Un projet plus que mal emmanché. C’est le moins qu’on puisse dire du projet porté par Bouygues Telecom et le bailleur i3F s’agissant de l’implantation d’antennes relais 5G à la villa Franklin, rue Emile Connoy. Ce projet semble bien cocher toutes les cases d’une manière de faire qui ne peut conduire qu’au retrait, qu’à l’abandon d’un projet contesté de toutes parts et pour de multiples raisons.
Pourquoi ?
D’abord parce que le descriptif du projet dans ce qu’on appelle le DIM (Dossier Information Mairie) est truffé d’erreur, d’oublis, d’adresses fantaisistes, de structures imaginaires concernant un périmètre de 100 m dans lequel se trouvent des établissements sensibles qui eux ne sont pas répertoriés. La réglementation impose pourtant à l’opérateur téléphonique d’en établir la liste.
Si c’est à la collectivité d’en vérifier la réalité, le DIM fourni par Bouygues Telecom démontre la légèreté, le peu de respect des règles avec lequel l’opérateur a monté son dossier. Tellement convaincu de leur « bon droit », de leur position de force, l’opérateur en arrive à se dispenser de ses obligations de constituer un dossier sérieux.
Absents du Dossier d’Information Mairie (DIM) : l’école maternelle Puy Pensot, le centre d’accueil de jeunes autistes Ohr Menahem, la PMI de la rue Emile Connoy, la crèche Maison du petit enfant "Petit Prince", tous situés rue Emile Connoy, la structure Casado rue Gibault et le Centre Médico Psychologique (CMP) rue Franklin.
Passons sur les établissement imaginaires répertoriés (!) par Bouygues Telecom.
C’est ainsi qu’après un DIM ni fait ni à faire datant du 19 juillet 2024, c’est lors de la réunion du 24 juin que les représentants de Bouygues Telecom ont annoncé avoir réactualisé le DIM et l’avoir transmis à la collectivité (voir dans le portfolio).
A la lecture de ce nouveau DIM force est de constater que Bouygues Telecom n’apprend rien ou ne veut rien apprendre de ses erreurs. Un établissement sensible situé dans le périmètre de 100 mètres de l’implantation n’y figure toujours pas, il s’agit du centre communautaire Ohr Menahem, même chose pour la structure Casado, rue Gibault, qui accueille des adolescents.
On y trouve, enfin, la PMI de la rue Emile Connoy mais adressée non pas au 59 rue de la République mais pour Bouygues Telecom au 59 Republic Street !
C’est à se demander si leurs dossiers sont constitués par des recours à l’Intelligence Artificielle ou si leur fine connaissance du centre-ville les conduit à confondre une PMI et une boutique de fringues du nom de Republik Street, elle-même rue de la République !
Ni fait ni à faire et peut vraiment mieux faire ! Voilà pour le sérieux.
De son côté, parce qu’on est en secteur protégé, en raison de considération de protection du patrimoine, du paysage urbain et de la présence, entre autres, d’un bâtiment classé, le couvent des Ursulines, l’armchitecte des bâtiments de France, a émis un avis défavorable au projet. Celui-ci n’est malheureusement pas contraignant, la loi donnant la primauté à la téléphonie mobile sur le patrimoine historique !
« On est fait pour être ensemble »
Concernant la communication, c’est là aussi un zéro pointé. Rien. Ni Bouygues Telecom ni le bailleur n’ont pensé un instant qu’un tel projet nécessitait une information sérieuse en direction des locataires, des riverains. On suppose tout de même que l’opérateur avait eu des échos des mobilisations d’habitants sur ce secteur qui avaient conduit à trois échecs de projets d’un opérateur de téléphonie mobile concurrent, Orange. Mobilisation d’habitants, de riverains, refus d’implantation dans des copropriétés, rien ne semble avoir alerté Bouygues, le bailleur I3F pensant lui pouvoir se dispenser de l’avis des locataires.
Patatras. Les riverains alertent. Le Parisien publie un article. Les locataires se mobilisent. Interpellation de la collectivité, visite du Maire sur le site. Une pétition est lancée. L’opposition est massive. Les riverains du secteur apportent leur soutien aux locataires d’I3F. La jonction entre ceux qui s’étaient mobilisés ces dernières années dans le secteur et les résidents de la villa Franklin s’opère. C’est de cette manière que le slogan de Bouygues Telecom, « On est fait pour être ensemble » prend tout son sens !
Le 24 juin, c’est donc ensemble que riverains et locataires se sont retrouvés pour interpeller, interroger et contester avec forces arguments l’opérateur sur son projet et le bailleur sur ses nombreuses défaillances.
Le ton a été donné d’emblée par une intervention d’une locataire d’I3F, Faïza (à lire dans le portfolio). Au nom des résidents de la villa Franklin, par la qualité et la précision du propos, avec forces illustrations, elle a résumé toutes les interrogations et oppositions à ce projet.
Si les réponses apportées par Bouygues Telecom sont loin d’avoir convaincu l’assistance, le représentant d’I3F encore moins concernant l’autorisation donnée par le bailleur pour cette implantation d’antennes sur son patrimoine.
Déclarer, comme il l’a fait avec sérieux (!), qu’« I3F ne fait pas cela pour l’argent » mobilisant à titre de preuve le pourcentage minime que cela représente (0,3 % a-t-il avancé) au regard des recettes du bailleur c’est, restons poli, se moquer ouvertement du monde.
Si I3F ne fait pas cela pour augmenter ses recettes pourquoi le fait-il ? Foutaise donc.
Le représentant d’I3F a surtout été confronté aux multiples manquements dans sa gestion du site, dans ses rapports aux locataires ; et le maire, Bally Bagayoko, présent à la réunion, n’a pas manqué de souligner combien au regard des nombreuses interventions très critiques et précises des locataires, il s’agissait pour I3F d’assumer ses responsabilités de bailleur.
Que conclure de cette séquence ? D’abord deux constats.
Le premier, toutes les – faibles et incomplètes – obligations qui pèsent sur les opérateurs ne sont que le fruit des mobilisations citoyennes et du soutien des élus ici ou là depuis des années. Sans mobilisation pas de DIM, pas de loi Abeille, et un déploiement de la téléphonie mobile façon Far-West.
Le second. L’attitude de la nouvelle municipalité. Réactive et soucieuse d’un débat public, qu’elle a organisé le 24 juin, elle se positionne à l’opposé de l’attitude adoptée par la majorité sortante. Mathieu Hanotin, pourtant interpellé à de nombreuses reprises par des habitants, a manifesté son indifférence totale au sujet.
Puis, dire que cet article ne se veut pas un compte-rendu de la réunion. La municipalité fera le sien. Il sera toujours temps d’y revenir.
Prenons surtout acte des changements : il y a aujourd’hui une adjointe au maire en charge du dossier, Sophie Rigard, déléguée à la transition énergétique et à l’écologie, présente à la réunion ; tout comme des déclarations du maire, Bally Bagayoko, en particulier quand il affirme que « Rien ne se fera contre l’avis des habitants ».
En somme, un projet tellement mal emmanché que l’opérateur a tout intérêt à le remballer et à s’atteler à une tout autre attitude à laquelle il est convié par la municipalité.
Sans le vouloir Bouygues Telecom et I3F ont créer un puissant lien social dans le quartier.
Vendredi 4 juillet au soir, au sein de la villa Franklin, c’était un repas partagé entre locataires et riverains, habitants du quartier venus de la rue des Ursulines, de la rue Franklin ou d’Emile Connoy. Les échanges se poursuivent, des amitiés naissent, et à venir des projets communs, peut-être.
En définitive, on ne saurait trop remercier Bouygues Telecom et I3F et leur donner raison : dans le quartier, on est fait pour être ensemble !