Game is over. Des chiffres et un homme seul

, par Saska Rupert

La première partie des JO 2024 vient de s’achever. La cérémonie de clôture au Stade France a brillé de mille feux d’artifice. Le show s’est déroulé comme prévu. Il y a eu de la musique et des vivats. Le scientologue cascadeur Tom Cruise est descendu du ciel. Tony Estanguet dans la lignée des propos d’Emmanuel Macron sur les « Gaulois réfractaires au changement » s’est réjoui de l’effet Paris 2024 : « On se voyait comme un peuple d’irréductibles râleurs, on s’est réveillés dans un pays de supporteurs déchaînés qui ne veulent plus s’arrêter de chanter ! ». Le président fustige « l’esprit de défaite » des Cassandre qui prévoyaient le pire pour ces Jeux. Etrange propos de celui qui vient d’en connaitre deux successives et cinglantes, aux européennes et aux législatives.

Après la parenthèse olympique aux effets opposés mais complémentaires, soporifiques mais délivrant adrénaline et shoot d’endomorphines, c’est le retour de la politique. Ou autrement dit de la poussière sous le tapis plombé d’une chape d’or, d’argent et de bronze. La médaille d’or de l’esquive que s’est attribuée Emmanuel Macron a fait son temps.

Les Jeux se sont bien passés et on s’en réjouira. Le contexte international et les leçons du passé ne pouvaient qu’inciter à la plus grande prudence. Une cérémonie d’ouverture hors norme, dans l’espace urbain d’une capitale d’un pays au niveau quasi le plus élevé de vigilance face aux risques terroristes. C’était un pari osé. Il a été tenté. Et surtout très préparé. Le système sanitaire français n’a pas connu non plus une surchauffe redoutée.

Quelques chiffres des JO 2024 donnent une idée de l’ampleur de ce qui a été requis, voire réquisitionné comme ressources. Ils donnent aussi une indication politique sur la nature complexe, ambivalente, contradictoire du moment qui vient de s’achever. Les transports n’ont pas été embolisés. Ceux du quotidien en verront-ils des fruits à la rentrée ? Les forces de l’ordre ont retrouvé un peu de "sympathie". Les frissons partagés vont vite s’estomper. La trêve a en tout cas pris fin. Le climat poursuit son emballement. La canicule est là. Game is over.

Sécurité

45.000 policiers et gendarmes
10.000 militaires
1750 agents venus de 44 pays
9000 sapeurs-pompiers
18 000 agents de sécurité
Lors de la cérémonie d’ouverture aucun aéronef n’a pu ni décoller ni atterrir dans un périmètre à moins de 150 km de Paris.
45 000 volontaires de 101 départements français et de 155 pays diférents ont répondu à 180 questions dans un formulaire pour être retenus.
300 000 personnes ont postulé.
1 000 000 (un million) d’enquêtes administratives ont été menées dans le cadre des Jeux olympiques et 4 355 personnes susceptibles de présenter une menace pour l’événement ont été écartées.
44 000 barrières ont été utilisés dans l’espace public.

Budget

8,8 milliards d’euros, 4,4 milliards d’euros pour le comité d’organisation (recettes de billetterie, contribution du CIO et des sponsors) et 4,4 milliards d’euros pour les infrastructures (dont 1,7 milliard d’euros publics).
Le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, a indiqué que les Jeux olympiques de Paris « devraient coûter » entre 3 et 5 milliards d’euros d’argent public. Le coût de la sécurité assurée par l’État ne l’est pas encore.

Produits dérivés … goodies

1000 références. Entre 10 000 et 15 000 personnes chaque jour au Mégastore des Champs-Elysées.
110 millions d’euros de recettes estimés en produits dérivés dans 150 boutiques officielles et les 30 000 points de distribution partenaires (Carrefour, Darty, FNAC, etc.) pour le Cojop.

Repas

20 euros par repas et 5 pour le petit-déjeuner : c’est la limite fixée à la carte de paiement attribuée à chaque policier le temps des Jeux, négociée par le ministère de l’intérieur avec la société Pluxee (ex-Sodexo), la même société (leader du marché) retenue pour le restaurant du Village olympique avec 3.300 places assises, 40.000 repas servis chaque jour, 550 recettes pour les 10.000 athlètes logés au village olympique.

Boissons

Sur les 18 millions de boissons en circulation pendant les Jeux olympiques, près de 10 millions proviennent de bouteilles en plastique. Coca-Cola est omniprésent depuis les JO de 1928. Le "Village Coca‐Cola" est présent dans 11 villes en France.
« L’inclusion et le soutien aux populations vulnérables font partie de l’ADN de Coca‐Cola depuis la naissance de la marque. À l’occasion des Jeux de Paris 2024, Coca‐Cola France souhaite accélérer la mise en oeuvre de ses engagements et poursuivre ses actions dans les Quartiers Prioritaires de la Politique de la Ville et permettre aux jeunes habituellement éloignés de ce type de manifestations de pouvoir y prendre part. ». Claire Revenu, Directrice Générale Jeux Olympiques et Paralympiques Paris 2024 chez Coca‐Cola. Enjoy !

Co2

1,58 million de tonnes, soit quasiment l’équivalent des émissions annuelles en France de 150 000 personnes.

Logement

3000 logements de 12 résidences Crous ont été mis à la disposition des forces de l’ordre, des sapeurs-pompiers et des bénévoles en Ile-de-France.

Expulsions

3 000 places d’hôtel social ont été supprimées en 2023 en Île-de-France, dont la moitié en Seine-Saint-Denis. 300 places supplémentaires au 115 sont annoncées comme “héritage social”.
138 expulsions en Île-de-France de lieux de vie informels, parmi lesquelles 64 expulsions de bidonvilles, 34 expulsions de regroupements de tentes (sur Paris et Aubervilliers), 33 expulsions de squats, ainsi que 7 expulsions de personnes voyageuses durant la période 2023-2024. Ces expulsions ont concerné 12 545 personnes, une augmentation de 38,5 % par rapport à la période 2021-2022. 3 434 étaient mineures, soit deux fois plus que l’an dernier, et presque trois fois plus qu’en 2021-2022.

Tout ces chiffres témoignent de l’ampleur de l’événement, de sa nature, de ses impacts attendus et à venir. L’événement a eu son utilité pour le pouvoir. Il a permis de repousser, différer la décision d’un homme seul en charge de nommer la personne qui, selon la Constitution, "dirige l’action du Gouvernement".

L’aurait-on oublié pendant ces Jeux, la démocratie n’en est pas un.

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