Anna Rouker rendait compte du sens de la démarche dans lequel elle s’était lancée à la Plaine en 1996 et que l’exposition restitue : « Dès que j’ai su que le chantier du Stade de France allait bouleverser La Plaine, j’ai voulu aller voir ce qu’il y avait au pied de ce chantier et rencontrer les gens qui y vivent. Je n’ai pas désiré effectuer un reportage et dévoiler des conditions de vie. Dresser des portraits d’inconnus c’est les sortir de leur anonymat de groupe et d’appartenance à la banlieue et leur rendre une dignité citoyenne. S’imposait à moi l’idée de témoigner de la vie d’une époque, d’un lieu et d’accompagner photographiquement les transformations d’un quartier bouleversé. Le « Visage de La Plaine », c’est le lien entre mon approche personnelle dans ces portraits de familles et les photographies réalisées par les enfants du quartier. Je voulais proposer aux enfants d’être des témoins « photographiques » : observer leur quartier pendant qu’il change, découvrir ce qu’ils voient tous les jours sans plus vraiment le regarder. »
Un travail qui a donné lieu à l’édition d’un ouvrage intitulé Visage de la Plaine, Mémoire photographique en collaboration avec le critique d’art et créateur de l’agence Vu, Christian Caujolle.
Portrait de famille, de couples, avec ou sans enfant, d’anciens du quartier, dans leurs intérieurs et juxtaposés aux images d’un quartier en pleine mutation. Regards d’enfants. Un travail photographique réalisé en noir et blanc, du temps où l’argentique était encore roi, les pellicules reines, la magie s’opérait dans le noir à la lumière de l’inactinique.
Regards d’enfants, certains retrouvés, aujourd’hui adulte, à l’occasion de cette exposition. Un travail sur l’intime, d’hier à aujourd’hui.
Le travail de Catherine Poncin, photographe et plasticienne lui est associé. Si la parenté de leur travail tient au thème, celui de la mémoire, de l’archive, ou même de l’association d’images, la forme diffère radicalement.
Intention documentaire et geste de la photographie humaniste chez Anna Rouker, le travail de Catherine Poncin nous plonge dans le rêve, la mémoire d’albums de famille mais transfigurée.
Couleurs ektachrome des années 60 et 70, saturées, lumières vives, surexposées, collages, agrandissements, juxtapositions d’images, cut-up photographique. Un travail autour de familles issues de l’immigration maghrébine, habitant en France dans la ville de Miramas dans les Bouches-du-Rhône ou dans les villes de Montreuil, Les Lilas, Saint Denis en Seine-Saint-Denis.
Une série intitulée Vis à vis.
On y éprouve, en regardant ces images recomposées, la même nostalgie éprouvée quand on feuillète un album de famille, le temps qui passe, les joies éteintes et retrouvées, les rêves et rires d’enfants comme ceux des disparus. Le pays lointain. Les rêves évanouis. Les intimes, nos intimes, d’ici ou d’ailleurs.
Bâtiment Niemeyer - 32 rue Jean Jaurès, 93200 Saint-Denis. Entrée gratuite.





