Jupiter le petit en son conseil

, par Michel Ribay

Jeudi 30 janvier c’était après le conseil d’installation le 4 janvier et celui des désignations du 9 janvier le véritable premier conseil municipal de la commune nouvelle. Deux affaires classées comme importantes étaient débattues en début de conseil. La première portait sur les règlements intérieurs du conseil municipal de la commune nouvelle et des communes déléguées, la seconde sur la politique RH. Nous aurons l’occasion de revenir prochainement sur la politique RH.

Le premier point du conseil municipal du 30 janvier est très révélateur de la conception du débat portée par Mathieu Hanotin. Nous allions écrire abusivement « débat démocratique ». Abusivement car de démocratie locale, il n’en n’est plus question depuis l’arrivée aux responsabilités de Mathieu Hanotin. Avant de parler directement de la première affaire un détour s’impose pour mettre en lumière cette éclipse de la démocratie locale.

La démocratie locale suppose d’initier, de susciter, l’émergence d’instances de débats, d’échanges, de propositions, de confrontations de points de vue afin de favoriser l’implication des citoyens dans la vie municipale.

Ces dynamiques de représentation et participation citoyenne ont pris des formes variées et la création des conseils citoyens en a été un des moments. Inscrit dans la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014, le principe de la co-construction de la politique de la ville devait permettre : « d’associer les habitants et acteurs des quartiers prioritaires à la gouvernance de cette politique partenariale. »

Tabula rasa

Créés lors du mandat précédent entre 2014 et 2020, les conseils citoyens ont été abandonnés.

Les réunions de quartiers issues du mouvement historique de la démocratie participative qui s’est développée au cours des années 1990 sont devenues sinon inexistantes du moins extrêmement rares.

Les comités consultatifs portant sur des secteurs d’aménagement importants en cours ou à venir comme le comité consultatif de la porte de Paris (on ne sait toujours pas quelles sont les intentions de la municipalité quant à l’aménagement de la partie sud de la ZAC Porte de Paris après la déconstruction des bretelles d’autoroutes) ou celui du secteur Lamaze n’ont pas survécu à l’arrivée de l’équipe de Mathieu Hanotin. Le comité de suivi mis en place à Pleyel non plus.

Concernant les politiques publiques en rapport avec des préoccupations environnementales que ce soit l’Eco-parlement des écoliers créé en 2007 ou le Conseil local en santé environnemental, ils ont tous deux été purement et simplement supprimés.

Plusieurs conseils ou structures intermédiaires d’échanges, productrice d’avis ou d’animation de la vie locale ont été supprimés : la Commission technique paritaire des marchés, le Conseil de la vie associative ou le Conseil des citoyens étrangers.

A Plaine Commune, les commissions, lieu d’échanges entre élus sur les délibérations à adopter en conseil territorial ont été supprimées comme le Conseil de développement.

Effacer jusqu’aux traces des débats

Pour ce dernier, il n’est même plus possible d’accéder au contenu de ses travaux qui ont été supprimés du site de Plaine Commune.

Dans le même esprit qui vise à effacer toute trace du passé ou en rendre l’accès très difficile, le site du Journal de Saint-Denis n’est plus accessible, il faut maintenant passer par des requêtes via les archives de la ville.

En résumé toutes, nous disons bien toutes les structures intermédiaires d’élaboration, de débats, de propositions, de controverses, d’implication citoyenne quelque soit leur objet ont été abandonnées ou supprimées. Rien n’a été fait pour leur donner un nouveau souffle, prolonger leurs activités, voire les remplacer. Elles n’étaient pas parfaites certes mais qui peut croire à des instances de démocratie parfaites ?

Rien n’a été fait pour les revivifier, les relancer, les réactiver encore moins amplifier toutes ces instances. Elles ont ont subies le même sort : laissées à l’abandon, à la mort lente ou à promis à une liquidation pure et simple.

Elles avaient pourtant plus que le mérite d’exister, elles permettaient l’expression citoyenne, la mise en mouvement des habitants, l’animation du débat municipal.

La démocratie locale entre balançoires et pump-track

Un budget participatif, préexistant à 2020, est seul l’objet d’une communication tout azimuts. L’invitation à voter jusqu’au 31 janvier fait jusqu’à l’objet de spot videos diffusés au cinéma L’Ecran avant la projection des films.

Un budget participatif, dont la liste à la Prévert comporte la création d’un caniparc dans chaque quartier, l’installation de balançoires à Pleyel, l’installation d’arceaux de motos à Delaunay-Belleville ou une piste de pump-track sur la promenade Jean Amblard fait manifestement figure pour le maire de nec plus ultra de la démocratie locale. C’est son versant citoyen, démocratique et participatif.
Mais des projets aussi utiles, qu’attendus ou souhaités par les habitants ne font pas démocratie locale.

Pour le reste, à savoir l’autre versant, celui d’une démocratie représentative cela se passe au conseil où le maire parle, parle et parle. Cela est dans doute insuffisant puisqu’il s’agit maintenant d’adopter un règlement intérieur lui garantissant d’ordonner, de régir, d’encadrer l’expression des élus.

Concernant les élus de sa majorité, l’exercice est déjà bouclé. Rien ne dépasse. Pas le moindre début de divergence exprimée en près de cinq ans. Même pas l’esquisse d’une timide manifestation d’une sensibilité. Rien. Le néant.

Après la tabula rasa de tous les corps intermédiaires locaux dans la pure veine macroniste, notre petit Jupiter, investi de la police de l’assemblée, entend continuer à ne faire du conseil que la chambre d’écho de sa propre parole.

Où sont les citoyens ?

Malgré les tentatives de l’opposition de permettre et garantir par des amendements au règlement du conseil, outre leurs propres possibilités d’expression, celle des citoyens dans le cadre normé et institutionnel de cette assemblée, rien ou si peu n’a été retenu par le maire.

Ainsi, et sans rentrer dans le détail des 17 amendements proposés, l’essentiel pour le maire a été préservé : se réserver la possibilité de décider ce qu’il accepte ou refuse. 5 mn pour une question ou 2 minutes cela reste son choix. La possibilité ou non de maintenir la diffusion du conseil en cas de huis clos aussi. La majorité des amendements proposés ont été rejetés.

Outre le pouvoir du maire qu’il a entendu préserver, le rejet des amendements 15 et 16 présentés par Romain Potel et Sophie Rigard sont les plus symptomatiques de la place qu’entend réserver le maire à l’expression des citoyens et à la démocratie locale : le néant.

Consacrer un quart d’heure citoyen comme le font d’autres villes à l’occasion du conseil municipal ou permettre aux citoyens de poser une question 15 jours à l’avance à laquelle une réponse serait apportée en conseil, pour le maire c’est non.

On ne peut être plus clair. Sous son look d’étudiant (en basket) – ça ne va pas durer – perce le pitbull (c’est ainsi qu’il était décrit dans un article du Parisienen juillet 2020). On connait la brutalité du pitbull. On sait aussi que sous le vernis juvénile règne le vieux politicien, le vieux monde qui a toujours peur du citoyen.

De 2020 à 2025, comme on dit « un homme ça ne change pas, ça se précise ».