Familles Rroms expulsées. Réfugiées sur le parking du 6B, une solution digne et durable doit leur être proposée. La municipalité se doit d’y répondre ce soir au conseil municipal. La justice le demande. Une pétition lancée hier soir par trois associations le rappelle.

, par La Rédac’

Une réunion publique du quartier Grand centre-ville-Confluence s’est tenue le mardi 4 juin au soir à l’école Brise-Echalas, avec pour ordre du jour « Evolution du secteur Gare et informations de proximité ». L’expulsion le 15 mai, à la demande de la ville, de familles rroms du quartier, y a été évoquée. Ce sujet a fait l’objet d’un échange de plusieurs minutes dont nous restituons d’abord mot pour mot la présentation qu’en a fait Mme Badufle-Douchez, l’adjointe à la sécurité et à la prévention. Puis un bref échange portant sur une question essentielle, l’avenir de ces familles, pour lequel l’adjointe annonce une expulsion à venir des familles réfugiées sur le parking du 6B tout en confirmant des solutions pérennes de relogement qui seront faites aux familles sans garantir qu’elles puissent être à Saint-Denis.

Lors de cette réunion publique, Mme Badufle-Douchez a fait référence à une intervention, la nuit du 29 mai, d’un équipage de la police municipale au 6B. Cette intervention a fait l’objet d’un mail du directeur de la Voix des Rroms, Saimir Mile, en direction du directeur de la police municipale, avec, en copie, des élus avec lesquels il avait eu un échange lors de la Fête de l’insurrection gitane ainsi que l’adjointe à la sécurité et le directeur de cabinet du maire. C’est ce dernier qui lui a répondu. Cet échange de mail a été évoqué lors de la réunion publique. Pour la bonne compréhension du sujet, nous le publions.

La voix des Rroms, le MRAP, la LDH ont lancé une pétition de soutien aux familles. Elle est à signer ici,. Elle rappelle le droit, tous les droits dont celui à une vie digne.

L’intervention de Mme Badufle-Douchez :

– On a déposé un arrêté pour pouvoir expulser les différents baraquements et les différentes personnes qui s’y trouvaient. Pour information, notre arrêté a été attaqué au tribunal administratif parce qu’on avait délogé ces habitants. Cet arrêté avait été mis en place notamment parce que la sécurité des personnes était menacée, en termes d’insalubrité, proximité avec la route, proximité avec le canal. Donc voilà.

Donc il y a une expulsion qui a été réalisée il y a maintenant trois semaines et un petit groupe d’individus s’est repositionné sur le parking du 6B. Parking qui est un lieu qui appartient donc à la SEM, qui appartient à la ville de Saint -Denis, mais qui en même temps est un lieu public, d’accord.

Donc actuellement, ils sont installés, je sais que certains d’entre vous peut-être, en tout cas des habitants, ont appelé la semaine dernière, le week -end dernier, le CSU pour des nuisances, des nuisances liées à des feux, des nuisances liées à de la musique aussi, et la police municipale est intervenue, du coup, pour leur demander de cesser ces nuisances comme n’importe quel habitant lambda de la ville.

Nous avons été accusés de violences policières, nous avons pris un courrier de l’association La voix des Rroms et nous avons eu une opposante municipale qui est arrivée à 23h30 dans les locaux de la police municipale, accompagnée des personnes Rroms pour se plaindre de ces violences policières. Il n’y a pas eu une violence policière, il y a eu juste une intervention pour leur demander de cesser leurs nuisances.

Actuellement, on a demandé à la préfecture, voilà, de prendre le relais et de nous donner à nouveau pouvoir pour de nouveau les déloger, donc on attend le go, la mairie jouera sa carte et comme elle se doit, hein voilà, parce que il y a des nuisances qui sont générées et la ville s’engage par ailleurs à leur proposer des solutions de relogement, de logement, pas sur Saint-Denis garantie, ça peut être sur l’ensemble du 93, il s’avère que ces demandes...

Donc là, il s’avère qu’on en avait déjà proposé sur la précédente expulsion et que ces demandes de relogement émanent davantage de l’association La voix des Rroms que des individus eux-mêmes qui ne souhaitent pas particulièrement être relogés mais qui, voilà, c’est leur façon de vivre… vivent dans ces conditions-là.

Donc, de nouveau la ville va proposer des solutions de relogement, plutôt pérennes, et on verra si elles sont acceptées ou pas, mais la ville, joue pleinement son jeu à la fois d’accompagnement.

Ça sera pour lutter contre toutes les fake news et les informations qui circulent comme quoi nous sommes maltraitants que nous causons des violences policières et que nous ne proposons pas de solution pour le moment.

Voilà, on joue notre jeu, le département aussi a joué son jeu, la ville de Paris aussi, il y avait des enfants en très bas âge qui étaient sur le camp, il y avait un bébé d’un mois notamment, vous imaginez les conditions de vie qui sont quand même très compliquées.

Donc voilà ça va peut-être bouger dans les prochaines semaines, il vont peut-être de nouveau être expulsés, nous allons de nouveau être attaqués, on va de nouveau stigmatiser la police municipale alors que l’intervention elle est conjointe police nationale- police municipale.

Mais voilà, nous prenons nos responsabilités et à partir du moment où l’on aura l’autorisation, pour pouvoir réaliser leur expulsion nous la réaliserons parce qu’aujourd’hui, ça crée des nuisances certaines, et que Antoine nous les remonte régulièrement, on en a discuté encore en début de semaine, donc voilà.

– Excusez-moi, si vous permettez

– Allez-y Monsieur…

– Saimir Mile, directeur de l’association la Voix des Rroms. Bonsoir à tout le monde.

– Et bien voilà

– Est-ce que vous pouvez nous dire clairement si la ville proposera des solutions pérennes…

– Oui, je viens de le dire

– … ou si la ville s’engage juste sur une expulsion ?

– Non, on vient de le dire, on est en train de chercher des solutions mais qu’elles ne seraient pas forcément sur la ville de Saint-Denis.

[fin de la retranscription de l’échange]

Nous ne ferons pas beaucoup de commentaires sur l’intervention liminaire de Mme Badufle-Douchez. On s’interrogera néanmoins sur le propos s’agissant des familles évoquant des « individus eux-mêmes qui ne souhaitent pas particulièrement être relogés mais qui, voilà, c’est leur façon de vivre… ».

Nous nous contenterons de prendre acte des engagements de la ville réitérés publiquement par cette adjointe au maire de « proposer des solutions de relogement pérennes » aux familles en réponse à la question posée par Saimir Mile.

Rappelons le contexte :

Concernant la suspension des arrêtés d’expulsion de la ville par le tribunal administratif nous en rappelons le motif, ceuxi-ci :

« ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit des requérants à leur protection contre un traitement inhumain et dégradant et à leur droit au respect à leur vie privée et familiale. »

et l’injonction motivée faite à la ville :

« – « Dès lors, compte tenu de l’insuffisance des deux nuitées d’hôtel proposées dans des structures hôtelières très éloignées de la commune de Saint-Denis, et de l’absence de toute solution de relogement adaptée et d’accompagnement social de ces familles, il y a lieu seulement, dans les circonstances très particulières de l’espèce, d’enjoindre au maire de Saint-Denis de réexaminer avant le 22 mai 2024 à minuit la situation des requérants en lien avec le propriétaire du terrain concerné et tous les services compétents, afin de faire cesser, dans les meilleurs délais, l’atteinte aux libertés fondamentales »

Nous rappelons que ces « individus eux-mêmes qui ne souhaitent pas particulièrement être relogés mais qui, voilà, c’est leur façon de vivre… » scolarisent leurs enfants sur la ville, des certificats de scolarité de primaire et de secondaire en témoignent.

La municipalité de Saint-Denis ne cessant de communiquer sur la disponibilité de la police municipale 24h sur 24h, 7 jours sur 7, il apparait naturel que des citoyens, des habitants, des dionysiens se présentent au commissariat municipal pour s’enquérir d’explications sur la nature d’une intervention à propos de laquelle ils s’inquiètent. Ceci d’autant plus que, d’après les familles, les policiers avaient dit qu’ils reviendraient le lendemain matin pour les expulser.

Rappelons que ces familles viennent de vivre le 15 mai, à la demande de la ville, une expulsion, comme le rappelle l’adjointe à la sécurité, lors d’une « intervention conjointe police nationale-police municipale et connaissent depuis les passages répétées de la police municipale propres à ranimer toutes les craintes et le traumatisme vécu.

Rappelons enfin que les mots employés sont porteurs de sens et qu’une « opposante municipale » pour reprendre l’expression de Mme Badufle-Douchez se nomme une élue, une conseillère municipale, termes auxquels on peut rajouter toutefois le qualification d’opposition ou quelquefois le sobre « Chèr.e collègue ».

La remarque sur le sens des mots ne devrait pas échapper également à David Lebon, directeur de cabinet du maire, qui, dans sa réponse, parle « d’une expédition collective des personnes du camp au Commissariat municipal ». Faut-il vous rappeler que la communauté rrom est plus souvent victime « d’expédition punitive » qu’à l’origine « d’expédition collective » en direction de locaux des forces de l’ordre ?

« Individus eux-mêmes qui ne souhaitent pas particulièrement être relogés mais qui, voilà, c’est leur façon de vivre… »…

… « opposante municipale »…

… « une expédition collective des personnes du camp au Commissariat municipal »

Où va-t-on ?!

Les tribunaux viennent heureusement de rappeler le droit. La voix des Rroms avait, dès la décision du Tribunal suspendant l’arrêté d’expulsion, écrit au maire pour avancer concrètement. Le courriel est resté sans réponse.