoir convoqué Victor Hugo, Albert Camus et Jean-Luc Godard (my God !) dans son homélie, cruel symbole, le jeune marié pianote sur son smartphone pendant l’allocution de son complice pérorant sur « l’histoire séculaire » et concluant avec François Mitterrand.

Les obligés citèrent Winston Churchill. Une citation de l’essai du baron d’Holbach sur « L’art de ramper, à l’usage des courtisans » aurait été plus en rapport avec le propos.

Le délit de mariage blanc caractérisé, l’instruction devrait être assez rapide, des dizaines de milliers de témoins prêts à témoigner de l’absence de consentement, l’ensemble des pièces consignées, enregistrées, mises sous scellés.

Ce mariage blanc de deux collectivités accouche de trois collectivités et pour la liste de mariage de dépenses publiques supplémentaires en matière d’indemnités. Chacun ensuite a repris ses quartiers, Michel Fourcade vers sa commune aujourd’hui déléguée ; Mathieu Hanotin a lui chaussé ses baskets pour du beffroi contempler son domaine.

Le délibéré est annoncé pour mars 2026. Il faut s’y préparer.