A moins d’un mois de la période de réserve avant les élections municipales de mars 2026, les six mois qui précèdent celle-ci étant très précisément codifiés (ouverture des comptes de campagne, communication très encadrée sur les réalisations de la collectivité) Mathieu Hanotin et Michel Fourcade gratifient leurs « administrés » d’une campagne d’autopromotion qualifiée de bilan de mandat 2020-2025, avec une brochure de 48 pages intitulée « 5 ans à vos côtés ». Pas 48 pages d’une édition pour la commune nouvelle, non deux fois 48 pages. Pour les Dionysiens et pour les Pierrefittois.
Quand Mathieu Hanotin et Michel Fourcade mutualisent chaque « euro utile », c’est un 96 pages.
Encore quelques semaines, quelques jours et il aurait fallu intégrer cette dépense dans les futurs comptes de campagne de ces deux candidats. Calculé donc pile poil donc en terme de calendrier et donc financé sur fonds publics, par tous les Dionysiens et les Pierrefittois. « Chaque euro dépensé doit être un euro utile » aime à dire Mathieu Hanotin. On conviendra que de ce point de vue, il n’y a pas meilleure illustration de l’adage « On n’est jamais mieux servi que par soi-même ». Notons déjà qu’en général un document de bilan est présent comme un document de bilan, là sans honte, ce sont des hors-série du « journal d’informations » les Nouvelles. Ben voyons !
D’abord combien coûte ce genre de pure propagande. Nous savons que l’édition dionysienne a été tiré à 52000 exemplaires. L’édition Pierrefittoise à 14000 exemplaires. Approximativement, il est à parier que la note a dépassé les 60000 euros. On voit que Mathieu Hanotin et Michel Fourcade ne lésinent pas à la dépense pour promouvoir leurs bilans.
Beaucoup de papier donc. Et du papier direction poubelle.
On ne compte pas le travail en amont, ni la prestation de distribution sur toute la commune nouvelle. On vous précisera les montants exacts dès qu’ils auront été communiqués aux élus d’opposition qui ne manqueront pas d’en faire la demande.
Rappelons-nous qu’un des arguments mis en avant par Mathieu Hanotin pour la suppression du Journal de Saint-Denis, le JSD, l’historique, consistait à dire que c’était un gâchis de papier… que la nouvelle formule serait accessible dans différents points de Saint-Denis, (équipements municipaux et commerces), que cela était suffisant pour finalement revenir à une édition distribuée toutes boites aux lettres sur la ville, non pas d’un journal d’information comme l’était le JSD, mais d’un magazine d’autosatisfaction tous les 15 jours. Puis ce fut « Les nouvelles », pour la commune nouvelle et voilà donc aujourd’hui ces « deux hors-série ».
Beaucoup de papier donc. Et du papier direction poubelle.
Dans la foulée, les élus se sont retrouvés à Saint-Hilaire, en bord de mer – l’océan même –, pour un séminaire de trois jours. Coût du séminaire ? On ne sait pas exactement mais on le saura et on y reviendra. C’était l’occasion pour les élus de s’offrir un grand Plouf dans l’océan avant le flop de leur dernier petit Plouf à la Maltournée,
96 pages, pour dire quoi du coup ?
Il serait trop fastidieux de commenter thématique par thématique les documents. Plutôt que de s’attacher à parler uniquement de ce que disent les documents, nous avons pris le parti de parler de ce que ces bilans dissimulent, des impasses.
Comme il s’agit des bilans des villes tout en mettant en avant « la commune nouvelle librement imposée à tous et sans débat », nous avons fait le choix de nous attarder sur le bilan dit pierrefittois.
Pour cela nous avons choisi d’interroger Romain Potel, élu pierrefittois, qui s’est particulièrement investi dans la bataille contre la fusion imposée des deux villes. Il pointe donc les trous noirs, les pans cachés, la poussière sous le tapis du bilan de Michel Fourcade.
Les Pierrefitois ont découvert le bilan de la dernière mandature de Michel Fourcade, qu’est ce que cela t’inspire ?
Romain Potel : Ce bilan, c’est un fourre tout. On y trouve tout pour masquer l’essentiel. On nous met sur la table de multiples « produits » dont on ne connait la provenance. Les ingrédients restent opaques, les proportions inconnues, les coûts cachés, le nutriscore introuvable et on nous sert au final une ratatouille indigeste de 48 pages dont l’idée maitresse est de nous faire croire que c’était le seul plat possible, que celui-ci est excellent et qu’on en redemande. C’est une réécriture de l’histoire et sur certains sujets un véritable trou noir et les entourloupes sont nombreuses.
Des exemples ?…
R. P. Tout démarre par des photos qui ne disent surtout pas tout. Par exemple, la réalité de la séquence inédite, douloureuse et tragique du Covid est passée sous silence, la municipalité a été aux abonnés absents les 3 premières semaines du confinement, ce sont des associations qui ont pris l’initiative d’organiser de l’aide alimentaire, le minimum de correction, l’exigence de vérité, l’exigence de bilan aurait du conduire à le reconnaitre et leur rendre hommage. Une municipalité absente à l’image de celle de l’adjointe à la santé aux conseils municipaux. La ville n’a d’ailleurs pas daigné rencontrer les professionnels de santé pendant la pandémie.
Les faits sont là : le centre de santé municipal ne produit plus de rapport d’activités annuel, la ville devient un désert médical avec le départ à la retraite de nombreux généralistes.
La politique de santé municipale est illisible avec la fermeture d’un espace santé dans le nord de la ville (pourtant non couvert en médecins généralistes) et l’ouverture d’un espace santé au sud...
On met en avant la rénovation du centre municipal de santé mais on ne mentionne pas la fermeture du centre dentaire municipal. Rien non plus, bien entendu, sur la vente à un dentiste privé de l’espace de santé Prévert, 330 000€ pour 169m2, pourtant refait à neuf sur fonds publics pour plus de 500 000€. Un dentiste qui a de fait récupéré une partie de la patientèle du centre dentaire municipal. Comment défendre une telle politique, une telle gestion ?
On illustre en photos le passage de la flamme des JO mais on ne mentionne ni le coût de ce passage, ni celui des festivités ou des évènements organisés à l’occasion des JO. Un bilan se doit d’être complet et de ne pas masquer certains coûts, non ?
Tout semble bon pour justifier une photo ou une autre. D’une route départementale qu’emprunte Michel Fourcade en vélo pour la photo ou l’ouverture du lycée Joséphine Baker pour lequel la ville a dû payer le terrain, le maire ayant fait le forcing auprès de la région pour que le lycée soit construit à Pierrefitte et non 1km plus à l’ouest à Villetaneuse. Sachant qu’il y a déjà des collégiens pierrefittois qui fréquentent un collège situé à Villetaneuse, que des lycéens de Pierrefitte sont allés et vont toujours au lycée Utrillo de Stains, est-ce que ces centaines de milliers d’euros engagés ont été utiles (on parle d’une somme comprise entre 800 000 et un million d’euros) ?
C’est un peu, beaucoup, tirer la couverture à soi au détriment d’un intérêt général, idem pour la piscine Supiot qui bien qu’initialement programmé par le département, dans le cadre de la rénovation du collège Courbet, a atterri ailleurs selon le desiderata du maire faisant porter de fait les frais de gestion à la seule ville de Pierrefitte. Mon lycée, ma piscine, moi je et ma photo !
Une manière de faire, une gestion des deniers publics très hasardeuse cela la brochure de 48 pages n’en parle pas. Des exemples ?
L’extension de l’école Danielle Mitterrand devenue depuis un groupe scolaire à part entière. Ainsi, une petite école de 8 classes en ossature bois prévue initialement à 2M€ est livrée finalement à 6M€ ! La hausse des coûts avait pourtant été anticipée par le directeur des services techniques qui plaidait pour un abandon du projet. Dans le même temps, la ville a fermé une autre petite école, celle des Fortes Terres en cachant et mentant aux APE sur la fermeture. L’implantation de cette nouvelle école renforce par ailleurs la densification du quartier des Poètes. La crèche multi-accueil La Colombe a elle coûté 2,4M€ pour 24 berceaux, soit 100 000€ le berceau, bien au-delà des moyennes constatées en France. C’est aussi cela le bilan.
Les actions présentées comme phares du mandat s’ouvrent à Pierrefitte comme à Saint-Denis par la sécurité, quel en est le bilan à Pierrefitte ?
R. P. 15 lignes pour le bilan de ce qui a été fait sous la mandature Fourcade de 2020 à 2024. Pourtant Fourcade a mis beaucoup de moyens financiers, non mentionnés dans le magazine : déploiement de vidéosurveillance, enveloppes à foison d’heures supplémentaires pour les policiers municipaux dont certains (cat B) émargeaient à 5000€/mois selon RSU 2022 afin d’assurer l’attractivité du métier !
Mais aucun bilan n’est tiré sur l’efficacité ou non de cette politique coûteuse. Tous les chiffres indiqués du 3055 d’appel aux nombre de policiers municipaux en passant par le nombre de caméras sont liés à Saint-Denis, ce dont témoignent toutes les photos.
Sur le plan éducatif, que s’est-il passé lors de cette mandature ?
R. P. Et bien à peine un petit paragraphe de 1500 signes est consacré dans ces 48 pages à cet enjeu pourtant majeur. On y apprend en vrac quelques vagues informations sur des rénovations, des créations de cours oasis... Un chiffre, +33%, est mis en valeur, pour signifier le passage de 6 classes découvertes à 8 !
Cela reste un chiffre dérisoire au regard, par exemple des 16 classes de CM2 de la ville. Le bilan ne dit pas que la ville a opté pour des séjours organisés par des prestataires extérieurs, des séjours de qualité certes, mais là aussi très chers. La ville n’est pas dans une démarche volontariste encourageant - et accompagnant - les enseignants (qui pourtant savent faire !) à organiser eux-mêmes les classes vertes, ce qui permettrait de faire partir plus de classes pour le même coût. Une enseignante le fait depuis des années mais son action n’est pas mise en valeur par la ville.
D’après le bilan, l’action municipale sur l’éducation semble se résumer aux locaux et à la gratuité de la cantine. Rien sur le périscolaire, pas un mot sur les colos apprenantes ou d’autres dispositifs ayant pour ambition la réussite scolaire comme ascenseur social.
Et même concernant les locaux, le bilan reste incomplet : le magazine ne parle pas des nombreux modulaires qui pallient tant bien que mal la sur-occupation des écoles. Cette sur-occupation s’explique par la politique municipale de logement mais aussi par une mauvaise anticipation démographique lors de la conception des nouvelles écoles. Ainsi l’école Danièle Mitterrand a été livrée trop petite, les élèves n’ont jamais connu ni la salle informatique, ni la bibliothèque, transformées en salle de cours et pourtant les APE avaient alerté sur la sous-estimation du nombre de salles de cours nécessaires.
Les jeunes (moins de 20 ans) représentent 1/3 de la population pierrefittoise. La politique jeunesse est donc un sujet majeur qui est traité en 800 signes dans ce 48 pages ! En 5 ans, la seule action notable dans le domaine fut la restructuration du service jeunesse et la priorité mise sur un pôle central, l’espace Pierrefitte jeunes, pour lequel on n’a aucun rapport d’activités... Aujourd’hui la commune nouvelle ferme des espaces jeunesse… Allez comprendre.
Tu évoquais la politique du logement…
R. P. Deux pages y sont consacrées mais récèlent peu d’informations, beaucoup de généralités, de bonnes intentions et à peine quelques lignes consacrées strictement à la politique de logement de Fourcade, pourtant maire depuis 2008 et dont les résultats concrets sont aux antipodes des buts recherchés.
Michel Fourcade a misé sur les programmes favorisant l’accession à la propriété pour améliorer la mixité sociale. Aucune information pourtant sur l’effet pervers et la mainmise sur les logements neufs par des propriétaires bailleurs, parfois peu scrupuleux, qui ont en fait accentué les soucis de la ville en louant très cher des logements sous-dimensionnés à des familles précaires. Le turnover est massif.
De la bouche même de Michel Fourcade, c’est environ 40% de la population qui change tous les 6 ans. Aucun bilan sur la qualité, médiocre voire pire, des logements récemment livrés sur la ville. Un exemple emblématique étant la résidence des Maraichers au sud de la ville où des problèmes structurels d’humidité pourrissent des logements. Aucun mot non plus sur la prolifération des logements étudiants, nouvel eldorado pour investisseurs immobiliers. Des logements prévus pour accueillir des étudiants mais dont un nombre – qui reste à déterminer – accueille en fait des familles, aggravant le problème de sur-occupation des écoles.
Surtout aucun mot sur la dégradation de l’habitat pavillonnaire, livré aux marchands de sommeil qui divisent les pavillons pour encore une fois exploiter des familles précaires, lorsqu’ils ne font pas purement et simplement de la location au matelas ! Le document aborde brièvement le permis de louer mais ne parle pas du permis de diviser, absolument indispensable pour lutter contre les marchands de sommeil... et pour cause : ni Saint-Denis, ni Pierrefitte ne s’en sont doté !
Le sport, la culture ?
R. P. Il est vrai que la ville de Pierrefitte investit depuis longtemps dans le sport. Le soutien, notamment financier aux associations sportives, est réel.
Néanmoins ce bilan pêche encore par absence de données chiffrées.
Combien de licenciés dans les différentes associations et pour quel montant de subvention ? Et surtout quelles évolutions ?
Aucune action phare sur la santé dans le document et rien sur l’aspect sport-santé pourtant primordial dans une société envahie par les écrans et où la sédentarité fait de plus en plus de ravage chez les jeunes. Si la politique municipale ne permet pas d’augmenter le nombre de jeunes pratiquant du sport, elle se limite alors à de l’affichage autour de quelques athlètes de très haut niveau qui ne sont malheureusement que des arbres qui cachent la forêt.
Qu’en est-il de la fréquentation de la piscine dont les élus d’opposition ont maintes fois demandé en vain les chiffres ?
L’absence de critères quantitatifs, notamment la fréquentation des évènements culturels municipaux, fait que la politique culturelle relève de l’affichage. La Maison du Peuple est souvent aux 3/4 vides lors des spectacles externes à la ville, malgré la qualité de la programmation. Il y a un réel travail auprès des écoliers mais qui n’est pas suffisamment poursuivi pour inciter les familles, malgré des prix très abordables (5€ la place) à venir assister aux spectacles. Les élus sont d’ailleurs loin de montrer l’exemple !
On tait le fait bien entendu que le conservatoire de Pierrefitte est resté de longs mois sans direction à cause de la fusion et on précise le nombre actuel d’élèves du conservatoire sans donner de chiffres des années précédentes pour voir la tendance.
Pour finir et épargner le lecteur de l’ensemble des 48 pages, quels éléments te semblent nécessaires de souligner ?
R. P. La gestion de la vie associative a été et demeure un vrai souci. Les subventions accordées par la ville ont fait l’objet de nombreuses discussions animées en conseil municipal. Et pour cause : les montants octroyés, parfois très conséquents, n’étaient pas toujours à la hauteur de « l’intérêt général ». Ainsi, plusieurs associations – sportives souvent – ont vu leurs subventions bondir à l’approche des élections de 2020 et leurs dirigeants être élus auprès de Michel Fourcade au cours de ces mêmes élections. Une association a même fait le pot lors du meeting de clôture de campagne du maire, candidat lors des élections départementales.
Pour couronner le tout, les élus d’opposition n’ont jamais été associés à la commission chargée d’étudier les dossiers de subvention et de proposer les montants.
Ce mélange des genres et cette opacité n’est pas tolérable ni pour la démocratie ni pour la vitalité du mouvement associatif.