Gare de Saint-Denis, place du 8 mai 45, centre-ville : sortir de l’abandon, exiger des réponses de solidarité et de santé publique

, par La Rédac’

Nous publions la lettre ouverte de collectifs, associations et organisations politiques adressée à la municipalité de Saint-Denis, au Conseil départemental, à la Caisse Primaire d’Assurance Maladie et Préfecture de la Seine Saint-Denis, ainsi qu’à l’Agence Régionale de Santé, à la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) et à la Direction Générale de la Cohésion Sociale (DGCS) sur les problématiques sociales, sanitaires et urbaines du quartier de la gare.

Depuis plusieurs années, le quartier de la gare de Saint-Denis est au cœur de nombreux débats au même titre que d’autres espaces de la ville (place du 8 mai 1945, porte de Paris). Certain.e.s habitants expriment régulièrement leurs inquiétudes face aux nuisances et aux délits dans l’espace public, et des acteurs politiques surfent sur le sentiment d’un lieu dangereux et désordonné au service d’un agenda réactionnaire et sécuritaire. Pourtant, le quartier de la gare est devenu un espace où se concentrent des problématiques sociales, sanitaires et urbaines qui dépassent largement le seul cadre de la sécurité et la tranquillité publique.

Car dans le même temps, des habitant.e.s, des occupant.e.s et des travailleur.euse.s de l’espace de la gare se sentent de plus en plus abandonné.e.s face à des problèmes bien réels mais plus complexes que ce que les polémistes tentent de faire voir : précarité extrême, ruptures des droits, difficultés d’accès aux soins, isolement, errance, situations migratoires complexes, travail informel de survie, circulation de psychotropes et consommations à risque.
Des travailleur.euse.s précaires, personnes exilées, personnes sans domicile, usager.ère.s de drogues, personnes confrontées à des difficultés de santé physique ou psychique y survivent quotidiennement. Ces dernières années, plusieurs personnes occupant cet espace sont décédées. Ces évènements ne sont pas des faits isolés, ils sont des faits sociaux qui rappellent brutalement les conséquences humaines de l’abandon social et politique dont souffrent les plus précaires et les personnes exilées sur ce territoire.

Face à ces réalités, les réponses successivement mises en œuvre ont montré leurs limites. Les interventions policières et les opérations de dispersion peuvent produire des effets immédiats et répondre aux attentes de certain.e.s riverain.e.s. Mais elles ne permettent pas de traiter les causes de la précarité et sont loin d’améliorer durablement les conditions de vie dans le quartier. Les difficultés se déplacent ou se résorbent temporairement sans disparaître. Des réseaux d’autogestion et des moments de solidarité naissent également de ces difficultés, des consciences sociales et politiques se forment. Toutefois elles souffrent d’un manque de moyens et de ressources conséquent.

Nous refusons que le débat public se limite à une opposition stérile entre répression et laisser-faire, à une incompréhension du social au nom d’une gestion court-termiste et impensée du quotidien. Les habitant.e.s, travailleur.euse.s, riverain.e.s du quartier ont droit à un espace public apaisé, mais digne.

Ces exigences ne s’opposent pas, elles sont indissociables.

Nous appelons donc les pouvoirs publics, les institutions concernées et l’ensemble des acteurs du territoire, municipalité, département, préfet mais aussi les riverains à engager un travail coordonné permettant de construire des réponses durables, humaines et fondées sur les droits.

Nous demandons notamment :
– le renforcement des dispositifs d’accompagnement social, d’accès aux soins, de réduction des risques, des démarches d’aller-vers visibles et fréquentes dans le secteur de la gare et leur coordination,
– une attention particulière aux situations de rupture de droits, aux personnes sans domicile et aux personnes confrontées à des problèmes de santé mentale ou d’addictions,
– le développement d’espaces de dialogue réguliers entre personnes concernées, habitants, associations, et acteurs publics du territoire,
– une concertation et une réflexion sur les possibilités de créer des conditions où des activités aujourd’hui informelles ne seraient pas pénalisées mais régulées,
– des voies de régularisation des personnes sans-papiers à la hauteur des réalités et des besoins de notre territoire,
– un soutien aux initiatives locales favorisant la médiation territoriale, l’accès aux droits et la cohabitation dans l’espace public,
– la production d’un diagnostic partagé et régulièrement actualisé des réalités sociales et sanitaires du quartier afin d’orienter les politiques publiques sur la base de faits documentés plutôt que de représentations ou de polémiques,
– la multiplication de toilettes publiques mixtes et de douches publiques en centre ville.

Nous prenons acte de la volonté exprimée par la nouvelle municipalité de traiter ces questions dans leur complexité et d’associer les acteurs sociaux et la société civile à la recherche de solutions. Les réalités du terrain imposent aujourd’hui d’aller plus loin.

Nous redisons donc l’urgence : la gare de Saint-Denis ne doit plus être pensée comme un problème à déplacer ou à invisibiliser. Elle doit devenir un territoire d’attention et de soins prioritaire où se construisent des réponses fondées sur la solidarité, la dignité, l’accès aux droits et la santé publique avec la participation de toutes et tous.

Premiers signataires :
Collectif de la Gare 93
Section Saint-Denis-Plaine Commune de la Ligue des Droits de l’Homme
Nous toutes 93 Antiracistes
Auto Support des Usagers de Drogues (ASUD)
Association des Marocains de France (AMF)
Collectif Pour l’Avenir des Foyers (COPAF)
Collectif Stop Violences policières Saint-Denis
Coordination des foyers de Plaine Commune
Révolution Permanente/Saint-Denis
Les Ecologistes Dionysiens
Collectif pour le Respect des Droits des Etrangers (CRDE 93)
Saint-Denis Antifa
Ensemble Vivre Travailler Coopérer (EVTC)
Femmes Solidaires 93
Coordination Eau Ile-de-France

Pour signer cette lettre ouverte, mail à : lagare93@proton.me