Deux expositions à ne pas rater. « Agglomérats » à la galerie HCE jusqu’au 28 janvier et « ExpOsez » à l’Adada jusqu’au 14 janvier.

, par Aurélien Valmont

Situés à un peu plus de 150 mètres l’une de l’autre deux expositions méritent le détour au centre ville de Saint-Denis. Au sein de la galerie HCE au 7 rue Gibault, on peut y découvrir, jusqu’au 28 janvier, le travail d’un céramiste Patrick Loughran et celui multiple de Gad Cohen se déployant entre dessins et sculptures. Ils ont été réunis sous le nom d’Agglomérats. A l’Adada, au 60 de la rue Gabriel Péri, c’est la troisième édition de l’exposition « ExpOsez » qui fermera le 14 janvier. Allez-y.

« Agglomérats ». Le mot convient parfaitement au travail de Patrick Loughran. Accolements ou Assemblages auraient pu aussi convenir aux pièces colorées de céramiques qu’il présente. Foisonnements de formes, juxtapositions et enchevêtrements multiples donne naissance non à un objet usuel mais à une sculpture fruit d’une technique très librement explorée : l’assemblage.

Protéiformes, variant les textures, les coloris, les effets de surface, les confrontations, Patrick Loughran déploie un vocabulaire où se mêlent végétal, coquillages, laves, fusions de liquides, fleurs carnivores, écoulements, turgescences, voyelles et consonnes mâles et femelles d’une architecture baroque et luxuriante où l’on peut ou croit déceler une frêle forme humaine. Eros organique ?

Sculpture Patrick Loughran. Ne fait pas partie des pièces exposées.

Était ce l’intention de l’artiste ou les possibles regards de celles et ceux qui viendront accoupler au monde de Patrick Loughran leur propre imaginaire ?

Le travail de Gad Cohen est lui plus posé. Sa maitrise du dessin classique, sa traduction très délicate et juste que ce soit celle d’un portrait ou d’un museau de rongeur ne souffre aucune contestation. Dessinateur hors pair, la main ne tremble pas. Nul repentir. Ce savoir-saisir plutôt que faire appelle la gravure, la pointe sèche.

Portrait.
Rongeur.

On le connaitrait qu’on lui en ferait part. C’est la vérité et rien ne sert à faire l’autruche.

Têtes d’autruche.

Cette facture classique (c’est un compliment) ne l’empêche pas de s’aventurer dans des contrées où le dessin est fait de libres excroissances. C’est le cas avec une grande pièce ou le dessin semble prendre le pas sur la main et la volonté de l’artiste. On ne sait où cela commence ni où cela s’achève. Au gré du crayon qui sillonne le papier surgit un monstre. Accident figuratif ? Ou précaire tentative de relancer la mécanique, la fureur du dessin pour éclore en de multiples germinations ?

Grand dessin. Gad Cohen.
Grand dessin. Détail. Gad Cohen.

Ce mode d’exploration du dessin à l’infini nous fait penser à un artiste dionysien longtemps résident du 6B. Si le rendu diffère le processus relève du principe de l’extension d’un domaine. Celui du libre dessin. Un prétexte, un motif génératif : des peaux de lotte pour celui qui exerça comme poissonnier, Michel Soudée. Aujourd’hui en Bretagne avec sa compagne, Emilie Sévère, elle aussi artiste et comme lui résidente du 6B, ils y poursuivent leur travail.

Mue 1. Michel Soudée.
Dans l’atelier de Michel Soudée au 6B. © Grignon.

Le travail de Gad Cohen prend aussi la forme de sculptures. Noir charbon ou parallélépipèdes à faces de couleur elles témoignent de la volonté de Gad Cohen d’explorer tous les possibles de la représentation.

Sculpture. Gad Cohen.

La représentation. C’est aussi son quotidien puisqu’il est décorateur de profession dans le spectacle vivant.

L’exposition qui réunit ces deux artistes se tient jusqu’au 28 janvier.

Du coté de l’Adada

Au 60 rue Gabriel Péri, c’est l’exposition intitulée « ExpOsez » qui, pour sa troisième édition, rend compte du travail croisé d’adolescents de la structure Casado, sise par ailleurs rue Gibault, de la Maison des séniors et des artistes de l’Adada.

On peut y découvrir, entre autres, un magnifique travail de plusieurs mains entre monotypes et cyanotypes, traités en monochrome bleu, où alternent, en aplat, figures stylisées évoquant la technique du papier découpé ainsi que d’étranges dessins qui n’ont rien à envier à ceux de praticiens reconnus.

A voir jusqu’au 14 janvier.

Sans titre.
Sans titre.
Sans titre.

Julien Prévieux

Comme on vous parle ici un peu d’arts et de culture on ne peut passer sous silence la réédition, en format utile à portée de main partout et de tout temps, aux Editions Mille et une nuits, de l’ouvrage « Lettres de non-motivation » de Julien Prévieux, paru en 2007. L’artiste est lauréat du prix Marcel Duchamp 2014.
Décapant. Hilarant. A diffuser dans tous les services RH, cabinet de recrutement, chasseurs de têtes, agence de France Travail et autres Dussopt Cie. Qu’on se le dise. 5 euros, ce qui ne fait pas cher pour une telle réjouissance.
A se procurer ou à commander à La P’tite Denise, place du Caquet.

Cet ouvrage indispensable est aussi loufoque qu’il doit être pris très rigoureusement au sérieux. Le conseillant vivement à un ami ces dernières années et celui-ci rechignant à se le procurer prétextant je ne sais plus quel motif irrecevable je ne lui parle plus. Il est des ouvrages à propos desquels on ne peut ni plaisanter ni transiger.