« La pétition lancée dès le début du mouvement regroupe plus de 5 600 signataires et le Maire ne veut toujours pas nous recevoir. Nous multiplierons les actions, la colère ne fait que gonfler. Nous n’abandonnerons pas, nous devons gagner, c’est une question majeure. » Un entretien avec le Collectif pour le maintien des bus en centre-ville qui appelle à un nouveau rassemblement le 2 avril à 18h, jour de conseil municipal, devant la mairie

, par Michel Ribay

Depuis l’annonce de la suppression des arrêts de bus des lignes 239, 153 et 253 desservant le centre-ville la mobilisation ne fait que s’amplifier contre cette décision de la municipalité. Pétitions, rassemblements, recours judiciaires, interpellations d’habitants de réunions publiques en réunions publiques ont contraint le maire à lâcher du lest et à revoir sa copie concernant la desserte du 239. Saisie par le Collectif pour le maintien des bus en centre-ville, la défenseur des droits va instruire le dossier, preuve de la légitimité de la bataille menée pour maintenir un droit égal pour tous à la mobilité et à l’accès au centre-ville. Pour le Collectif, il n’est pas question de renoncer à leur revendication : nous voulons des arbres et le retour de nos bus en centre-ville ! Entretien.

Le blog de Saint-Denis – L’annonce, par la municipalité en début d’année 2023, de la suppression de six arrêts de bus en cœur de ville a stupéfait de très nombreux Dionysien.nes. Depuis, de nombreuses actions ont eu lieu, courriers et interpellations de la présidente de Région, Valérie Pécresse, du président de la RATP, Jean Castex, recours gracieux, recours contentieux des juridictions administratives. Il a fallu tout cela pour que dernièrement le Maire semble reculer en proposant un bougé sur le 239. Comment interprétez-vous cela et sur le fond comment qualifiez-vous la décision de suppression des arrêts de bus en cœur de ville ? De quelle conception de la ville cela relève-t-il de votre point de vue ? Quel choc cela a-t-il provoqué dans les quartiers excentrés du centre-ville ? Après maintenant plusieurs mois que provoque la mise en place de cette mesure ?
Le Collectif – C’est nous qui avons annoncé aux habitant·es, avec notre pétition dès le mois de mars 2023, la décision unilatérale du maire. D’abord c’est l’incrédulité : on ne pouvait imaginer qu’un Maire supprime un service public du jour au lendemain. Puis rapidement, un sentiment d’exclusion, de colère, l’impression d’être rejeté·es. La conséquence première, concrète, en est l’isolement.

Comment s’est organisée la mobilisation ? Comment les contacts se sont-ils noués entre vous, la Plaine, Franc-Moisin, le centre-ville, Saussaie-Floréal-Courtille (SFC) ? Et avec quel objectif premier ?
Vous nous demandez comment les contacts se sont noués entre nous ? Mais justement, nous nous côtoyons tous les jours à Saint-Denis. Nous nous rencontrons au marché, au cinéma l’Écran, à la Maison des seniors, par le biais des associations, dans les fêtes du centre-ville, dans les fêtes de quartier, dans les associations sportives, lors des événements culturels, à la porte des écoles, dans les bus, parce qu’on se parle toutes et tous, et on échange beaucoup.
Dès l’annonce de la suppression des arrêts de bus, les habitant·es des quartiers les plus directement touchés - la Saussaie Floréal Coutille et centre-Ville - ont lancé une pétition. Puis on s’est aperçu que tout le monde était touché ; Franc-Moisin et La Plaine nous ont rejoint. Ce qui explique les 5 600 signatures de la pétition. Notre objectif est simple : faire revenir les bus en centre-ville.
Le centre-ville, on y vient tous les jours, tout y est concentré, les commerces, les services, la culture et les loisirs, les occasions de citoyenneté, les services administratifs, les pouvoirs publics. C’est là qu’on se rassemble spontanément les jours de coups durs et les jours de fête.
Nous étions forts de ce qu’on pouvait lire dans le Projet d’Aménagement et de Développement Durable (PADD) : « Le développement de l’offre de transport collectif, enjeux essentiels pour les usagers et du territoire [… ] Il s’agit de donner à tous les mêmes conditions de déplacement et de lutte contre l’exclusion sociale et géographique. »

Les démarches judiciaires ont abouti à ce que vous soit opposé le fait que « les requérants n’ont pas intérêt à agir ». Pouvez-vous expliquer cette étonnante réponse ? Qui aurait donc intérêt à agir sinon les habitants et les usagers ?
Tous les requérants individuels avaient un intérêt personnel, habitant au plus près des arrêts de bus qu’ils et elles empruntent au quotidien, le préjudice était direct : impossibilité de faire des activités du jour au lendemain, de se déplacer librement, de se rendre chez son médecin, à l’hôpital, chez des amis, obligation pour les collégiens de déjeuner à la cantine avec le surcoût que cela entraîne, etc…
L’intérêt particulier des requérants a été abondamment démontré. Il existe pour les demandeurs un intérêt légitime au succès ou au rejet de la décision attaquée.
De plus, il existe bien un trouble social. Toute une partie des habitant·es (plusieurs milliers par jour) qui empruntaient les bus, dans le cadre d’un service public, et qui étaient libres de leurs mouvements, se retrouvent aujourd’hui entravés dans leurs déplacements. Dans le même temps, on propose maintenant à une catégorie de la population et à elle seule à ce jour, le doublement de la Ligne bleue qu’il faut réserver et payer, et deux navettes pour neuf personnes sur 3 demi-journées. Il s’agit d’une rupture d’égalité.
Enfin, le Mouvement National de Lutte pour l’Environnement (MNLE) nous avait rejoints depuis plusieurs mois. Il était requérant en tant qu’association dans cette démarche judiciaire. Dans ces conditions, une seule question se pose : qui aurait intérêt à agir selon le tribunal ?
En fait, et c’est cela le plus grave, comme nous n’avons pas été reconnus comme ayant intérêt à agir, il n’y a pas eu d’examen par le Tribunal du fond de l’affaire. C’est le comble du mépris !
Nous n’avons pas perdu, nous n’avons pas été entendus. Mais heureusement, la Défenseure des Droits a pris notre contestation au sérieux et nous attendons le résultat de son travail.

Les travaux que ce soient pour de nouveaux arrêts ou la suppression des arrêts existants, des aménagements consécutifs à la décision de la municipalité sont en cours, ceux de la place Jean-Jaurès progressent, y a-il une course de vitesse qui s’engage entre votre demande le maintien d’une desserte en cœur de ville et le maire qui voudrait rendre irréversible les aménagements ?
Une course de vitesse ou une course de fond ? Aucun aménagement n’est irréversible.
Il y a deux volontés affichées de Mathieu Hanotin :
 empêcher les classes populaires des quartiers de venir en centre-ville où se concentrent pourtant l’offre de soins, l’offre culturelle, les banques, les commerces, et il l’obtient par la suppression des bus directs qui reliaient les quartiers,
 la seconde volonté, elle est contenue dans le projet de révision du Plan Local d’Urbanisme Intercommunal (PLUI) : « Plaine Commune a organisé la coordination des acteurs du tourisme et de l’attractivité pour être identifié en Île-de-France et dans le monde. Développer les équipements touristiques, dynamiser et multiplier les lieux d’accueil touristiques. » C’est donc le tourisme versus les habitant.es !
C’est ce qu’il fait à grands pas et à bas bruit avec la suppression des services publics de proximité et de quartier : fermeture de ludothèques – voir le document joint dans le portfolio – [la ville ne sait d’ailleurs plus très bien combien il en reste, elle en annonce 5 sur son site et n’en cite que 4 ! NDLR], l’antenne jeunesse du centre-ville fermée, des crèches en cours de privatisation, et la fin de la desserte du centre-ville par les bus.
Tout cela est remplacé par des projets-vitrines. Le patrimoine est mis en avant comme support de tourisme mais pour nous, le patrimoine ce ne sont pas seulement les monuments, c’est aussi un socle essentiel de service public, une histoire populaire partagée de lutte pour l’égalité, la justice, la solidarité, une certaine idée du vivre ensemble.
Près de 9 000 demandeurs de logements sociaux, il balaie cette évidence et propose de développer les équipements touristiques.
La pétition qui a été lancée dès le début du mouvement – précisément plusieurs pétitions fondues en une seule – regroupe maintenant plus de 5 600 signataires et le Maire ne veut toujours pas nous recevoir malgré vos demandes répétées. Que faut-il en penser et comment avancer ? Nous multiplierons les actions, un an après la création de notre collectif, la colère ne fait que gonfler, les habitant·es sont mis devant une situation qui, selon les dires d’une personne lors de la réunion du 2 mars en centre-ville « Nous pourrit la vie ! » Nous n’abandonnerons pas, nous devons gagner, c’est une question majeure.

Quelles propositions entendez-vous faire ? Revenir à l’existant ? Une autre option ? Quelles alternatives sont envisageables ? En définitive fort de la légitimité du nombre de pétitionnaires qu’attendez-vous d’une rencontre entre le Collectif et le maire ?
Notre seule exigence est de pouvoir continuer à aller en centre-ville avec un bus direct RATP, sans rupture de charge ; nous refusons la détérioration de nos conditions d’existence. De même, les habitant·es du centre-ville veulent continuer à se déplacer et à se rendre dans les quartiers par des bus directs comme c’était le cas avant le 10 juillet 2023.
Le Maire a reculé sur le 239 qui va pouvoir revenir en centre-ville, il doit faire de même pour le 153 et le 253. Le Maire nous a dit le 2 mars que les pourparlers avec IDF mobilités et la RATP se poursuivaient ; nous voulons participer à ces discussions et faire des propositions
Nous appelons les Dionysiennes et les Dionysiens à venir rappeler notre exigence au maire lors de la séance du conseil municipal mardi 2 avril à partir de 18h, sur le parvis de la mairie. Nous voulons des arbres et le retour de nos bus en centre-ville !

Le Blog de Saint-Denis a consacré plus d’une vingtaine d’articles au sujet de la suppression des arrêts de bus en centre-ville et à ses conséquences. Vous pouvez les retrouver d’un clic ici.

L’article indiquait dans une réponse du Collectif la fermeture de 5 ludothèques sur 8. Nous avons cherché à identifier précisément ce qu’il en était. Sur le site de la ville l’imprécision est totale puisque il est annoncé 5 puis seulement 4 ludothèques en activités. On poursuit donc notre "enquête" pour donner un chiffre définitif. (modification le 27/03 à 13h15).