Délégation de Service Public pour le cinéma L’Ecran. Mathieu Hanotin sait-il lire ? Entre caricature et propos déplacés au conseil municipal

, par Michel Ribay

Le conseil municipal du jeudi 8 juin a choisi le délégataire qui exploitera le cinéma L’Ecran. C’est l’association L’Ecran, qui seule à avoir répondu à l’appel d’offres, en aura la charge en délégation de service public. Ce sujet a fait l’objet de propos déplacés du maire à l’encontre de l’opposition – il a retiré ses propos – et de mise en cause voilées de ce que le Blog de Saint-Denis a écrit concernant le cinéma et les intentions de la municipalité. Puisqu’il faut y revenir nous y revenons bien volontiers.

« Le 6 octobre dernier, le conseil municipal a adopté une délibération créant un service public municipal de cinéma. L’intention était et reste louable, et si de nombreuses interrogations se faisaient jour, les termes de la délibération adoptée ce jour-là pouvaient rassurer. Les ambitions affichées étaient clairement explicitées et leurs formulations témoignaient d’une volonté de continuité de la politique de programmation culturelle, d’animation et d’exploitation conduite depuis des années par l’association L’Ecran avec le succès que l’on sait. Le futur service public municipal de cinéma entendait poursuivre sur la même voie et l’amplifier. Dont acte. »

Voilà ce que nous écrivions le 10 décembre 2022. Nous n’avions rien écrit de plus après la délibération adoptée le 6 octobre.

Nous n’avons rien écrit car nous n’avions pas de raison de faire un procès d’intention.

Redisons le comme nous le disions, le maire semble avoir du mal à lire et comme chacun sait la pédagogie consiste à répéter, répéter, répéter mais on résume : Le 6 octobre dernier, le conseil municipal a adopté une délibération créant un service public municipal de cinéma. L’intention était et reste louable […] Les ambitions affichées étaient clairement explicitées et leurs formulations témoignaient d’une volonté de continuité […] Le futur service public municipal de cinéma entendait poursuivre sur la même voie et l’amplifier.

On ne peut être plus clair.

Ce n’est qu’à la lecture des documents le 10 décembre pour le conseil municipal du 15 décembre, en retrait par rapport à la délibération adoptée le 6 octobre, que nous avons soulevé quelques questions et interrogations (légitimes, à moins qu’il ne faille pas se poser de questions sur la politique municipale ?) assorties d’inquiétudes.

Nous ne demandions alors qu’à revenir à l’esprit de la délibération du 6 octobre. Ni plus ni moins.

Quelles étaient ces interrogations et inquiétudes ?
– le pourcentage visé de films Art et Essai.
– la pérennité des 3 labels de L’Ecran.
– L’évolution des tarifs.
– la pertinence économique d’introduire de « nouvelles recettes » par la publicité et le snacking sans parler du sens politique de ce genre de mesure

En définitive nos interrogations et inquiétudes exprimées le 10 décembre sur ce blog étaient fondées tant sur le fond que sur un plan économique. Nous interrogions aussi le 10 décembre le calendrier et le conseil municipal du 15 décembre n’avait pas manqué, suite aux interventions de l’opposition, de laisser plus de temps pour répondre à la consultation lancée.

La programmation Art et Essai.

Dans le cadre d’un appel d’offres, la compétition conduit les postulants, à la lecture de votre cahier des charges dont la tonalité générale reprenait le rapport du 15 décembre – en net retrait sur les ambitions affichées le 6 octobre –, à se caler sur vos intentions.

C’est pourquoi dans ce cadre il n’y a pas eu de proposition de l’association L’Ecran prenant comme socle une programmation de 83 % de films Art et Essai, ce qu’elle réalisait. C’est un fait. Ni plus ni moins. Le contrat stipule aujourd’hui une programmation d’au moins 70% de films Art et Essai. Ce n’est pas le socle existant précédemment mais il n’est pas interdit de l’atteindre. Ce qui nous fait écrire le 6 juin 2023 que l’essentiel est sauvé avec la proposition de l’association L’Ecran.

Les labels.

Le maintien de l’ensemble des labels était à la fois un enjeu de contenu et un enjeu financier. Ce que résument les passages suivants présents dans l’offre de l’association L’Ecran :

« Concernant les labels complémentaires, contrairement au classement Art et Essai, il ne constitue pas une demande, mais des bonifications liées à la programmation de la salle. Du fait de notre large programmation jeune public et le maintien d’une séance patrimoine par semaine (en dehors des festivals) ces deux labels sont automatiquement acquis. Nous souhaitons conserver aussi le label Recherche et Découverte (une vingtaine de films par an) car il contribue au prestige de la salle tout en apportant un quotient supplémentaire au soutien du CNC. Nous estimons à environ 28000 € la subvention sur la base de 70-75 % de programmation Art et Essai et le maintien des labels. » 

« Nous souhaitons maintenir le label Europa Cinémas (25 % de films européens, co- production française inclus). Ce label n’est pas lié à la programma1on de films Art et Essai mais uniquement à la diversité des pays européens producteurs des œuvres proposés et fait sens dans l’esprit de la candidature de la Capitale Européenne de la culture. Cela représente entre 10000 et 15000 € par an. »

La délibération du 6 octobre indiquait la volonté de : Maintenir le classement Art et Essai assorti de labels d’excellence tels que : « Recherche et découverte », « Patrimoine et Répertoire », « Jeune Public ».

Celle du 15 décembre indiquait qu’il fallait : « viser attractivité et haute qualité artistique avec une part significative de films recommandés Art et Essai, assortie d’un ou plusieurs labels ».

Le flou s’était installé. On pouvait donc légitimement s’interroger sur cette formule en retrait.

Les propositions de l’association L’Ecran ont sur ce point sauvé et les contenus et les subventions afférentes (entre 38 000 euros et 43 000 euros.)

Les tarifs.

Nos interrogations portaient sur le fait que l’évolution des tarifs n’était pas encadrée dans le cadre d’un minima et d’un maxima, soit une fourchette indicative. L’augmentation prévue respecte l’esprit du rapport du 6 octobre. On s’en réjouit. Ou pour le dire autrement, l’essentiel est sauvegardé.

De nouvelles recettes ? Publicité et confiseries.

Disons le tout net, nous persistons à dire et redire qu’en terme de recettes les montants attendus restent tout à fait marginaux mais que l’introduction de la publicité rompt avec l’esprit d’une salle Art et Essai. Si le cinéma est une industrie, ce n’est pas une marchandise et la promotion de marchandises ou de services ne contribue pas « à la mise en ambiance ».

Le Maire persiste à le penser. Nous persistons à affirmer le contraire. Nous persistons aussi à défendre que tout espace sans publicité est un espace à préserver.

Créer un service public de cinéma et y introduire des recettes issues de la publicité nous semble bien antinomique. Le maire si prompt à rappeler la loi et les règles devrait s’interroger sur ce principe : celui de la séparation nette entre ce qui ressort du public (et donc de son étanchéité vis à vis des intérêts privés) et du privé.

Les écoles publiques offrent de par leur bâtiments une belle surface d’affichage, imagine-t-on leurs murs couverts d’annonces publicitaires ?

La proposition de l’association L’Ecran souligne les limites financières de cette idée : « La société Jean Mineur - Médiavision estime les recettes pour l’écran aux alentours de 3000-4000 € par an : un faible retour pour les contraintes imposées par l’ajout des temps nécessaires à la diffusion des spots. »

La recette du snaking et autres confiseries. Arrêtons nous sur les pertinentes remarques de l’association L’Ecran dans ses propositions :

« La rentabilité de la vente de confiserie interroge donc pour des côtés tout autant logistique (inscription dans le temps et l’espace, fourniture et stockage) qu’économique (potentiel de marge sur les produits si faible niveau de stockage) et même écologique (moins de place égale plus de livraisons et de déchets).
L’autre difficulté est plutôt liée à des différences d’appréciation de la pratique d’une salle de cinéma notoirement d’Art et essai par les différents spectateurs. Une partie notable du public actuel du cinéma l’écran cherche à « échapper » aux pratiques plus consuméristes des salles généralistes, et considèrent la consommation de nourritures en salle comme une nuisance sonore, un désagrément, plutôt qu’un élément d’ambiance d’une salle de cinéma. Ce public n’est tout simplement pas consommateur de confiseries. »

Au final, conjuguer recettes ridicules et nuisances…

Pour conclure. Le 6 octobre dernier nous publions un entretien avec la présidente de l’association, Chantal Chatelain et nous soulignions en toute fin de notre dernière question :

– […] Les missions envisagées pour un « cinéma municipal » sont l’ADN même de l’Ecran, on se demande d’où vient cette idée de souhaiter ce qui existe déjà et dont les résultats illustrent le bien fondé ? Si c’est pour donner plus de moyens, banco pourriez-vous dire ? Qu’en pensez-vous ?

Chantal Chatelain à cette interrogation répondait : « Je veux pouvoir croire que nous continuerons à avoir un cinéma de qualité, avec une équipe de qualité, ce qui est le cas actuellement, que ce soit à la direction, ou à l’accueil où chacune, chacun est conscient que ce lieu est plus qu’un simple lieu de diffusion d’images animées. »

Epilogue de ces 9 mois. D’octobre à juin : c’est le temps qu’il a fallu à la municipalité pour parvenir à ses fins : une délégation de service public, de nouvelles et ridicules recettes et contraintes imposées (publicité et snacking) et surtout… 50 000 euros d’économies.

L’accouchement fut compliqué. Mais on confirme : aux dernières nouvelles l’association se porte bien et le bébé bien qu’affaibli est sauvé.

Ce soir on se fait peur : 20h30 Shining de Stanley Kubrick suivi de L’exorciste de William Friedkin !