A Neruda le 11 août. L’incendie est parti d’un appartement à mi hauteur de l’immeuble. Il a rendu inhabitable 7 appartements. Le feu s’est propagé à la façade dont l’isolation est constitué de matériaux inflammables. L’ascenseur s’est retrouvé hors service, l’électricité coupée. Des fenêtres ont fondu ou ont été cassées. La cage d’escalier a brûlé. Les conduites d’évacuation des eaux pluie ont fondu. La ventilation a été mise hors service, l’eau est coupée. L’ensemble des appartements situé au dessus de l’incendie a été envahi par les fumées ; tous ceux situés en dessous ont été inondé avec l’intervention des pompiers. 6 personnes ont du être hospitalisées, mises sous oxygène, dont une plus sérieusement pour une blessure à l’épaule. Heureusement il n’y a pas eu de décès. Au final un immeuble affecté d’un grave sinistre.
A Allende (Logirep) le 12 août. L’incendie est parti de la batterie défectueuse d’une trottinette électrique. Il est resté limité à un logement. les locataires ont pu réintégrer leurs appartement le jour même dès l’incendie éteint.
A Romain Rolland le 17 août. L’incendie s’est déclaré dans les conduites de gaz des parties communes au 8ème étage. Les habitants de l’immeuble ont pu réintégrer leurs appartements le jour même à l’exception de ceux situés au 8ème étage. Mais l’incendie a libéré des poussières d’amiante dans toutes les parties communes qui ont contraint à une évacuation totale du bâtiment trois jours après. Il a fallu héberger pendant dix jours tous les habitants de l’immeuble (80 logements) pour réaliser les travaux assainissement nécessaires. La ville et le bailleur ont assuré la prise en charge à l’hôtel, les repas, le suivi des assurances pour les dédommagements jusqu’au retour dans les logements le 31 août.
Trois mois après c’est l’heure des bilans.
Plaine Commune Habitat (PCH) lors du conseil d’administration du 16 octobre a présenté une note d’information sur la gestion des incendies de cet été. Factuelle, sans recul critique, elle ne permet pas de tirer de leçons de ces incendies qui aurait pu conduire à des drames. Elle révèle pourtant des failles dans le dispositif de la municipalité et du bailleur pour faire face à de tels événements.
Il faut reconnaître qu’avec trois incendies qui impliquent autant de locataires entre le 11 et le 17 août, moment où il y a le moins de personnel chez les bailleurs, les administrations, les entreprises, la semaine qui suit la clôture des jeux olympiques, il est difficile d’envisager une situation plus critique qui a mis sous tension les organismes tenus de faire face. C’est dans ces occasions que l’on apprécie la présence et la mobilisation des personnels de proximité de l’office public qui se sont engagés aux côté des locataires.
Si les hébergements ont été assurés dés le dimanche soir, les problèmes ont commencé dès le lendemain de l’incendie à Neruda. Le bailleur s’est tout de suite polarisé sur les aspects techniques de la sécurisation de l’immeuble, renvoyant les locataires à leurs assurances respectives pour les hébergements.
Des prises en charge en terme de relogement défectueuses et différenciés
L’école Diez, à proximité, n’a finalement pas été ouverte et les locataires sont restés livrés à eux-même pendant 3 jours. La délégation en mairie qu’ils ont conduite le mardi 13 août pour demander du soutien a été à peine reçue par une directrice du cabinet du maire qui a renvoyé avec désinvolture tout le monde vers le CCAS de la ville ou le bailleur, sans prendre en compte le caractère exceptionnel du drame vécu.
Le lendemain une délégation massive des habitants (une trentaine de personnes) s’est imposée au siège de PCH. Elle a obtenu à cette occasion la garantie que personne ne resterait à la rue et que les hébergements seraient assurés. Et surtout elle a obtenu de PCH la tenue d’une permanence à la loge des gardiens dès le vendredi 16 août, pour recenser tous les problèmes d’hébergement, le bailleur s’engageant à faire l’interface avec les assurances individuelles.
Ceci pour souligner que ce sont les locataires qui ont du se mobiliser pour imposer la prise en compte de leurs situation. Il y a eu clairement sous estimation du traumatisme qu’ils.elles ont subi, du désarroi dans lequel ils.elles étaient, ce qui a généré un fort sentiment d’abandon, de la part du bailleur et de la municipalité dont ils.elles n’ont pas reçu le soutien qu’ils.elles étaient en droit d’attendre.
Face à la mobilisation des locataires de Neruda, face à l’alerte publique qui a eu lieu initiée par des élus d’opposition, et les articles successifs parus dans le Blog de Saint-Denis, la municipalité, le bailleur ont trouvé l’opportunité de se « racheter » en se mobilisant pour gérer au mieux l’évacuation de l’immeuble de Romain Rolland : école ouverte, accompagnement, repas offerts pendant 10 jours, etc, sous le regard interloqué des habitants de Neruda qui partageaient les mêmes hôtels mais pas les repas.
Des retours précipités dans les logements imposés par le bailleur
Autre faille du dispositif PCH : depuis le début le bailleur n’a eu de cesse de faire réintégrer le bâtiment par les locataires. On comprend bien pourquoi : une fois que les hébergements pris en charge par les assurances sont terminés (en général une dizaine de jours) c’est le bailleur qui prend la relève et il préfère que les locataires soient dans le logement parce qu’à partir de là, plus de prise en charge à effectuer par le bailleur… et le paiement des loyers reprend.
Alors que les peintures étaient à peine sèches et les travaux de remise en état minimum de l’immeuble n’étaient pas terminés les locataires ont reçu un SMS le 21 août les enjoignant à réintégrer l’immeuble le jour même à 16h. Ils n’avaient pourtant pu obtenir la communication simple des diagnostics amiante, du rapport des pompiers et des autres entreprises intervenant sur le bâtiment.
Il faut mesurer le traumatisme subi par les locataires lors de l’incendie. Certains ont été évacués par les nacelles des pompiers via les fenêtres, d’autres ont du se confiner dans leur appartement un drone des pompiers leur parlant pour les rassurer. La défiance était légitime vis à vis du bâtiment lui-même, de sa structure, de sa capacité à recevoir sans risque de nouveau les habitants dans les appartements. Ces derniers ont été contraints de retourner dans l’immeuble y étant acculés par la fin de la prise en charge des hébergements.
Une carence dans le suivi des travaux préjudiciable à l’Office HLM et aux locataires
Il n’y a pas eu d’analyse globale de l’état de l’immeuble, des travaux à venir, d’anticipation pour prévenir les troubles potentiels. Les locataires depuis leur retour dans l’immeuble « essuient les plâtres ». les pannes succèdent aux pannes. De l’eau, de l’électricité, de l’ascenseur qui fonctionne « en mode dégradé », de la ventilation (VMC). La tempête Kirk a mis en évidence que les canalisations d’eau de pluie avaient fondu ce qui a entraîné de nouveaux dégâts des eaux chez les locataires. Le chauffage a démarré 3 semaines après la mise en chauffe de tous les logements de PCH, et l’eau chaude plafonne à 35°C.
Depuis le retour des habitants dans l’immeuble l’agence Sud de PCH a fait de réels efforts pour être à l’écoute des habitants et résoudre les problèmes qui se révèlent au jour le jour. Délégations et réunions se succèdent pour cela. Mais cet incendie a mis en évidence un autre problème : le bailleur a passé un marché, après un appel d’offre public, avec une entreprise spécialisée dans la réponse technique aux « sinistres », qui gère le remplacement des portes palières et internes, des fenêtres, des peintures, etc...,
La société en question, BDF, pour ne pas la nommer, ne respecte pas ses engagements : des rendez-vous non assurés avec les locataires même quand ceux-ci ont pris leur journée pour être présents, travaux réalisés sans respect de ce qui a été convenu, délais non respectés, etc...
Le bailleur prétend rappeler à l’ordre la société mais il n’a manifestement pas le rapport de force, d’autant qu’elle sous-traite très largement ses missions. On touche là très concrètement une carence récurrente et structurelle chez PCH : le manque de suivi technique des chantiers qui demanderait plus de salariés et une maîtrise d’œuvre pour suivre au plus près le travail effectué, validé ou défectueux. Un véritable moment consacré à la réception de travaux permettant de vérifier leur conformité aux besoins et aux ordres de services passés par le bailleur.
Cette carence coûte cher au bailleur en temps passé inutile, en argent gaspillé. Elle coûte cher aux locataires qui en paient les conséquences, en subissant les troubles de jouissance. Il est impératif que le bailleur fasse un retour critique sur sa gestion des crises, sur sa pratique au service des locataires.
Dernier avatar, les locataires de Neruda ont reçu pour le mois d’octobre 2 quittances de loyer. Une pour leur logement initial dégradé à Neruda d’où ils ont été évacués, une pour l’appartement dans lequel ils ont été relogés. Et cela sans aucune explication aux locataires. Interpellé le bailleur a indiqué qu’il s’agissait d’une erreur, la quittance concernant le logement dégradé n’aurait pas du être envoyée.
On le voit de nombreuses choses sont perfectibles, et même dans les détails…
Jean-Marc Bourquin est administrateur représentant élu des locataires pour le Droit Au Logement (DAL) à Plaine Commune Habitat