Parc Marcel Cachin. Une proposition citoyenne hier, une exigence aujourd’hui : un grand parc ouvert à tout moment. Un collectif demande une rencontre urgente avec le maire.

, par Michel Ribay

Les travaux de requalification du parc Cachin et de l’avenue attenante ont démarré en février. Les Dionysiens, les riverains, les usagers du parc s’en réjouissent d’autant qu’ils ont milité pour cela depuis des années. En revanche ils alertent aujourd’hui sur les conditions dans lesquelles se déroulent les travaux et réaffirment leur ferme opposition à la clôture et fermeture du parc prévue dans le projet. Une pétition a été lancée., elle rassemble déjà plus de 500 signatures.

Programmé par Plaine Commune, en charge de l’aménagement, les travaux du parc Marcel Cachin ont débuté en février 2025 et doivent durer jusqu’au début de l’année prochaine. Ceux-ci sont prévus en quatre phases sur les 7 hectares du parc qui vont bénéficier d’une dépollution de terres polluées.

Vue actuelle du secteur et du parc. Cliquez sur les documents pour une meilleure lisibilité

Outre cette dépollution et une renaturation du parc avec la plantation annoncée de 2500 nouveaux arbres dans un document (220 nouveaux arbres, 900 jeunes arbres issus de la pépinière du parc et 2350 nouveaux jeunes arbres et baliveaux sont indiqués dans un autre, tous deux pourtant édités par Plaine Commune, … on y perd son arithmétique), la modification essentielle réside dans l’unification de parties du parc jusqu’à maintenant entrecoupées par des voies circulantes supprimées – les rues Henri Barbusse et Robert Desnos – et par la rénovation et/ou la création de nouveaux usages : skatepark, terrains de pétanque, terrains de sport ; espaces d’eau, jeux pour enfants, zone d’agriculture urbaine et caniparc.

Un peu d’histoire pour le parc. D’un projet du début des années 2000 et relancé en 2011 par le Collectif Lamaze…

L’idée d’un remaniement du parc date du tout début des années 2000 (au mitan des années 2003/2004), celui-ci ayant été, comme d’autres espaces boisés, particulièrement touché par les tempêtes successives des 26, 27 et 28 décembre1999. Le projet, porté par Plaine Commune et le Département, – sa propriété foncière étant à cette époque partagée entre les deux collectivités – avait à l’époque fait l’objet d’un début de concertation (mise en cohérence des différents espaces d’un parc morcelé, nouvelles plantations, nouvelle aire de jeux, jardins familiaux, "redécouverte" de la Vieille Mer etc.) mais ce projet avait été abandonné probablement pour des raisons budgétaires ou d’autres priorités.

Une petite décennie plus tard, en 2011, les tout proches riverains, les habitants de tout le secteur avaient fait part de leur exigence d’une requalification du parc il y a près de 15 ans puisque cette revendication a été portée par le Collectif Lamaze qui entendait transcrire dans le PLU 4 axes définis qu’il définissait comme tels :

A/ Suppression du toboggan Lamaze et diminution de la circulation automobile ; création et requalification de 2 places "entrée de ville", le carrefour Joinville (nécessité de geler les terrains de la zone dite du "Bec à louer") et le carrefour Lamaze ; couverture de l’A1 au niveau des cités Joliot Curie et Cosmonautes ; requalification de l’entrée et des accès à l’Hôpital Delafontaine,... 

B/ Une revalorisation urbaine de l’axe principal avenue Lamaze/boulevard Lénine par la création d’un vrai boulevard urbain, "le Boulevard des écoles" multipliant les passages piétons et assurant une porosité entre ses deux rives, avec un terre plein central planté,... ; 

C/ Requalification et création des axes secondaires de liaisons, entre le Nord et le Sud (rue Henri Barbusse, avenue Jean Moulin,...), entre l’Est et l’Ouest, entre le parc de la Courneuve et le centre ville (avenue Romain Rolland et rue deStrasbourg), relier les cités Joliot Curie et Cosmonautes au reste de la ville,... 

D/« Vers un éco quartier", création et requalification des espaces verts et de promenades piétons et cyclables à travers le Parc Marcel Cachin réaménagé, pénétration de la verdure et de ces promenades dans les cités, prolongement de la promenade qui longe La Vieille Mer à travers le parc Marcel Cachin et dans le cimetière, création de jardins potagers pour les habitants, encouragement au développement durable pour les futures constructions, ... 

Une ambition donc pour le parc très clairement adossée à trois autres axes formant un tout en terme de mobilités, de requalification des voiries départementales, de limitation du trafic de transit et de réduction de la pollution atmosphérique en cohérence avec le projet d’enfouissement de l’autoroute A1 défendu conjointement par les comités consultatifs de la Porte de Paris, de Lamaze et la précédente municipalité.

… au « Jardin des possibles » en 2017 défendu par le Conseil citoyen Joliot-Curie/Lamaze/Cosmonautes…

En 2017 c’est le conseil citoyen qui porte un projet de requalification dont on peut voir ci-dessous quelques planches. La partie aujourd’hui réservée au skatePark n’est pas perçue comme faisant partie du parc par les habitants et le conseil citoyen. Elle est considérée et définie comme un îlot satellite et la rue Robert Desnos est maintenue.

Projet Conseil citoyen (2017)

Un élément majeur diffère du projet actuel, le maintien d’une voirie circulante mais limité à des véhicules particuliers sur l’axe Henri Barbusse.

… et 2025 où la requalification est lancée. Enfin.

Projet actuel

Le projet de requalification du parc Marcel Cachin porté par la municipalité depuis son arrivée en 2020 n’est donc pas une nouveauté.
Il vient prolonger une réflexion initiale puis un travail mené dans un cadre citoyen ces 15 dernières années avec et c’est une avancée majeure, le prolongement, l’approfondissement d’une intention générale antérieure que permet la suppression de la rue Henri Barbusse. Il est le produit d’une mission d’étude confiée à un cabinet d’ingénierie conseil, Confluences comportant une notice environnementale, études de circulation et procédure de conduite de chantier.

La nouveauté réside en 2020 dans l’alignement politique des planètes, celui des hommes à la tête du département, de Plaine commune et de la ville de Saint-Denis qui a conduit, condition incontournable d’une requalification attendue du parc, des " îlots satellites " et des voiries départementales, à la mobilisation d’un financement à la hauteur de 26 millions d’euros.

Un engagement financier conséquent du département (8 millions HT) au regard des difficultés passés à mobiliser sa contribution financière – très modique pour la réalisation du mur anti-bruit de la cité Paul Eluard – ou le montant somme toute modeste de sa participation au franchissement urbain Pleyel (6,4 millions sur 247,6 millions, Plaine Commune contribuant à hauteur de 48,8 millions, la ville de Saint-Denis pour 3,6 millions ).

L’alignement des planètes n’y est donc pas pour rien, d’autant que le dossier est aussi du ressort d’un vice-président du département, vice-président de Plaine Commune, élu dionysien et co-président du groupe de la majorité municipale, sans compter que le président du département est lui aussi un élu issu de Plaine Commune.

Le coût est estimé à 23 344 000 € HT, réparti comme suit :
– 15.300.000 € HT pour Plaine Commune : parc et ses espaces publics connexes
– 8.044.000 € HT pour le département : avenue Lénine et Marcel Cachin.

L’opération au total avec 5% d’aléas compris est estimée à hauteur de 26 406 140€ HT.

La Métropole du Grand Paris a apporté 1 728 846 euros au titre d’un programme en faveur de la biodiversité.

En revanche on ne sait pas quelle est la contribution européenne à ce projet. Le logo assurant d’un cofinancement de l’Union européenne figure sur un document de la ville annonçant la réunion publique du 13 janvier 2024 mais pas celui de la Métropole du Grand Paris dont la délibération date pourtant d’octobre 2014… En matière de transparence sur l’utilisation de fonds publics on peut assurément mieux faire…

Un « grand parc » annoncé mais une clôture de 2 mètres de haut et 5 portes pour y accéder !

A la porosité du parc, à la possibilité d’y accéder de tous côtés, de le traverser à toute heure, d’y rester lors des longues journées d’été où le soleil se couche tardivement, de profiter de sa fraicheur la nuit tombée lors de la multiplication des épisodes caniculaires à venir le projet y substitue une clôture de 2 mètres, cinq entrées et des portes closes à 20 h en été !

Un vaste espace fractionné par un parc clôturé

On peut aussi questionner non pas l’idée même d’une grande prairie mais celle d’un seul tenant d’1,8 hectare au détriment d’un boisement plus conséquent. Sa réduction permettrait la constitution de plusieurs espaces, de clairières de taille différenciées, plus pertinente à l’occupation de l’ensemble du parc en période de grande chaleur.

Le projet d’un parc fermé conduit en tout cas à ne pas aller jusqu’au bout d’une démarche d’extension de sa surface. Ainsi est prévue une placette urbaine et un square alors même qu’une partie de la rue de la ferme est supprimée, sa suppression permettant d’étendre le parc sur le triangle délimité par la rue Henri Barbusse, la rue de la ferme et l’avenue Marcel Cachin, le prolongement de l’allée Richard Bloch de quelques dizaines de mètres n’étant pas essentielle. Une emprise d’ailleurs importante puisqu’elle est quasiment équivalente à la partie de pleine terre conservée sur l’espace global dénommé « plateau sportif ».

Une placette et un square détachés du grand parc

A cet égard on se demande comment Plaine Commune et la ville peuvent écrire dans leur document que le parc Cachin [fermé !] « facilitera la connexion entre les différents quartiers qui l’entourent » !

La requalification, la renaturation du parc, la programmation de nouveaux usages avaient de quoi réjouir les riverains mais le projet de fermeture n’emporte vraiment pas leur adhésion d’autant que sa fermeture déjà effective pour les travaux engagés tant pour des raisons de sécurité liées à tout chantier que pour l’excavation de terres polluées en illustre déjà les conséquences.

Des mobilités douces requalifiées le long du boulevard mais entravées sur le secteur

Les riverains sont contraints à de longs détours, les détours à venir un fois les travaux achevés les contraindront passée une certaine heure à longer l’avenue Marcel Cachin circulante plutôt que de traverser le parc pour accéder à des commerces ou rejoindre tel ou tel point du quartier.

Rappelons que tout ce secteur est un immense lieu de passage et d’accès à des commerces, des services de santé (soins infirmiers, un centre médical, kinésithérapie, le centre de santé Barbusse, laboratoires d’analyses médicales, une pharmacie, radiologie) à l’hôpital Delafontaine et accessoirement à des équipements municipaux (une maison de quartier, une crèche, un équipement de la Protection Maternelle et Infantile) sans compter La Poste et le nombre d’établissements scolaires justifiant le nom de Boulevard des écoles.

C’est donc à la fois une conception de la nature en ville, le sujet des mobilités, l’accès aisé, rapide et de qualité à de multiples services et commerces qui sont en jeu ainsi que la trame viaire. Ainsi la pertinence de supprimer une voie circulante, celle de Robert Desnos, qui délimite le plateau sportif du parc proprement dit pose questions :

– celle-ci débouche quasiment dans l’axe de l’avenue Lénine permettant d’accéder au centre ville, c’est le tracé d’un transport en commun majeur le 253,

– son maintien semble plus pertinent que la création d’une nouvelle voirie au nord du skatepark les flux se prolongeant sur la rue Politzer et ne vient pas fractionner le parc proprement dit mais ne sépare que le plateau sportif d’autant que dans le projet il n’y a pas de porosité entre le plateau sportif et le parc puisqu’il est prévu de le clôturer ! Ne faut-il pas plutôt viser une unité du plateau sportif – stade et skatepark réunis – plutôt que fractionner celui-ci par la construction d’une nouvelle voirie ?

Les circulations projetées : suppression de la rue Robert Desnos et d’une portion de la rue de la Ferme et création d’une nouvelle voie dans l’axe de la rue Politzer

D’autant qu’une nouvelle voirie (c’est un coût) dirigerait via la rue Politzer des flux de véhicules en direction du centre ville via l’avenue Jean-Moulin alors que l’avenue Lénine les dirige via Paul Vaillant-Couturier vers la Porte de Paris et ses différentes directions…

Un collectif créé, une pétition lancée

C’est, a minima, l’ensemble de ces sujets qui a conduit à la création d’un collectif, au lancement d’une pétition qui a déjà recueilli plus de 500 signatureset à une demande de rencontre urgente avec le maire qui, à l’heure où nous publions, n’a toujours pas répondu à cette sollicitation. Un courrier de relance est prévu.

Les travaux programmés en quatre phases vont s’étaler jusqu’au début de l’année 2026, il n’est donc pas trop tard pour revenir à la raison et être à la hauteur de l’ambition affichée : un très grand parc ouvert sur la ville.