Élections municipales. Pascal Kouppé de Kermartin : « J’ai vécu la fusion comme une décision politique majeure imposée sans légitimité populaire directe. Une fusion de communes, ce n’est pas un simple acte administratif : c’est une transformation profonde de l’identité, des services, de la représentation démocratique. »

, par La Rédac’

Nous avons interrogé Pascal Kouppé de Kermartin, élu Pierrefittois depuis de nombreuses années, conseiller municipal du Groupe Union Centriste républicaine et divers droite de la commune nouvelle de Saint-Denis, conseiller national de l’UDI. Celui-ci, après avoir été désigné chef de file pour l’élection municipale, vient d’annoncer sa candidature le 2 janvier dans une video où il est accompagné de Mohamed Mekhloufi, commerçant du marché.

Vous vous présentez comme un militant politique de longue date puisque vous datez votre engagement en politique en 1986. Vous avez été au PS partisan de Strauss-Khan – que vous définissez de centre-gauche –, parti que vous quittez en 2003, vous passez au centre droit à l’UDF qui devient le MODEM que vous quittez en désaccord avec le choix de Bayrou de soutenir Ségolène Royal contre Nicolas Sarkozy en 2007, vous démissionnez de l’UDI en 2017 pour apporter votre soutien à Emmanuel Macron à la présidentielle et à Véronique Avril aux législatives, pour enfin revenir à l’UDI en 2018 et faire liste commune avec LR en 2020 à Pierrefitte où vous obtenez 10 % à l’élection municipale, quel est donc votre ligne directrice ?
Ma ligne est parfaitement lisible si l’on sort des caricatures : je suis fidèle au centre républicain de responsabilité, pas aux appareils quand ils renoncent à gouverner sérieusement.
Depuis 1986, je n’ai jamais varié sur l’essentiel : autorité républicaine, justice sociale par l’efficacité, méritocratie, respect des habitants et de l’argent public. Ce qui a changé, ce sont les partis, leurs renoncements, leurs alliances de circonstance, leurs calculs nationaux déconnectés du terrain. Quand François Bayrou soutient Ségolène Royal en 2007, je pars. Quand l’UDI refuse de voir émerger Emmanuel Macron en 2017, je prends mes responsabilités. (même si je me suis trompé sur ce coup là) Quand l’UDI se réorganise (Indépendance politique de l’UMP) et retrouve une ligne claire (centriste), je reviens. Ce n’est pas moi qui zigzague, ce sont les partis qui ont parfois perdu leur boussole. Ma constance, elle, est territoriale, sociale et républicaine.

Elu Pierrefittois comment avez-vous vécu, interprété, analysé le choix du maire Michel Fourcade de fusionner avec Saint-Denis ? Un an après quels sont les enseignements à en tirer ? Que proposez-vous pour la suite ? Maintien de la fusion ? Défusion ? Consultation des habitants ?  
J’ai vécu cette fusion comme une décision politique majeure imposée sans légitimité populaire directe.
Une fusion de communes, ce n’est pas un simple acte administratif : c’est une transformation profonde de l’identité, des services, de la représentation démocratique.
Un an après, les enseignements sont clairs : les habitants ne perçoivent pas d’amélioration nette de leur quotidien. La proximité administrative s’est affaiblie. Le sentiment de dilution de Pierrefitte est réel. Je refuse deux postures simplistes : dire que tout va bien par principe ou réclamer une défusion idéologique sans évaluation sérieuse.
Ma proposition est claire et responsable : un audit public, indépendant et transparent de l’impact réel de la fusion. Des indicateurs concrets, lisibles par tous. Une consultation des habitants sur la trajectoire à suivre.
La commune nouvelle ne peut pas être un fait accompli définitif. Elle doit être évaluée démocratiquement. Ce sont les habitants qui doivent décider.

Pascal Kouppé de Kermartin et Mohamed Mekhloufi.

Une mandature s’achève, que retenez-vous de positif, que pointez-vous comme négatif depuis 2020 ? Qu’auriez-vous fait ? Aujourd’hui, quels sont selon vous les premiers sujets auxquels la ville doit se confronter et quelles sont vos propositions ?
Le positif, ce sont avant tout les femmes et les hommes de terrain : agents municipaux, enseignants, associations, bénévoles. Ils tiennent la ville malgré les difficultés.
Le négatif, il est massif dans les retours des habitants : propreté insuffisante, insécurité du quotidien, services publics trop lents et trop éloignés, sentiment d’une gestion verticale, déconnectée du terrain.
Ce que j’aurais fait différemment : un pilotage par résultats, pas par communication, une proximité réelle, avec des réponses rapides, une autorité juste mais ferme face aux incivilités, un respect accru des agents et du tissu associatif.
Les priorités immédiates sont claires : propreté, quartier par quartier. Sécurité et tranquillité publique. Écoles et jeunesse. Qualité du service public. Soutien structuré aux associations.


Comment expliquez-vous la perte de 10 points entre l’élection municipale de 2014 où vous réalisez un score de 20 % (1000 voix) et celle de 2020 où celui-ci tombe à 10% (401 voix), le COVID n’explique pas tout, on est en juin au deuxième tour, Michel Fourcade perd aussi 600 voix, seule la liste Pierrefitte Debout et Insoumise qui avait fait 1329 voix en 2014 maintient ses positions avec 1316 suffrages en sa faveur en 2020. Que s’est-il passé ? Ces résultats rendent-ils compte d’une dynamique électorale de fond qui pourrait s’exprimer aussi en mars 2026 ?
Il faut d’abord rappeler un élément central : en 2020, plus de 65 % des électeurs se sont abstenus. C’est énorme pour une élection municipale. Il ne faut pas être expert en science politique pour comprendre l’impact d’un tel niveau d’abstention : moins il y a de votants, plus les électorats idéologiquement très structurés, notamment à gauche, sont favorisés. Les électeurs modérés, actifs, souvent moins captifs politiquement, se mobilisent beaucoup moins dans ces contextes de crise.
Le Covid n’explique pas tout, mais il a profondément faussé la donne électorale : campagne atrophiée, terrain fortement limité, participation historiquement basse, réflexe de vote partisan renforcé.
Un fait est incontestable et rarement rappelé : nous étions les seuls à avoir rempli la Maison du Peuple pendant la campagne. La gauche, non.
Cela démontre clairement que la dynamique militante et citoyenne était bien présente de notre côté, mais qu’elle ne s’est pas traduite mécaniquement dans les urnes à cause d’un contexte exceptionnel. 
Sur le score de 20 % en 2014, je l’assume pleinement : nous l’avons fait, dans un contexte où la gauche était encore solidement installée et où le paysage politique était moins fragmenté qu’aujourd’hui. Ce résultat n’était ni un accident ni un plafond de verre, mais la démonstration qu’un espace existait déjà pour une alternative républicaine, responsable et crédible. Beaucoup d’habitants nous ont clairement exprimé leur volonté de sanctionner Michel Fourcade pour un choix qu’ils n’acceptent pas : la fusion imposée avec Saint-Denis, sans consultation populaire.
À cela s’ajoute un autre élément majeur : une partie de l’électorat de gauche modérée ne se reconnaît plus dans les alliances nouées avec La France insoumise. Cette alliance est vécue par de nombreux habitants comme une rupture, non pas seulement politique, mais de méthode et de valeurs, éloignée des préoccupations concrètes du quotidien.
Autrement dit, les 20 % ne sont pas un maximum historique, mais un point d’appui.
La dynamique actuelle n’est pas celle d’un repli, mais d’une progression possible, parce que le contexte politique, les choix des sortants et l’exaspération démocratique créent aujourd’hui un espace électoral plus large qu’en 2014. Nous ne partons pas de zéro.
Nous partons d’un socle réel, identifié, et désormais renforcé par le rejet d’une fusion subie, la fatigue vis-à-vis d’une gauche de plus en plus idéologisée, et l’attente forte d’une alternative sérieuse, stable et ancrée localement.
Par ailleurs, il est important de rappeler un précédent électoral majeur qui éclaire cette situation : les élections départementales.
Lors de ce scrutin, les communistes ont été clairement écartés dès le premier tour, ce qui montre que la gauche n’est ni homogène ni mécaniquement majoritaire dès que la participation varie.
Au premier tour des départementales, les résultats étaient les suivants : Michel Fourcade – Florence Laroche (union à gauche avec des écologistes) : 50,82 % sur la commune – 41,54 % sur le canton (ballotage)
Farid Saidani – Christelle Vétil (UDI) : 6,75 % sur la commune – 22,12 % sur le canton (ballotage)
Farid Aïd – Carinne Juste (PCF) : 34,75 % sur la commune – 22,09 % sur le canton
Divers : 7,69 % sur la commune – 14,26 % sur le canton
Ces chiffres montrent très clairement que, lorsque la participation et les équilibres changent, les communistes ne sont pas automatiquement en position dominante, et que le centre-droit peut rivaliser, voire dépasser, sur des périmètres élargis.
Enfin, 2026 n’aura strictement rien à voir avec 2020 : ni en termes de contexte sanitaire, ni en termes de participation attendue, ni en termes de configuration politique locale, ni en termes d’usure des équipes sortantes.
Il n’y a pas de dynamique d’effondrement, mais au contraire les conditions d’une recomposition électorale réelle, à condition d’une offre claire, structurée et crédible.

Vous parlez d’une « gauche idéologisée » mais ce sont les électeurs et les électrices qui ont amplement soutenus le NFP avec des scores importants et avec une participation en hausse. « L’idéologie » qu’ils ont plébiscitée c’est la stratégie d’union, le programme du NFP, le rejet du macronisme et le refus viscéral de l’extrême droite non ?
Je respecte toujours le vote des électeurs. Mais il faut être rigoureux dans l’analyse et ne pas tout mélanger. D’abord, les scores du NFP relèvent d’un contexte national, avec des enjeux nationaux : rejet du pouvoir en place, inquiétudes sociales, mobilisation contre l’extrême droite. C’est un vote de clivage national, pas un blanc-seing pour une gestion municipale ou intercommunale. Ensuite, une hausse de participation ne signifie pas automatiquement une adhésion durable à un projet idéologique, mais souvent une réaction à une situation exceptionnelle. On l’a vu à de nombreuses reprises dans l’histoire électorale française : la mobilisation peut être forte dans un contexte donné, puis se redéployer différemment à l’échelle locale.
Quand je parle de gauche idéologisée, je ne parle pas des électeurs.
Je parle des choix politiques portés par certaines forces, d’un discours très nationalisé, et d’une difficulté persistante à répondre aux problèmes concrets du quotidien local : propreté, sécurité, qualité des services publics, gestion financière, relation aux agents.

Enfin, il faut regarder la réalité locale. Beaucoup d’électeurs de gauche eux-mêmes nous disent aujourd’hui leur malaise face aux alliances nouées avec La France insoumise, non pas par rejet idéologique abstrait, mais parce qu’ils y voient une radicalisation du discours, une conflictualité permanente, et parfois une incapacité à gouverner dans la durée. Le rejet du macronisme ou de l’extrême droite ne suffit pas à faire un projet municipal.

Une ville ne se gère pas contre quelqu’un, elle se gouverne pour ses habitants.
Mon propos est simple : le vote national exprime une humeur politique, le vote municipal exprime une attente de gestion, de méthode et de résultats.

C’est précisément là que se joue aujourd’hui le débat à Saint-Denis et à Pierrefitte : entre l’idéologie et le réel, entre le discours et la capacité à améliorer concrètement la vie quotidienne.

Avec la fusion intervenue au 1er janvier 2025 entre Pierrefitte et Saint-Denis, qu’est ce qui a changé sur le plan politique, la donne électorale est-elle profondément modifiée ? Quelle dynamique voyez-vous émerger actuellement ?  
Oui, la donne est profondément modifiée. Le périmètre électoral est plus vaste et plus hétérogène. Les attentes des habitants sont très concrètes : propreté, sécurité, services. La défiance envers les discours politiques a augmenté. La dynamique que je vois émerger est simple : les habitants veulent de l’ordre dans le réel et de la clarté dans la méthode. Ceux qui n’apporteront que des slogans ou des postures idéologiques seront sanctionnés.

De 2008 à 2014 des représentants de la droite siégeaient au conseil municipal à Saint-Denis. L’UMP, le MODEM étaient représentés, depuis 2014 les forces politiques qui se réclament de la droite et du centre ont disparu du conseil municipal, ne craignez-vous pas qu’avec une multiplication des listes se réclamant de la droite et du centre (Quentin Guterriez, Houari Guermat), et la vôtre, aucune ne parvienne à se maintenir et conduise à la disparition de ce courant que vous représentez aujourd’hui dans l’assemblée communale et donc un retour plus de 10 ans en arrière ?  
Oui, le risque existe. Et ce serait un recul démocratique. Mais il faut dire les choses clairement : Je suis aujourd’hui le seul élu structuré et expérimenté du centre-droit dans l’assemblée.
Je suis favorable au rassemblement, mais pas à une union artificielle.
Un rassemblement n’a de sens que s’il repose sur un projet clair, une méthode de gouvernance crédible, une capacité réelle à diriger une ville complexe. Je porte : une expérience municipale longue, une connaissance fine des rouages, une capacité à tenir une équipe, et une crédibilité institutionnelle.
Le rassemblement est souhaitable, mais pas à n’importe quel prix, pas sans projet, pas sans méthode, pas sans leadership clair.
Sinon, ce serait une union de façade… vouée à l’échec.
À défaut, il faudra au minimum des accords clairs de second tour, pour éviter l’effacement du centre et de la droite. Mais pour l’instant, il n’y a que des chefs de file pas des investitures. Affaire à suivre.

Des accords de second tour, dites-vous. Vous avez récemment jugé nécessaire de démentir sur votre compte Facebook tout rapprochement, tout accord avec le maire sortant Mathieu Hanotin, comment ce soupçon peut-il naître ? Vous indiquiez qu’un de vos principes consiste « à tenir parole ». Alors des accords de second tour. Avec qui ? Pour quel objectifs ?
Je vais être très clair, parce qu’il faut arrêter les amalgames. Il n’existe aucun accord, aucun rapprochement, aucun échange politique avec le maire sortant Mathieu Hanotin. Je l’ai dit publiquement, je l’ai écrit, et je le redis ici. Et je le dis franchement : où avez-vous vu des accords avec les socialistes et l’UDI ?
Quand je parle d’accords de second tour, je parle d’un principe politique responsable, pas d’un arrangement caché ni d’une situation actuelle figée.
Aujourd’hui, nous sommes dans une phase de chefs de file, pas encore dans une phase d’investitures officielles. Tant que les listes ne sont pas clairement constituées et investies, il n’y a pas lieu de figer des scénarios de second tour. En revanche, je ne vais pas faire semblant : oui, j’ai déjà des accords de soutien, à la fois avec des partis de taille plus modeste et avec des formations politiques nationales plus importantes. Mais ces accords ont vocation à être annoncés au bon moment, de manière cohérente et lisible, quand le cadre politique sera stabilisé.
Pourquoi ce choix du tempo ?
Parce que je refuse la politique du bruit et de l’agitation permanente. Une stratégie sérieuse se construit avec méthode, pas dans la précipitation.
Je le redis donc sans ambiguïté : ces accords ne concernent pas les socialistes, ils ne concernent pas la majorité sortante, ils visent à structurer une offre claire du centre, de divers droite et du centre-droit, capable d’exister durablement.
L’objectif est simple et assumé : éviter l’effacement du centre et de la droite, garantir le pluralisme démocratique, et offrir aux habitants une alternative crédible, stable et gouvernable. Quant à la parole donnée, je n’y déroge pas - je dis ce que je fais, et je fais ce que je dis. Le reste viendra en temps et en heure.

Face aux maires sortants, Michel Fourcade et Mathieu Hanotin, le rassemblement à gauche s’est fait ; à droite cela semble impossible ? Est-ce un problème de personnalités, de positions politiques divergentes ?  
La gauche serait “unie” ? C’est faux. Il faut arrêter ce récit. La gauche aujourd’hui, c’est : un PS très affaibli, une LFI rejetée par une partie de la population car clivante, une liste d’extrême gauche déclarée, une possible liste citoyenne issue d’anciens communistes, pourtant initialement pressentis pour une alliance. Ce n’est pas une union. Les fractures idéologiques sont profondes, et elles ressurgiront. si ce n’est déjà pas le cas.

Avez-vous un pronostic à l’issue du premier tour ?
Qui est capable de gouverner une ville complexe de 150 000 habitants, avec une administration lourde, des enjeux de sécurité, de propreté, de finances, de cohésion sociale etc ? Celui qui parle le plus fort ? Celui qui tweete le mieux ? Celui qui tient ? Je ne fais pas de politique-fiction.
Je dis simplement ceci : la gauche n’est pas aussi solide qu’elle le prétend, le centre et la droite peuvent exister s’ils sont clairs et responsables - Aubervilliers, Saint-Ouen, Bobigny, Drancy, Coubron sont passées à l’UDI. Les habitants attendent une alternative crédible, pas une opposition de façade. La stratégie est en train de porter ses fruits. Elle repose sur le terrain, la cohérence et la constance. Et c’est exactement ce qui manquait ici depuis trop longtemps.

Rectificatif le 5 /01/2025 21H. Un lecteur attentif de Pierrefitte nous précise qu’en 2020, au premier tour de l’élection municipale en mars, la liste conduite par Farid Aïd a recueilli 882 voix, c’est la fusion avec la liste conduite par Fanny Younsi (391 voix au premier tour) qui a permis d’obtenir au second tour 1316 voix en juin. Un score quasi équivalent à celui obtenu en 2014 par Farid Aïd soit 1329 voix comme nous l’indiquions (sans cette utile précision de notre lecteur) dans notre quatrième question à Pascal Kouppé de Kermartin.