« Management toxique » au service communication. « Ces pressions ont conduit à des départs anticipés, des arrêts maladie prolongés et à un profond malaise professionnel ». Une plainte vient d’être déposée

, par Michel Ribay

La com’ de la ville de Saint-Denis bat son plein depuis le 1er janvier 2025 avec l’absorption de la ville de Pierrefitte et un nouveau support de communication a été lancé. Dans le même temps, des agents du service communication sont en grande souffrance. Et cela ne date pas d’hier. Si le turnover au sein d’un service est un indicateur d’un dysfonctionnement, d’un mal-être, on en a là une dramatique illustration. La quasi totalité d’une équipe aura été laminée en moins de 2 ans avec de nombreux départs contraints. Etat des lieux.

Chaque titre de presse réserve un espace, souvent dans les toutes premières ou dernières pages, à ce qu’on appelle dans le jargon du métier l’ours. C’est l’endroit où les lecteurs sont informés de qui fait quoi. Du directeur de publication, en passant par le ou les rédacteurs en chef, les chefs de rubriques, les secrétaires de rédaction, les journalistes, metteurs en pages ou photographes, l’ours indique qui y travaille, qui édite le titre, le possède.
L’ours permet donc de suivre au fil du temps les arrivées, les départs, les changements successifs ce qui n’est pas possible pour d’autres services (voir documents joints).

Hémorragie d’agents au « Journal de Saint-Denis »

On remarque ainsi que l’équipe de lancement du premier numéro du Journal de Saint-Denis en octobre 2021, encore présente pour la réalisation du numéro 24 daté du 24 octobre au 6 novembre 2022, s’est au fil du temps profondément modifiée. Aujourd’hui six membres de l’équipe initiale permanente de 8 personnes ont quitté le service communication.

Ainsi, après le départ de la directrice de communication en novembre 2022, c’est le départ de la rédactrice en chef en mai 2023, d’une graphiste, d’un journaliste, puis en décembre 2023 d’autres journalistes, d’une secrétaire de rédaction, suivis en 2024 de nouveaux départs de journalistes.

Beaucoup, de mouvements donc en deux ans et il faut le préciser, le départ de ceux qui avaient lancé la formule du magazine de la ville primée en juin 2022 par le réseau de la communication publique et territoriale CAP’Com dans la catégorie Projet éditorial. Une équipe dont le professionnalisme était donc reconnu par ses pairs.

Des alertes réitérées, ignorées durant deux ans

Début août 2024, un agent – dont c’est la mission compte tenu de sa qualification professionnelle – du service Prévention, Santé, Action sociale de la ville alerte la Direction des Ressources Humaines d’« une situation préoccupante, de type Alerte risques psychosociaux » dans le service communication.

Près de 7 mois se sont écoulés depuis l’alerte du mois d’août 2024 à la Direction des Ressources Humaines… et près de deux ans depuis la première alerte.

Aucune réponse ne suit ce signalement d’août 2024 et 7 mois plus tard la situation au sein du service ne semble pas s’être améliorée. Un management dénoncé comme « toxique » dans des témoignages pèserait tout aussi fortement dans le service au vu des derniers éléments dont nous avons connaissance. Tout dernièrement des procédures disciplinaires ont été engagées à l’encontre d’agents déjà fortement affectés par un « management toxique » qu’évoquent de nombreux témoignages.

Le 16 décembre dernier, une organisation syndicale, l’UNSA, interpellait par courriel la Directrice Générale des Services (DGS), le Directeur Général Adjoint (DGA) et l’élu en charge des RH, concernant « des situations de harcèlement » et la situation d’un agent « qui se voit maintenant menacé d’une sanction disciplinaire ».

L’UNSA rappelle que « face aux témoignages en cours et aux méthodes utilisées » ; considérant « les obligations inscrites dans la loi du 06/08/2019, article 80 inséré à l’article 6 quater A, ainsi que le décret n°2020-256 du 13/03/2020, l’organisation syndicale entends par conséquent faire respecter les droits du personnels et l’arrêt du harcèlement moral ambiant au sein du service. ».

Dans le même mail, l’UNSA demande « la saisine de la commission F3SCT afin d’engager une enquête administrative ».

« Harcèlement moral ambiant au sein du service »

La formule employée « harcèlement moral ambiant au sein du service » et l’absence de réactions de la hiérarchie interrogent d’autant plus que de nombreuses alertes se sont succédées, en 2022 puis à deux reprises en 2023, de la part de trois agents.

Enfin, un courrier recommandé a été adressé au maire en date du 23 décembre 2024 de la part d’une association assistant un agent et demandant une audience et une enquête.

Au courriel du syndicat UNSA du 16 décembre, ce n’est que le 10 janvier dernier qu’une réponse est donnée par la direction générale des services pour un rendez-vous le 22 janvier.

Suite à cette réunion un nouveau courriel du syndicat UNSA a été adressé à la direction générale des services (DGS) en date du 26 janvier avec plusieurs demandes dont l’objectif essentiel consistait à « prendre toutes mesures conservatoires pour protéger et préserver la santé physique et moral de ces agents. »

L’ensemble des demandes n’a reçu aucune réponse positive de la part de la DRH ou de la direction générale des services (DGS). Pourtant les alertes répétées sur des « risques psycho-sociaux » justifiaient et justifient encore aujourd’hui et à elles seules l’activation des procédures réglementaires prévues en la matière. Au vu des nombreux témoignages qui ont été portés à notre connaissance confirmant et détaillant la formule dont fait état le mail de l’UNSA : « harcèlement moral ambiant au sein du service », on mesure la gravité d’une situation qui ne date pas d’hier et qui a affecté de nombreux agents.

Des témoignages (extraits)

Témoignage agent A/
« Durant mes années au sein de la direction, j’ai été témoin de nombreuses tensions croissantes, […] Ces tensions ont profondément altéré l’ambiance de la rédaction du journal municipal, au point de me pousser, non sans regret, à quitter mon poste »
« Ces pressions ont gravement affecté ma santé mentale, entraînant un arrêt de travail […]. J’ai également constaté des comportements similaires envers d’autres collègues »
« Ces pressions ont conduit à des départs anticipés, des arrêts maladie prolongés, et un profond malaise professionnel »

Témoignage agent B/
"J’ai moi-même subi un acharnement banalisé par le fait qu’il était devenu quotidien. Presque tous les jours, moi ou un autre membre subissions des commentaires blessants, des intimidations, des menaces ou des humiliations tout cela pour remettre en cause non seulement notre travail mais aussi notre engagement en tant qu’agent de la ville. Au bout d’un moment cette situation est devenue invivable et a eu des répercussions sur ma vie privée. Ceci a conduit un professionnel de santé à me prescrire un arrêt de plusieurs semaines. »

Témoignage agent C/
« […] le climat au sein du service s’est fortement détérioré. Nous avons subi des humiliations à répétition, une pression constante ainsi qu’un affaiblissement moral provoqué par des attaques verbales et des comportements malveillants ».

Témoignage agent D/
« J’avais alerté des méthodes toxiques de management […] J’avais tiré la sonnette d’alarme (sans syndicat) sur cette maltraitance. […] Je ne comprends pas pourquoi malgré de nombreuses alertes, rien n’a été mis en place. »

Témoignage agent E/
« Cet acharnement à remettre en question le professionnalisme de chacun des membres de la rédaction m’a conduit à ressentir de la colère, puis de la perte de confiance en moi-même. J’ai vu trois de mes collègues pleurer, dont deux hommes, et l’un frapper une rambarde d’escalier sous l’effet de la colère contenue. […] J’allais au travail la boule au ventre, et malgré le fait que j’aimais mon travail, je n’aimais plus le faire dans ce contexte, j’avais peur, […]
Lorsqu’un de mes collègues a été arrêté par son médecin pour des raisons psychologiques liées à ce contexte, il a été convoqué […] dès le jour de son retour, et accusé de faire obstruction au journal. […]
Il est clair que ces méthodes visaient à faire partir les gens […]. Nous avons les uns et les autres tenté d’alerter la hiérarchie […] à savoir la directrice générale des services, ainsi que la DRH. Sans effet. En tout cas sans effet dont nous aurions été informés.

Les mots sont précis dans ces témoignages, les situations évoquées apparaissent bien récurrentes.

Agir ou faire encore l’autruche ?

Aujourd’hui, après la fusion-absorption de Pierrefitte et création de la commune nouvelle comment les services de communication fusionnent-ils ? Dans quelles conditions ?

Comment le Maire de la commune nouvelle, Mathieu Hanotin, alors qu’il n’ignore ni la situation ni ses obligations en cas d’alerte de risques psychosociaux, entend-il réagir ?

A-t-il informé son premier adjoint et maire de la commune déléguée Michel Fourcade de la situation ? L’adjointe en charge du dialogue social, des RH est-elle informée ?

Autant de questions d’actualité liées à celles qui demeurent essentielles :
– pourquoi les nombreuses alertes pour risques psychosociaux n’ont pas donné lieu à des réponses appropriées de la municipalité,
– qu’est-il immédiatement entrepris pour que la souffrance des agents soit enfin entendue et leur protection assurée comme le demande l’organisation syndicale UNSA ?

Le rejet par la municipalité de toutes les demandes formulées en ce sens par l’UNSA demeure incompréhensible.

Enfin, qu’est-il mis en place pour qu’à l’avenir les faits relatés dans de nombreux témoignages d’agents et ex-agents du service communication ne puissent plus se reproduire ?

L’affaire va quoi qu’il en soit prendre une autre dimension puisque tout dernièrement une plainte a été déposée.

PS : Si la Direction Générale des Services de la Ville que nous avons interrogé sur cette situation nous a fait part d’un premier retour très "langue de bois", nous n’avons pas obtenu de réponse à notre relance (voir documents joints).