Les premières informations concernant l’îlot 8 de la ZAC Basilique sont d’excellentes nouvelles, mais il apparaît un sérieux problème de calendrier dont découlent des incertitudes préoccupantes.
La méthode et les informations
Le démarrage des négociations est très lent, elles commencent à peine, deux mois après les élections. Les services municipaux, ceux-là mêmes qui ont préparé le projet que nous avons combattu, font état d’un forcing inévitable sur le calendrier, obligeant à arrêter les grandes lignes du projet avec l’ANRU le 7 juillet pour le boucler fin juillet, sous peine de perdre les crédits engagés pour la rénovation.
Ce qui suppose de repartir du projet « en cours », c’est à dire du projet de Mathieu Hanotin. Ce sont ses plans, ses visuels et ses priorités : d’abord les commerces traduits dans les permis de construire de PCH, Plaine Commune Habitat et la SCI Basilique Commerce, qui nous sont présentés. Tout cela porte ses choix, qu’il faudrait réexaminer.
Conséquence, les décisions doivent se prendre dans l’urgence sous la pression du calendrier. Il est impossible de prendre le temps de retravailler certains choix fondamentaux notamment le retournement des halls, sous peine de rendre ce calendrier intenable.
Et pourtant, nous dit-on, cela ne permet le lancement du chantier de réhabilitation des appartements que fin 2027 pour une livraison complète en 2031.
Si l’on excepte le renoncement à résidentialiser, qui n’est certes pas anecdotique, les seules rectifications au projet se feraient donc à la marge. La consultation de la population sur ce qui peut être modifié et ce qui est forcément confirmé se fait au pas de course : une réunion de 2 heures la semaine dernière pour écouter collectif et association réagir en direct aux informations données, et une seule réunion avec la population de l’ensemble du centre-ville.
Cet alignement sur le calendrier de l’ANRU induit des incertitudes que l’on n’attendait pas suite à l’engagement de la municipalité de ne pas résidentialiser.
Première incertitude, le retournement des halls
Le retournement des halls vers les rues extérieures reste envisagé comme un choix général. Il souffrirait peut-être quelques exceptions examinées au cas par cas, sans que le principe d’urbanisme de Renée Gailhoustet n’ait été rappelé. Leur situation actuelle tournée vers l’intérieur de l’espace commercial n’est ni une maladresse ni un hasard, elle exprime la volonté de mêler des usages et les flux piétonniers : les usagers du centre commercial, les habitant.es, les usagers des transports, des services, les visiteurs du centre-ville... C’est un principe urbain de mixité des usages qui a façonné la ville comme nulle part ailleurs.
Y renoncer trahirait non seulement ce principe urbain de mixité des usages, mais il induit un énorme gâchis financier, de temps, de travail et des nuisances. Sans compter que les rues Auguste Blanqui et Roger Vaillant resteront des rues de desserte du grand marché populaire, heureusement maintenu, encombrées de véhicules et de containers peu propices trois jours par semaine à la desserte de halls retournés et à la circulation des enfants vers les écoles.
Pourquoi alors retourner les halls puisque ce n’est plus nécessaire à la résidentialisation et à la fermeture de l’îlot ? Pour le calendrier d’abord. Reprendre les plans tout prêts du projet de Mathieu Hanotin évite de refaire travailler le bureau d’études.
Mais c’est aussi laisser ouverte, à terme, la possibilité de fermeture espérée par la SCI Basilique Commerce en vue d’un centre commercial banal, séparé de l’espace public, plus aisé à gérer en fonction de préoccupations strictement financières sans s’embarrasser de principes d’urbanisme audacieux.
Certes, le refus du retournement nécessite un supplément de travail, une reprise des plans, mais facilite aussi les travaux puisqu’il ne nécessite pas la suppression des cloisons intérieures entre commerces et halls, ou très partiellement pour améliorer les locaux d’ordures ménagères ; par conséquent on ne rebâtit pas les halls, on ne remodèle pas leurs façades. Enorme économie d’argent et de temps.
Deuxième incertitude, le devenir des escaliers
Alors que le calendrier nous presse, aucun veto de principe n’est encore posé officiellement à l’heure actuelle par la municipalité sur la démolition de certains escaliers, démolition qui était la traduction du projet de fermeture/résidentialisation de l’îlot.
Le Maire, Bally Bagayoko, a eu une expression troublante lors de sa déambulation du 1er Juin dans l’Îlot 8 à propos de l’escalier d’accès à la dalle depuis la place Jean Jaurès. « L’escalier est moche et doit disparaître » disait-il, tout en reconnaissant néanmoins son usage réel. La contradiction formulée ainsi est impossible à dépasser si l’on ne pose pas, par-delà la subjectivité des goûts, le respect de principe du patrimoine et de sa valorisation, ce à quoi s’engageait le programme de la nouvelle municipalité : le bâtiment Gailhoustet est un patrimoine architectural à mettre en valeur. Il ne doit donc pas être amputé.
Mais pourquoi devrait-on casser certains escaliers puisque ce n’est plus une condition de la résidentialisation ?
Deux sur six pourraient être visés :
celui du 8 rue Auguste Blanqui pour permettre le retournement du hall si ce choix était confirmé, et la construction justement là d’un monte-charge, avec reconstruction d’un escalier étroit à côté. On est en Absurdie : casser un escalier majestueux patrimonial pour en refaire un plus étroit quelque mètres plus loin... N’est-ce pas un énorme gâchis ?
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L’escalier le plus en danger est surtout celui qui relie la dalle à la place Jean-Jaurès, dont la démolition est prévue à la demande de la SCI dans le permis de construire de PCH à qui il appartient.
Troisième incertitude, un espace public ou privé ?
La fermeture de l’espace public du Passage dit des Teinturières suppose la démolition de l’escalier qui y prend appui. La municipalité n’a pas pour l’instant signifié à la SCI Basilique Commerce d’opposition à sa volonté de s’approprier ces 200m2 d’espace public déclassé par Mathieu Hanotin. Toutefois cette délibération de l’ancien conseil municipal a été attaquée au Tribunal Administratif par l’association Ami.es de l’Îlot 8. Seul un refus de construire des cheminées sur la dalle a pour l’instant été opposé par la municipalité à la SCI Basilique Commerce qui doit refaire des propositions de modification de son permis de construire.
Il y a là un vrai enjeu. La SCI Basilique Commerce n’est pas l’expression des commerçants de l’Îlot 8, qui n’en sont que locataires et ne sont pas consultés par leur propriétaire. C’est pour l’essentiel un montage de sociétés immobilières, dont l’objectif est avant tout financier. Les commerces sont ouverts ou fermés en fonction des attentes de rentabilité immédiates ou futures. La municipalité se trouve confrontée à devoir choisir entre deux logiques opposées : soit la préservation complète d’un patrimoine social et vivant pensé pour ses habitant.es et usager.es, soit donner des gages à la logique financière de son interlocuteur la SCI Basilique Commerce.
En refusant la résidentialisation, la municipalité poursuit l’engagement des municipalités précédentes qui avaient fait le choix de l’habitat social au centre-ville. En préservant complètement son caractère patrimonial elle assumera l’audace de ses prédécesseurs qui ont fait confiance à des jeunes architectes innovants, donnant à notre ville son double visage de patrimoine ancien et contemporain.
Le classement Site Patrimonial Remarquable en cours d’élaboration vient le reconnaître, et le protéger, ainsi que le label Architecture Contemporaine Remarquable. Ces protections n’auraient plus tout leur sens si elles étaient finalisées trop tard pour préserver l’esprit et l’intégrité du bâtiment de Renée Gailhoustet.
La direction de PCH vient tout juste d’être nommée et n’a pour l’instant pas fait part de sa position. Son permis de construire est nécessaire pour démolir l’escalier, et pour retourner les halls. Quant à la Maison Jaune, après une ouverture officielle, impossible pour le moment d’y tenir des réunions. Espérons que la situation se dénoue rapidement.
L’association Ami.es de l’îlot 8 a demandé l’annulation du permis de construire de la SCI par un recours gracieux auprès du maire, dont la réponse doit intervenir avant le 13 juin.
Avec le soutien du Collectif de l’Îlot 8 et associée à la grande association du Patrimoine Sites et Monuments, elle a déposé il y a une semaine un recours contentieux auprès du Tribunal Administratif.
C’est le moyen de contraindre la SCI Basilique Commerce à revoir ses ambitions, faute de quoi ses travaux seront bloqués a minima pour deux ans, avec le risque de se les voir définitivement refusés par la justice.
Nous espérons que le permis de construire accordé à la SCI Basilique Commerce par Mathieu Hanotin sera annulé par le nouveau Maire car il repose sur une logique qui ne nous semble pas amendable. Quoi qu’il en soit de la suite, les deux contentieux déposés par notre association contre les projets de Mathieu Hanotin suivront leur cours au tribunal jusqu’à ce que nos demandes soient satisfaites.
C’est notre apport indirect à la négociation où nous sommes objectivement alliés de la Municipalité.
Vous pouvez soutenir ces recours en nous aidant financièrement :
Sur notre cagnotte à helloasso Ami.es de l’lot 8
ou, pour un défiscalisation à 66%, sur notre cagnotte à :
Sites & monuments, faire un don, choisissez : 93 ilot-8-de-renee-gailhoustet-a-saint-denis