Nous, locataires de l’Îlot 8, nous sommes en colère.
Le Maire et la direction de Plaine Commune Habitat lancent la résidentialisation de l’Îlot 8 au Conseil Municipal du 20 novembre sans tenir compte de l’opposition de quasiment tous les locataires (167 signatures sur 184 logements) exprimée dans la pétition qui leur a été remise dès le mois de juin et en main propre publiquement lors de la réunion publique du 18 octobre.
Ils se lancent dans cette opération à marche forcée à quelques mois des municipales alors même que leur réélection est loin d’être assurée !
Le Conseil municipal s’apprête à voter la privatisation de passages publics, en particulier le passage entre Passage de l’Ancienne Tannerie et Place Jean Jaurès, fermant la circulation dans des allées déjà surpeuplées à certaines heures, au bénéfice de l’installation de nouveaux commerces, sous couvert de diversification, alors que tant d’autres lieux sont possibles. En même temps il s’apprête à vendre ces espaces à la société Basilique Commerce.
Alors que les travaux de rénovation de nos appartements pourraient commencer tout de suite avec une simple déclaration préalable, alors que nous les attendons désespérément depuis plusieurs années et que les financements existent, ils restent en suspens ; à l’inverse, certains travaux dans l’espace commercial qui ne demandent pas de permis de construire peuvent être dissociés du calendrier général de la réhabilitation, et on peut constater que certains ont déjà commencé.
Les permis de construire une fois obtenus, ces privatisations rendront possibles sans autre autorisation la démolition par PCH des escaliers et passerelles qui font l’identité de l’Îlot 8 voulue par l’Architecte Renée Gailhoustet, le retournement des halls, la fermeture de la dalle, et la destruction de la promenade haute aux abords de la Basilique, pourtant en cours de classement Architecture Contemporaine remarquable. Cette labellisation attendue est d’ailleurs bloquée alors qu’elle aurait dû intervenir depuis plusieurs mois.
Il y a une totale incohérence et une hypocrisie à prétendre reconnaître la valeur patrimoniale de cet ensemble et à le déclarer vieilli et inadapté au monde d’aujourd’hui puis à le défigurer. Sous couvert d’affirmations mensongères qui déclarent ces circulations piétonnes inutilisées, au contraire des études établies par le cabinet indépendant « Trame urbaine » mandaté par PCH qui prouve leur fréquentation régulière par les habitant.es.
Sans parler de l’absurdité qui consiste à « encapsuler » sous verre les deux escaliers dont l’Architecte des Bâtiments de France a refusé la démolition mais qui seront interdits d’accès.
Le Conseil municipal va entériner la signature d’une convention par la Ville de Saint-Denis, Plaine Commune et Plaine Commune Habitat, avec la société Commerce Basilique.
L’espace commercial est propriété non des commerçants, mais d’actionnaires privés. La logique qui est choisie est celle des intérêts privés de ces actionnaires au détriment de ceux des locataires et des habitant.es de Saint Denis.
En même temps les besoins définis ne sont pas ceux de la population actuelle de Saint-Denis, dont le Maire a redit récemment publiquement qu’ils étaient trop nombreux en habitat social au centre ville.
Le président de PCH, Adrien Delacroix, reconnaît lui-même avancer à l’aveugle quant aux hausses de charges et de loyers qui découleront de la résidentialisation pour les locataires. Elles sont pourtant avérées et reconnues. A l’îlot 4 déjà résidentialisé on paye actuellement environ 100€ de charges de plus qu’à l’Îlot 8.
Le changement de population est l’horizon souhaité, et sert de boussole à l’ensemble du projet.
Depuis la signature du projet à l’ANRU qui a été conçu sans notre participation, nous n’avons cessé de faire connaître notre opposition à la résidentialisation, écrit à la Drac, à l’ABF, à la Ministre.
Au lieu de la co-construction préconisée par l ’ANRU du projet de rénovation qui nous concerne au premier chef, une information sommaire à sens unique a été donnée lors des quelques réunions publiques sur le Centre Ville où il était impossible de donner un point de vue différent des officiels sous l’argument que les décisions étaient déjà prises : aujourd’hui on prétend qu’il s’agissait de consultation. Quelques rencontres avec les architectes ont eu lieu organisées par PCH, pour nous demander un avis sur des questions dérisoires comme l’emplacement des entrées des locaux d’ordure ménagères, alors que les choix essentiels comme la fermeture de la dalle, le retournement catastrophique de certains halls, le saccage de nos accès par de larges escaliers publics et de l’esthétique du bâtiment étant hors de discussion.
Il n’est plus question de la consultation des locataires par référendum qui avait été promise, nous sommes ignoré.es, privé.es du droit à nous réunir suite à la fermeture du local commun Maison Jaune. Les habitant.es de Saint-Denis sont privé.es du droit de dire dans quelle ville ils et elles veulent vivre. Cela témoigne du caractère technocratique, autoritaire, antidémocratique et méprisant pour les habitant.es des projets en cours de réalisation. Le vote du Conseil municipal intervient d’ailleurs avant que le Recours déposé par un collectif de locataires pour défaut de concertation, ait été traité par le Tribunal de Paris. Que se passera-t-il si nous obtenons gain de cause ?
Lors de l’Enquête publique préalable obligatoire pour ces privatisations, toutes les contributions ont été défavorables, et soigneusement argumentées notamment de la part des usager.es de l’Îlot8. Elles ont réfuté entre autres les allégations d’insécurité et de mésusages tels qu’ils rendraient la vie impossible et qui sont invoquées pour justifier la résidentialisation . Si la vie était impossible à l’ïlot 8 pourquoi nous battrions-nous pour y rester ? Pourquoi aurions-nous quasiment tous refusé la résidentialisation ?
Nous savons bien que c’est la stratégie de pourrissement, d’abandon de l’entretien par la ville, qui crée le désastre auquel elle prétend mettre fin à nos frais par la résidentialisation. De même l’insécurité maintes fois évoquée sera bien pire quand tous les services publics auront disparu de la dalle. La meilleure sécurité c’est la fréquentation intense des lieux publics par ses habitant.es. Nulle part les expériences de fermeture et de résidentialisation menées maintenant depuis plusieurs années n’ont apporté de solutions à des problèmes que l’on rencontre d’ailleurs dans tous les quartiers urbains.
Même les recommandations du Commissaire de l’Enquête publique, pourtant timides, de respecter la porosité entre la ville, l’espace commercial et l’espace résidentiel, de chercher des alternatives à la privatisation et de ne pas fermer tous les accès à la dalle sont balayées en quelques phrases méprisantes par le rapporteur au Conseil municipal.
Depuis 10 ans le Collectif se bat pour la préservation de ce bien commun patrimonial et social qu’est l’Îlot 8. Ce soir la majorité du Conseil Municipal vote contre nous. Quand la rénovation se fait sans les habitants et a fortiori contre eux, c’est toujours un échec. On ne s’arrêtera pas là.
Le 17 novembre 2025
Le collectif de l’îlot 8
collectifilot8SD@proton.me