Depuis la victoire des candidats du Nouveau Front Populaire aux législatives et la défaite de l’extrême droite face au front républicain où ce sont majoritairement les voix de gauche qui, en se portant sur des candidats de la « droite républicaine », ont fait barrage à l’arrivée de Jordan Bardella à Matignon, le président de la République procrastine.
Sa procrastination n’a rien d’un travers psychologique. Elle est politique. Elle témoigne plus de deux échecs successifs, européennes et législatives, que de la tentative de s’affirmer comme le « maître des horloges ». Un compte à rebours s’est ouvert le 7 juillet au soir. Le sursis accordé par les JO n’a que trop duré.
Deux faits s’imposent. La condamnation de sa politique doublée du rejet croissant de sa personne d’un côté, la solidité de la coalition du Nouveau Front Populaire de l’autre.
Il s’est pourtant attaché depuis sa première défaite à tout tenter pour affaiblir, corroder, ruiner cette coalition. Malgré son pari initial perdu – les composantes de l’ex-Nupes ont su réagir avec célérité –, il n’a cessé d’une manière ou d’une autre de poursuivre dans la même voie.
C’est dans cette stratégie du déni qu’il faut insérer l’offensive anti-LFI de toutes les composantes de la droite, bloc central et extrême-droite réunis, couplée aux tentatives de renforcer les divisions au sein du PS. Les déclarations publiques aussi stupides qu’insultantes de Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen, à propos des cadres de LFI, dans le Figaro, et le concert médiatique mené sur son nom procèdent du même dessein : casser la dynamique politique et unitaire du NFP.
C’est dans ce contexte que Mathieu Hanotin a pris la mouche puis la plume pour une tribune . La mouche. Si le président a rendu visite entre les deux tours de la présidentielle à un maire, c’est bien à Mathieu Hanotin. Si le ministre de l’Intérieur démissionnaire, Gérald Darmanin, a précédemment décoré quelqu’un d’une médaille du mérite, c’est encore Mathieu Hanotin. Et n’est-ce-pas ici que le président a lancé ses « causeries » dénommées « Les rencontres de Saint-Denis ».
De Saint-Ouen, il n’en a jamais été question. Les plus flagorneurs du cabinet du maire ont tenté de le rassurer : « Qui connaît Karim Bouamrane ? ».
Maintenant c’est fait. Urbi et orbi. Mathieu parle de No go zone dans un article du New York Times, il déclenche un flot de protestations. Karim fait la une du même quotidien, un concert de louanges suit !
Le Maire n’a pourtant pas lésiné sur la communication ces derniers temps. Malgré la vingtaine de vidéo où apparaît Mathieu Hanotin pendant les JO, la rétrospective d’une minute où il apparaît toutes les 4 secondes, le maire par ci, le maire par là, le maire en BMX, sur un tatami, dans les tribunes du stade de France, avec la flamme, tous les dispositifs en branle pour être la vedette et saturer l’espace médiatique sont effacés d’un coup, c’est Karim Bouamrane qui prend la lumière.
Tout avait même été anticipé, verrouillé. Une note de la directrice générale des services, dès juillet, avait rappelé, par mail, à l’ensemble des agents leur « devoir de réserve ». En deux mots, en cas de sollicitation par la presse la consigne était claire : motus et bouche cousue. Chacun étant invité à se retourner vers le cabinet où… tout était prévu.
Mathieu Hanotin, mouché, sort non pas la tapette à mouches mais une tribune dans le Nouvel Obs.
Le titre proposé par son cabinet, « Entre le chaos et la confusion, il existe un chemin, celui de la démocratie parlementaire » a fini par s’imposer. Le Maire aurait préféré plus simple, plus direct, plus rentre-dedans, et en deux mots : « J’existe ».
Le patron à Plaine Commune, c’est lui, fait-il sans doute valoir, au premier janvier 2025 qui est le maire de la plus grande ville, Pierrefitte, en plus – mangée toute crue –, c’est toujours lui, rajoute-t-il pour ceux qui l’auraient oublié.
Bref, il s‘agit de couper l’herbe sous le pied à Karim. Et Mathieu Hanotin de réaffirmer son soutien à Lucie Castets ! Vous en aviez entendu parler vous du soutien initial de Mathieu Hanotin à Lucie Castets ? Non. Et bien on est comme vous. Sur son profil Facebook, le nom de la première ministre soutenue par le NFP n’apparaît qu’une fois, dans la tribune et pas avant.
Réaffirmer est bien un abus de langage, autrement dit dans le cas d’espèce, une entourloupe.
Passons sur l’entourloupe pour s’intéresser au fond. Passons aussi sur l’entame. La France au bord du précipice qui dans l’Histoire, sait toujours se ressaisir… Le clin d’œil gaullien appuyé, le style en moins. La première phrase donne le ton. Lourdaud.
« A chaque fois que la peur du vide s’empare de l’Histoire de France, les Françaises et Français mobilisent les ressources dont ils ont manqué pour en arriver là. »
Faut la relire celle-là.
La preuve par les JO nous dit Mathieu Hanotin. On nous promettait un précipice, c’est la ferveur qui a pris le dessus. Mathieu Hanotin développe ici les mêmes arguments utilisés dans une tribune parue le 12 août dernier dans Le Monde. Elle est de Clément Beaune, l’ancien ministre des Transports qui, n’ayant pas eu le cran de démissionner au moment de la loi asile Immigration, à l’instar de l’ancien ministre de la Santé Aurélien Rousseau aujourd’hui député du NFP, a été écarté par le président.
« Et pourtant, au bord du précipice, la cérémonie d’ouverture flamboyante, la première médaille d’or des rugbymen au Stade de France, les « Marseillaises » qui résonnent dans les cœurs comme un chant de concorde nationale, ont balayé les passions tristes. »
Notre pays aura donc réussi, avec les JO, à montrer au monde un véritable état d’esprit de ferveur et de fierté populaires. Cette concorde républicaine aura uni un pays autour de son équipe de France mais aussi autour de sa capitale et de sa banlieue, pourtant régulièrement pointée du doigt par Jordan Bardella comme l’anti-modèle absolu.
« Mais si la ferveur estivale est encore là à l’approche des Jeux paralympiques, si l’héritage colossal pour Saint-Denis se révèle, il n’est pas raisonnable de demander aux JOP d’être le deus ex machina qui viendrait régler tous les problèmes de notre société. » peut-on lire dans la tribune de Mathieu Hanotin du 22 août dans le Nouvel Obs.
« Oui, nombre de Parisiens et de Français ont redouté ces Jeux jusqu’à la veille, des craintes abondamment relayées ou amplifiées par les médias, des experts en tout et des politiciens tirant contre leur camp : « Parisiens en cage », « folie sécuritaire », « on ne va pas être prêt sur les transports ». Avant de chavirer dans l’euphorie dès la cérémonie d’ouverture. »
« Et beaucoup de Français ont été bousculés, angoissés par la période de la dissolution de l’Assemblée nationale : après un stress intense, les Jeux ont été une bouée de sauvetage psychologique, un plaisir de soulagement. C’était le Prozac ou les Jeux, nous avons eu les Jeux. »
« Bien sûr, il serait idiot de dire que les Jeux sont une panacée. Ils n’ont rien réglé des maux français : faiblesses de l’école et du système de santé, insécurité, dette croissante… » écrivait Clément Beaune le 12 août dans Le Monde.
Que faut-il conclure de cette convergence d’analyse ? Qu’elle témoigne d’une convergence politique ?
Clément Beaune semble bien plus prudent et nuancé que le maire de Saint-Denis : « Nous ne devrons pas oublier que, si la ferveur était palpable dans les rues de Paris, le vent des JO n’a sans doute pas soufflé de la même façon dans tous les territoires, dans tous les milieux sociaux, chez tous les travailleurs. » écrit-il.
Ils partagent en fait tous deux une lecture qui tend à faire croire que ce sont ces « moments de ferveur » qui témoignent de la grandeur des Français, de leur aspiration à se rassembler, à s’unir, à faire société…
C’est en quelque sorte oublier, passer sous silence que, si il y a bien eu un moment ou les Français, qu’ils soient des métropoles, des territoires ruraux, des villes moyennes, des littoraux ou des monts, c’est lors des manifestations inédites par leur ampleur et leur géographie contre la réforme des retraites en 2023 que s’est manifesté la plus profonde « concorde nationale ».
C’est ce mouvement de fond, comme le rejet profond de l’extrême-droite, qui fait encore la force du NFP. La ferveur Teddy Riner ou Léon Marchand n’a elle qu’un temps.
La France, après avoir évité le précipice, court, selon Mathieu Hanotin, deux dangers, le chaos et la confusion, soit un pays ingouvernable et une coalition contre-nature. La seule voie possible pour éviter ces deux écueils : la démocratie parlementaire.
Le lecteur ou la lectrice de gauche souscrira à ce propos. Comme à celui qui propose de « saisir le moment historique d’un retour à un clivage salutaire gauche/droite ».
Les Dionysien.nes s’étonneront en revanche devant cette déclaration publique d’attachement, d’amour, de la part du maire à la démocratie parlementaire. Les Dionysien.nes ne lui en demandent pas tant.
Ici, à Saint-Denis, à Plaine Commune, c’est juste de démocratie dans la conduite des affaires municipales qu’ils réclament. Et de cela la tribune du nouvel Obs n’en parle pas.
Autrement dit, une tribune pour rien, de quelqu’un à qui on n’a rien demandé et qui ne demande rien (quoique) à l’instar de Karim Bouamrane, « candidat à rien » (mais quand même si jamais…) comme l’indique la première adjointe, Katy Bontinck, dans un échange sur Facebook sur le profil du maire… Beaucoup de bruit pour rien…
Une tribune donc de circonstance qu’il aurait pu titrer « Karim, Macron, Lucie… et moi ? »
PS : Mathieu Hanotin fait la promotion de sa tribune sur son Facebook. Il recueille 47 likes dont le sien. On n’est jamais mieux aimé que par soi-même !