Mathieu Hanotin voulait rendre sa fierté à Saint-Denis, aux Dionysiens. C’est fait !

, par Michel Ribay

C’est un puissant mouvement qui est sorti des urnes dimanche 15 mars. Une formule du député Stéphane Peu dans les premiers mois de la mandature avait fortement déplu au maire sortant. « La greffe ne prend pas » constatait-il. Le temps n’y a rien changé. Pire, le rejet du greffon s’est sourdement amplifié avant de s’exprimer. Dans toute son ampleur et en une seule fois.

A bas bruit, entrecoupé, nourri de manifestations dionysiennes récurrentes contestant la verticalité du pouvoir municipal, sa brutalité, son mépris, le puissant mouvement de rejet de Mathieu Hanotin, de la majorité municipale s’est exprimé le dimanche 15 mars.

Qu’on en mesure d’abord l’ampleur. En 2020, face à Laurent Russier avec 5969 voix, Mathieu Hanotin remporte la mairie avec 8604 voix au second tour.

Malgré la manœuvre électoraliste de la fusion absorption de Pierrefitte, Mathieu Hanotin récolte sur son nom, ce 15 mars 2026, 8698 voix.

Tout ça pour ça peuvent se dire de nombreux électeurs et électrices, en particulier les Pierrefittois.

Une manœuvre où l’identité d’une ville a été jouée, mis sur le tapis, comme au poker. Ça passe ou ça casse. Ça n’est pas passé car la « méthode » Hanotin n’est jamais passée.

13506 voix se sont cette fois portées sur la gauche rassemblée avec Bally Bagayoko comme tête de liste. Le résultat de la droite divisée permet de mesurer le vote « utile » des électeurs de droite qui ont glissé dans l’urne un bulletin Mathieu Hanotin. Résultat 8698 voix. C’est dire l’ampleur de l’échec, de la sanction de la majorité municipale.

Elsa Marcel recueille plus de voix (1894), que les deux listes de droite réunies (1861) à quasi égalité dans l’échec. C’est après une campagne très active, remarquée que Révolution Permanente fait son entrée dans le conseil municipal avec deux élus.

Ce 15 mars 2026 peut inciter à lire le résultat de 2020 comme une sorte d’accident (l’abstention du au Covid, la division d’une majorité municipale) une anomalie au regard de l’histoire politique de la ville. Une ville fortement ancrée à gauche.

L’ambiance dans la salle des mariages est venue confirmer cette donnée historique. La joie d’abord. La liesse. Qu’on y songe, qu’on s’imagine une salle remplie, débordant de toutes parts, clamant, battant des mains « Siamo tutti antifacisti », « Gaza, Gaza, Saint-Denis est avec toi ». Une salle des mariages où s’est retrouvée une jeunesse dionysienne dont pour beaucoup cela semblait être leur premier vote, leur première entrée dans la vie politique. Par une victoire pour effacer un mauvais souvenir. Une brutale parenthèse.

Une salle qui crie à l’unisson « Gilet pare-balles » un soir de résultat électoral c’est peu commun.
C’est dire que celles et ceux qui le criaient n’oublient rien. C’est dire aussi le gouffre qui s’est creusé entre les édiles de la majorité sortante et ceux dont les visages rayonnaient de bonheur de joie, du sentiment de délivrance que beaucoup exprimait.

Délivrance. Le mot est fort. Il est à la hauteur de l’attente. La joie à la hauteur du travail militant mené inlassablement par ceux qui ont combattu la majorité sortante tout au long de la mandature et la présence sur le terrain ces derniers mois d’une équipe rassemblée. De portes en portes, de marchés en marchés. Ils ont construit cette victoire.

Et si la certitude de victoire les animait, ce fut une énorme surprise. Une victoire de premier tour. Nette. Un écart de voix massif. Sans bavure. Et avec un retentissement national.

Le chiffre de l’abstention encore très important (57,16 %) doit conduire les forces politiques victorieuses à ne pas céder au triomphalisme. La construction, la reconstruction d’une démocratie locale reste à faire. Les coupes budgétaires – entérinées par le parti socialiste à l’Assemblée – qui s’annoncent pour les collectivités vont peser.

Cette victoire de premier tour oblige. La résistance, la mobilisation politique qui s’est exprimée, durant six ans et ce 15 mars dans les urnes doit se poursuivre. C’est le gage du succès d’une nouvelle majorité municipale. Les prochaines échéances sont dans toutes les têtes. La salle des mariages l’a rappelé hier soir : « « Siamo tutti antifacisti ».

Et avec un nouveau maire, Bally. Bravo tutti, bravo Saint-Denis.