Annoncé à 19h30, la salle de la Maison du peuple de Pierrefitte n’est pas encore entièrement remplie pour le meeting que, sous les coups de 20h, Rachel Keke, l’ex-député LFI, – qui s’est fait connaitre lors la longue grève (22 mois) des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles –, s’empare du micro et lance « Qui est prêt à faire du porte à porte demain ? » Suivi de plusieurs « La rue est à qui ? » Auxquels l’assistance répond en cœur, à plein poumons « A nous ! », « A nous ! ».
Le ton est donné. Le meeting de la France Insoumise, présenté comme le premier de la campagne des municipales est placé sous le signe du combat. Peu à peu, le public s’est étoffé et c’est devant une salle pleine de plus de 200 personnes que Yohan Sales Salada, élu pierrefittois salue l’assistance en évoquant d’emblée la fusion imposée des deux communes. Il en profite pour rendre hommage à tous ceux qui, au sein de l’association « Stop Fusion » ont dénoncé cette manœuvre électorale, ce déni de démocratie, en indiquant qu’avec une victoire de Bally Bagayoko en mars 2026, « On rendra sa souveraineté à Pierrefitte sur Seine ».
Une perspective partagée par d’autres Pierrefittois, dont des membres de « Rassemblés pour changer Pierrefitte » et du collectif « On s’en mêle » présents ce soir là. En premier lieu par son collègue élu Romain Potel qui avec d’autres souhaitaient un moment d’échange avec les militants, le public du meeting et qui déçus de ne pouvoir le faire – « C’est un meeting, il n’est pas prévu de moment d’échange » leur a-t-on opposé – ont quitté la salle à regret.
Un départ passé inaperçu tout comme son motif ignoré dans une salle déjà toute entière conquise à l’ambiance du meeting ouvert par Diangou Traoré invitant les présents « à se battre sans jamais perdre le sourire » tout en rappelant les nombreux points du programme local justifiant de « mettre fin au règne du PS » entre le retour des bus pour l’accès au centre-ville, des referendums locaux et la réouverture des espaces jeunesse.
Pour elle, elle l’a martelé, « tout est possible avec « des numéros 10 », « Nous sommes tous des numéros 10 » ». La référence sportive parlent à tous, petits et grands, aux plus anciens, aux grands frères comme aux plus jeunes. Platini, Zidane, Benzema, Mbappé. Tous du milieu offensif.
Une référence à un combat d’équipe « une aventure collective », ce que soulignait Cécile Gintrac, une des responsables de l’élaboration du programme municipal, membre de l’Institut La Boétie, le think tank des insoumis que co-président Jean-Luc Mélenchon et Clémence Guetté.
La jeunesse en première ligne
Beaucoup de jeunes ce soir, à l’image de la jeunesse de nos villes, dans la salle et sur le podium. Une dizaine de jeunes lycéens de Rosa Parks, témoignaient pour certains d’entre eux du blocage de l’établissement le 10 septembre dernier et qui, dans la candidature de Bally Bagayoko , voit à l’instar de Diangou Traoré « ce qui reste quand tout vacille, l’espoir ».
Un hommage appuyé à la jeunesse dans les interventions, hommage aussi aux animateurs des espaces jeunesse dionysiens, certains d’entre eux étaient d’ailleurs présents dans la salle, tout comme nombre de militants politiques connus ou syndicaux, à l’image de Djamila Bassi, la secrétaire de FO territoriaux.
Une jeunesse qui, par la voix d’un lycéen de Rosa Park ; souhaitait parler « avec le cœur, avec le poing » tant elle se sent méprisée et qui souhaite rétablir son droit à la parole avec un « conseil municipal des jeunes et « des délégués dans chaque quartier. »
« On s’est trop habitué à la brutalité de la Macronie »
C’est Clémence Guetté, vice-présidente de l’assemblée nationale, qui a enchainé avec un panorama sans concession de 8 ans de malheurs qu’ont infligé au pays « la Macronie, ses supplétifs et ses représentants », rappelant la perte des emplois industriels, les fermetures de gares, de maternités, d’écoles.
Un réquisitoire contre Macron auquel Clémence Guetté ne voit comme avenir que celui d’une démission ou d’une destitution tant celui-ci fait « perdre du temps au pays ». Une charge implacable contre l’homme des mille milliards de déficit, l’homme des budgets qui vont « saigner le peuple ». Le réquisitoire contre la Vème république est lui aussi sans appel, dénonçant le recours au 49.3 qui s’est produit 116 fois depuis 1958 dont un quart sous Macron.
Une VIème république est appelée de ses vœux pour répondre à une nouvelle situation, une « Nouvelle France », « féminisée, racisée, écolo » qui témoigne d’une vague démocratique pour une « auto-institution du peuple pour le peuple », tout en convoquant Baudelaire : « Et le peuple a raison ». Toujours raison, rajoute-t-elle.
Si Clémence Guetté a dénoncé la politique internationale du président et la complicité de la France avec la politique génocidaire du gouvernement israélien à Gaza, la guerre d’agression contre un pays européen souverain, l’Ukraine, n’a pas été mentionnée. Kyiv semble-t-il trop loin ? Ce n’est pourtant pas plus éloigné que Palerme et Athènes nous est plus distant.
« Le coût du macronisme »
Succédant à Clémence Guetté, Eric Coquerel, député de la 1er circoncription de la Seine-Saint-Denis, président de la Commission des Finances est revenu, actualité budgétaire oblige, sur les inégalités abyssales dans le pays, 500 personnes possédant 40% de la richesse, et son doublement passant sous le règne macroniste de 600 à 1200 milliards d’euros.
Sur le coût du macronisme aussi. Citant des chiffres de l’OFCE (l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques), Eric Coquerel a pointé celui du déni démocratique, de l’instabilité politique dont « le président est seul responsable » : 25 milliards en 2 ans ; 36 milliards s’agissant de l’austérité et de ses effets récessifs sur l’activité.
Tout en dénonçant l‘entourloupe d’une soi-disante « suspension » de la réforme des retraites qui n’est qu’une « suspension de son application » celui-ci a pointé les sombres perspectives budgétaires de Sébastien Lecornu entre une baisse de 18% des budgets consacrés à la vie associative, à la jeunesse et aux sports ou les 5 milliards affectant les collectivités territoriales.
Un dernier exemple fort à propos pour conclure par l’évocation d’une victoire en mars prochain par la prise de la ville et de Plaine Commune.
Un appel à « rejoindre la dynamique », « la main tendue »
C’est tout naturellement à Bally Bagayoko que la conclusion du meeting a été réservée.
Retraçant quelques lignes de son parcours personnel, de son enfance, au sein d’une famille nombreuse, son arrivée en France à l’âge de 5 ans, son passage du bambara au français, il a, à sa façon, issu d’une famille nombreuse et tout en rappelant son origine modeste, rendu hommage à la jeunesse en faisant monter auprès de lui un de ses fils.
Tout au long des interventions qui ont précédé celle du chef de file, une seule fois le mot rassemblement a été prononcé permettant, à celui qui s’affiche désormais comme candidat avec le visuel « Bally 2026 », de donner toute sa force à son « appel solennel » en direction des autres forces politiques.
Sofia Boutrih, Farid Aïd, Gilbert Loimon pour le PCF, Bakary Soukouna et Mohamed Diaouné pour la Seine-Saint-Denis Au Cœur ont été appelés « très sincèrement à rejoindre la dynamique qui est en marche depuis plusieurs mois » Bally Bagayoko soulignant « nous créerons les conditions pour que des citoyens qui ne sont pas encartés dans des formations politiques puissent avoir leur place dans cette équipe ».
Un discours du candidat dont les valeurs, le programme, les exigences sont ancrées dans la légitimité populaire, celle des lieux du meeting, la “ Maison du peuple », dans l’histoire de la gauche avec l’évocation de Jean Jaurès, dont une statue orne la place du même nom à Pierrefitte.
Une “ Maison du peuple » que des ouvriers pierrefittois, socialistes, décident de construire en 1919, comme « maison commune » pour leurs activités politiques, d’éducation et de culture. Un an avant un divorce historique au sein du mouvement ouvrier qui pèse encore aujourd’hui.
Le rassemblement est aujourd’hui, pour Bally Bagayoko, d’une autre nature. Il prend la forme « d’une main tendue, la main de l’exigence, la main de la rupture, la main de la détermination et de la clarification politique et face au rouleau compresseur de Michel Fourcade et Mathieu Hanotin, nous n’avons plus de temps à perdre ».
« Nous n’avons plus de temps à perdre ». Quelles que soient les appartenances politiques, les approches, les sensibilités des uns ou des autres, chacun s’accordera à souscrire au propos.
Il est 22h16, le meeting s’achève. La Maison du peuple, à quelques personnes près, est toujours aussi pleine.
PS : Les photos publiées sont issues de divers posts sur des comptes Facebook traitant du meeting. Leurs auteurs ne sont pas indiqués.


