D’un mépris à l’autre. Mathieu Hanotin en son conseil

, par Michel Ribay

L’attitude du maire lors du dernier conseil municipal a offert un condensé de ses manières de faire dans la conduite des débats depuis le début de son mandat. Temps de parole très contraint pour les élus qui pénalise l’opposition, micro coupé lors de ses interventions, dénigrement et moqueries répétés à son encontre, rien n’aura été épargné à ses contradicteurs durant six ans.

Mathieu Hanotin a une conception toute personnelle de la conduite des débats au conseil municipal. Une conception toute personnelle de la police de l’assemblée aussi. Si chaque maire de France et de Navarre est investi du pouvoir de président de séance qu’il doit user d’une manière mesurée et équitable, Mathieu Hanotin a lui choisi d’user, d’abuser de ce pouvoir.

Et cela en instaurant dès son arrivée des appareillages techniques et des manières de faire dans la conduite des débats qui relèvent plus de la volonté de cadenasser à son profit les séances du conseil qu’à assurer le bon fonctionnement du débat démocratique en son sein.

Mathieu Hanotin voulait être maître de la parole, (des micros qu’il peut couper) et maître du temps (une horloge décompte les secondes, les minutes à chaque prise de parole). Cet homme a l’esprit comptable. N’oublions pas qu’il a fait installer une pointeuse à Plaine Commune. On rétorquera que ce dispositif et ses effets s’appliquent à l’ensemble des élus. Certes, mais les six années qui viennent de passer l’ont amplement démontré, elles ont uniquement sinon essentiellement servies d’une manière ou d’une autre à contraindre, restreindre, museler les capacités d’expression de l’opposition.

Censure, pratiques illégales et police de la pensée

C’est bien à l’opposition que le micro a été coupé à plusieurs reprises. Jamais à un membre de sa majorité municipale, les seules interventions de celle-ci se résumant la plupart du temps à la lecture des rapports ou aux réponses que les dits rapporteurs sont censées apporter. Quand ce n’est pas le maire qui s’arroge le droit – sans limitation de temps – d’intervenir – quand bon lui semble et sur tout.

Outre le pouvoir de président de séance, celui-ci est investi de celui de la police de l’assemblée. Là aussi, un droit qu’il a largement outrepassé puisqu’il s’est exercé hors de l’assemblée en exigeant en toute illégalité la présentation d’une pièce d’identité pour toute personne souhaitant assister aux séances du conseil municipal. Et cela en présence de la police municipale et sous la conduite de son directeur de cabinet.

Police de l’assemblée exercée hors de l’assemblée délibérante, appareillage technique et conduite des débats s’apparentant à une police de la pensée inconvenante dans l’assemblée, ça fait beaucoup.

Cela ne suffisant pas, Mathieu Hanotin ne s’est pas privé, en séance, – souvent et particulièrement à l’égard d’élues de l’opposition – de dénigrer, de se montrer ouvertement méprisant,– pratiquant moqueries ou commentaires déplacés – mal déguisés en – supposés – traits d’humour ou présentés comme tels.

Fébrile et mû par la toute puissance…

Déjà inquiet de l’accord conclu entre LFI, le PCF et la SSDAC début décembre, la fébrilité croissante de Mathieu Hanotin – après la démonstration de force du meeting unitaire de la gauche dionysienne la veille du conseil municipal – l’a conduit a ironiser sur l’absence de Sofia Boutrih au conseil municipal du 18, au conseil territorial du 16, indiquant qu’elle « était sans doute à une réunion de campagne ».

Son inquiétude, sa fébrilité se comprennent tant il a à perdre d’une défaite. Pour autant la fébrilité n’excuse pas tout. Ni le procès d’intention, ni de préjuger des raisons de l’absence de Sofia Boutrih, et encore moins d’exiger que celle-ci ou tout autre conseiller municipal soit contraint de justifier de son absence.

L’habitude ancrée chez Mathieu Hanotin de disposer d’une majorité en situation de subordination à son égard le conduit naturellement à penser qu’il doit en être de même pour les élus d’opposition !

Imbu de lui-même, mû par la toute puissance qu’il s’attribue, il entend profiter de tous les attributs et pouvoirs qui s’y rattachent. Maître du micro, du temps, tout sourire, content de ses moqueries, de ses piques aussi répétés – que déplacés – endossant à ces occasions un costume peu reluisant pour la fonction. Railleries appuyées et récurrentes, micro coupé en cours d’intervention – et ce n’est pas la première fois – à Sophie Rigard. Indignation légitime de l’élue, qu’il qualifie de « cirque habituel » ! Le Maire s’énerve quand l’opposition résiste.

« L’assiduité est la première exigence qu’un élu doit s’efforcer de s’appliquer » ou l’art de se foutre du monde

Mathieu Hanotin ironisait sur l’absence de Sofia Boutrih. Il s’avère que celle-ci, bien que n’ayant en aucune manière à justifier de son absence, avait ces derniers jours des examens médicaux et une opération programmée ce 18 décembre.

Mathieu Hanotin se prend–il pour un patron, celui-ci indiquant plus tard dans ses piteuses excuses : « Je n’avais pas l’information qu’elle était absente pour raison médicale et qu’aucune excuse n’était parvenue en ce sens, sans préciser, ce que je ne demandais pas » !!!
 Ce n’est que contraint qu’il les a présentées à Sofia Boutrih, prétextant d’un trait d’humour s’agissant de ses insinuations sur la présence de la conseillère municipale à « une réunion de campagne » plutôt qu’au conseil municipal.

Sophie Rigard lui a d’ailleurs rappeler combien ses propos étaient déplacés, honteux quand on sait la complaisance sans limite que le maire accorde à l’absence d’un conseiller, en particulier Spencer Laidli qui ces 5 dernières années n’a quasiment pas siégé et a donné successivement son pouvoir pour les 5 derniers conseils de l’année.

Cela est-il d’ailleurs conforme à l’article L. 2121-20 du code général des collectivités territoriales qui indique qu’« Un conseiller municipal empêché d’assister à une séance peut donner à un collègue de son choix pouvoir écrit de voter en son nom. Sauf cas de maladie dûment constatée, il ne peut être valable pour plus de trois séances consécutives. » ?

Il est vrai que la participation effective de ce conseiller au conseil municipal n’a aucune importance. Seul compte pour le maire et ses affidés ce qu’il a permis (avec le détachement d’une membre du groupe « Notre Saint-Denis ») : la constitution du groupe dit « Ecologistes et citoyens » de quatre personnes, comme succursale de la majorité municipale.

« L’assiduité est la première exigence qu’un élu doit s’efforcer de s’appliquer. » écrit ce 19 décembre sur son profil Facebook le propriétaire-fondé de pouvoir-rentier local de la marque Les Ecologistes, Kader Chibane, président de la succursale.

On en viendrait presque à penser qu’il ignore qui est Spencer Laidli.

Mais tout ceci n’est bien sûr qu’un trait d’humour.

PS : Beaucoup font référence sur les réseaux à l’absentéisme de Mathieu Hanotin lors de son mandat de député de 2012 à 2017. Cela avait été largement documenté à l’époque. Il n’en a tiré aucun enseignement au vu de ses absences quasi systématiques tant aux comités qu’au bureau du SEDIF dont il est vice-président et pour lequel il perçoit des indemnités.