Ilot 8 Basilique. Malgré d’ultimes refus de la municipalité, la « Fête du passage qui doit rester public » s’est bien tenue samedi 21 février.

, par La Rédac’

C’est plus d’une trentaine de personnes qui se sont relayées pour de nombreux échanges avec toutes celles et ceux qui ont emprunté le passage et la galerie commerciale samedi après-midi. A cette occasion l’escalier menacé de démolition qui mène à la dalle a été dénommé « L’escalier du chant des ouvriers » et "Passage des Teinturières " le passage menant au "Passage de l’ancienne Tannerie". Entre histoire et mémoire des lieux, de Pierre Dupont à Aragon.

C’est une jeune association "Les Ami.es de l’îlot 8 » qui a organisé ce moment d’information et d’échanges avec les passants sur le devenir de ces espaces publics : le passage qui permet d’accéder à la galerie commerciale à partir de la place Jean-Jaurès et inversement ainsi que l’escalier attenant qui permet d’accéder à la dalle de l’îlot 8.

Maintenir ces espaces publics, la possibilité de ces cheminements, s’opposer aux délibérations adoptées en conseil municipal le 20 novembre dernier et lors du 19 février – qui remettent en cause le principe urbain de la ZAC Basilique avec la volonté de résidentialiser l’îlot 8 et qui procèdent à la vente des espaces publics à une Société Civile Immobilière, la SCI Basilique – tel était l’enjeu de cette manifestation festive.

Une manifestation qui disposait d’une autorisation préfectorale délivrée en bonne et due forme pour se tenir. Malgré cela, la municipalité indiquait dans les derniers jours qu’au nom de "délai d’instruction des autorisations d’occupation de l’espace public" (trois semaines ) "nous ne pouvons pas donner une réponse favorable à la tenue de votre évènement à la date indiquée".

Difficile, on en conviendra facilement, avec de telles exigences d’organiser un événement sur l’espace public ayant quelque rapport avec l’actualité.

Une position de la municipalité d’abord compréhensive quant à la tenue de l’événement à laquelle ont succédé ces retours de mail qui ne pouvaient qu’être interprétés comme une entrave à la tenue de cette manifestation festive, à la libre expression des habitants et des locataires, ceci s’ajoutant à la fermeture de la Maison Jaune privant ces derniers du seul lieu de réunion en toute proximité de leur logements.

Photos Pierre Trovel.

Photo Hélène Mirouze Degoy

Les moments d’échanges ont, entre autres, permis de soumettre aux passants des propositions pour nommer ces espaces publics. A cette occasion, le passage – sans nom – a été nommé "Passage des Teinturières ". L’escalier a lui été dénommé « L’escalier du chant des ouvriers » en référence à une chanson de Pierre Dupont. Des dénominations en rapport avec la toponymie et l’Histoire.

Qu’on en juge ci-dessous avec cet extrait de La Semaine Sainte d’Aragon. Chapitre Saint-Denis.

« Saint-Denis cependant demeurait la plaque tournante des fuites et des concentrations de troupes. Il y avait plus de sept mille soldats au petit jour dans la ville.../...

Macdonald.../... décida de faire un tour dans cette ville qu’il connaissait mal, et où il était venu attendre les troupes auxquelles il avait fait donner Saint-Denis comme point de regroupement. Dieu sait ce qu’il s’y trafiquait ! Une bourgade, pas plus, mais toute en façades, avec des jardins derrière, et des champs, des potagers, un restant de nuit inquiétante dans les terrains non bâtis, une petite cité traversée d’eaux mystérieuses, dont les lacis se comprenaient mal, sans plan, qui plongeaient soudain sous les maisons, les rues, disparaissaient, pour surgir ailleurs, ou en étaient-ce d’autres ? Des eaux échelonnées de moulins, de tanneries, de teintureries.

A côté de la basilique avec sa double tour comme des doigts levés pour bénir, la maison de la Légion d’honneur où, à ce qu’on disait, se maintenait discrètement l’influence de l’Empereur, dressait ses bâtiments austères, ses murs hauts, et derrière son parc il y avait encore une cheminée industrielle, la fabrique de toiles peintes de M Juval, dénonçant le passage d’un cours d’eau. Tous ces ruissellements secrets emportant couleurs et déchets, partiellement couverts, puis affleurant des réserves de l’ombre, semblaient à Jacques-Etienne les reflets tortueux des pensées cachées de ce Saint-Denis plein de menaces et de souvenirs, de rois morts et de profanations populaires. »

Ainsi qu’avec le Chant des Ouvriers de Pierre Dupont (1846)

Nous dont la lampe, le matin,
Au clairon du coq se rallume,
Nous tous qu’un salaire incertain
Ramène avant l’aube à l’enclume,
Nous qui des bras, des pieds, des mains,
De tout le corps luttons sans cesse,
Sans abriter nos lendemains
Contre le froid de la vieillesse,

Aimons-nous, et quand nous pouvons
Nous unir pour boire à la ronde,
Que le canon se taise ou gronde,
Buvons,
À l’indépendance du monde !

Nos bras, sans relâche tendus,
Aux flots jaloux, au sol avare,
Ravissent leurs trésors perdus ;
Ce qui nourrit et ce qui pare :

Perles, diamants et métaux,
Fruit du coteau, grain de la plaine ;
Pauvres moutons, quels bons manteaux
Il se tisse avec notre laine !

Aimons-nous, etc.

Quel fruit tirons-nous des labeurs
Qui courbent nos maigres échines ?
Où vont les flots de nos sueurs ?
Nous ne sommes que des machines.
Nos Babels montent jusqu’au ciel,
La terre nous doit ses merveilles :
Dès qu’elles ont fini le miel,
Le maître chasse les abeilles.

Aimons-nous, etc.

Mal vêtus, logés dans des trous,
Sous les combles, dans les décombres
Nous vivons avec les hiboux
Et les larrons amis des ombres ;
Cependant notre sang vermeil
Coule impétueux dans nos veines ;
Nous nous plairions au grand soleil,
Et sous les rameaux verts des chênes.

Aimons-nous, etc.

À chaque fois que par torrents
Notre sang coule sur le monde,
C’est toujours pour quelques tyrans
Que cette rosée est féconde ;
Ménageons-la dorénavant,
L’amour est plus fort que la guerre ;
En attendant qu’un meilleur vent
Souffle du ciel ou de la terre,

Aimons-nous, etc.