En hommage à Michel Quarez. Témoignages.

, par La Rédac’

Nombre de dionysiennes et dionysiens ont fait part sur les réseaux sociaux de leur émotion à l’annonce de la disparition de Michel Quarez. Le BSD se fera ici l’écho de ceux qu’il aura relevés et des messages qui lui seront adressés.
Nous publions ci-après celui de Sébastien Banse qui travailla comme journaliste au Journal de Saint-Denis. Son témoignage est accompagné dans le portfolio des visuels qu’il a choisis.
Nous publions aussi les hommages à Michel lors de ses obsèques, le témoignage du collectif Sacamain accompagné d’une photographie de Anna Rouker, membre du même collectif et celui de Fewzi Benhabib.

On apprend avec une grande tristesse la disparition de Michel Quarez, peintre, dessinateur, graphiste, et Dionysien de longue date.

Michel Quarez était né en 1938 à Damas. Après avoir étudié aux Beaux-Arts de Bordeaux et aux Arts Décoratifs de Paris, Quarez était parti pour Varsovie où il avait découvert les affichistes polonais (Henryk Tomasczewski, Jan Lenica…). Puis il avait travaillé aux Etats-Unis brièvement (sa BD "Mod Love", sommet du psychédélisme pop, 1967) avant de revenir en France où il avait collaboré avec les graphistes du collectif Grapus ou encore avec Michael Gaumnitz.

À partir du milieu des années 1980, et pendant une quinzaine d’années, les commandes d’affiches ont afflué et Michel Quarez a annoncé en images la Fête de l’Humanité, le Salon de l’architecture, la Fête de la Musique, la Coupe du Monde 1998… Et en 1986, avec Henri Lefebvre, Michel Naudy et quelques autres, Quarez a participé au lancement du magazine "M : Mensuel, Marxiste, Mouvement".

A Saint-Denis, où il avait installé son atelier dès 1972, Quarez a donné des affiches pour l’ouverture du centre nautique La Baleine (1996), pour la Semaine antiraciste (1997), pour la Fête des Tulipes (1998), pour les Journées cinématographiques de l’Ecran (2006)… On peut aussi voir une fresque de lui sur les murs du groupe scolaire Taos Amrouche – Le Cordouan inauguré en 2016 à la Plaine, .

Michel Quarez a plusieurs fois exposé son travail dans sa ville, notamment en 2014 au Musée d’Art et d’histoire de Saint-Denis, mais aussi à Paris, au Centre Pompidou (2019) et régulièrement à la Galerie Corinne-Bonnet.

Célèbre pour ses à-plats de couleurs fluo, Michel Quarez a également travaillé le noir et blanc, comme le montre son carnet de dessins publié aux éditions Semiose en 2013, ou encore sa série « algérienne » de dessins sur photographies.

Michel était un artiste de grand talent, intègre, intransigeant même. Un caractère entier, bien trempé, mais drôle, espiègle comme un écolier - et avec la même inépuisable énergie, qui nous manque déjà cruellement.

Adieu Michel, et merci pour tout.

Sébastien Banse.

Le témoignage du collectif Sacamain.

Sacré Quarez !

Michel, c’est la rencontre d’un gars avec une pince à linge sur le nez et une magnifique affiche « Saria Stop » qui circule dans une manif à Saint-Denis où, en 2000, ça sent la charogne et c’est peu de le dire…l’usine d’équarrissage Saria est dans une ambiance de vache folle et, de facto, nous aussi.

Faisons un petit saut dans le temps, pour évoquer cette causerie de « nanas énervées » avec Michel Quarez : des femmes braquées et tabassées dans la rue, des sacs à main dévalisés, des téléphones portables volés, des bijoux arrachés. Des femmes qui dissimulent leur féminité et qui insidieusement disparaissent de l’espace public.

Non vraiment c’est plus possible !

Réponse du Michel tel qu’en lui-même : « Très drôle d’être massacrée dans la rue pour un portable ou un bijou ! ». Je fais une affiche…Elle sera d’une part offerte au collectif taquin qui se nomme Sacamain, mais aussi reproduite et mise à disposition généreusement par Michel.

A la question, on fait quoi maintenant ? On alerte, on en cause avec les habitants. Nous voilà partis nuitamment dans la ville - bande de joyeux et joyeuses luronnes – qui collent dans la cité une affiche illustrant la violence de la rue : Ah oui « Vraiment très drôle » !
Nous avions sous-estimé la période électorale, nous l’avions oublié à dire vrai, cela nous a valu une volée de pommes vertes exactement déversées sur nos têtes. Ce qui avait créé beaucoup de remous à l’époque est aujourd’hui d’une banalité absolue renforcée par le mouvement « Me too ».

Reste mon cher Michel le délice de ces moments partagés, à voix haute dans tes arcs en ciel et la jouissance de cette irrévérence Gaie....Oui définitivement Gaie !!

Salut Michel / Ciao bello

Tu es parti et nos dialogues se poursuivent ailleurs.

 Collectif Sacamain - Viviane Folcher, Sonia Gomar, Anna Rouker, Anne Van Der Linden, Jasmine Vegas.

Le témoignage de Fewzi Benhabib

Pensée à mon camarade Michel Quarez

La simple évocation d’un nom, suffit quelquefois à susciter des souvenirs enfouis dans les plis de la mémoire. Michel Quarez en est un. Pour autant, je n’ai connu l’homme que très peu, trop peu. Mais son nom résonne encore dans ma mémoire et a déclenché en moi une forte émotion.

Je ne l’ai vu qu’une fois ou deux dans toute une vie mais je n’oublierai jamais la fois où nous sommes partis, André et moi chez lui, récupérer la fameuse affiche sur la laïcité qu’il avait gracieusement offerte à l’Observatoire de la Laïcité de Saint-Denis.

Au premier coup d’œil, j’ai compris que l’artiste avait cerné en quelques coups de pinceaux, la portée d’un principe tant dévoyé et combattu. Pour lui, les choses étaient claires et coulaient de source. De de ce point de vue, le message de son affiche témoigne d’une grande lucidité politique.

Pour lui, la laïcité c’est un projet commun porté par un visage unique, pigmenté de mille couleurs et frappé au coin du signe de l’égalité que suggéraient les deux traits du nez et de la bouche.

Celle-ci m’avait tellement plu que j’avais décidé de la faire connaître en Algérie et aujourd’hui, elle trône dans le local du Parti pour la Laïcité et la Démocratie à Alger au milieu des portraits des victimes du terrorisme islamiste.

Michel Quarez, tu as été un militant anti-colonialiste inébranlable. Tu as été aussi un artiste engagé, humaniste et solidaire dont le seul rêve est de faire de la planète un lieu de démocratie, d’égalité et de laïcité.

Repose en paix camarade, le plus bel hommage que nous puissions te rendre est de lever les graines que tu as su semer sur le chevalet de ta peinture.

Fewzi Benhabib, Saint-Denis 10/12/2021

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