Petites chroniques des JO/1. Saint-Denis, des enfants à la rue. Paris, la pluie et quelques folies. Aya la République !

, par Michel Ribay

Les festivités étaient prévues l’après-midi sur la place Victor Hugo. Une scène, montée ces derniers jours dans l’axe de la porte de la Basilique offrait toutes les possibilités scéniques et télévisuelles. C’est sur cette scène que devait surgir la flamme. Transmise d’un enfant de Saint-Denis, le journaliste Mohamed Bouhafsi à l’actrice et mannequin Laetitia Casta accompagnée de Pharrell Williams à l’issue d’un parcours filmé au cœur de la Basilique.

Auparavant répété et dès l’accès autorisé au public sur le parvis, un chauffeur de salle détaillait les moments auxquels la foule devait manifester sa présence, agiter des drapeaux ou faire une ovation.

Un show calibré pour la télé, un spectacle avant tout télévisuel.

Nous ne sommes pas à Paris. Et ce n’est donc pas de Notre Dame de Paris qu’a surgi Quasimodo mais bien de la Basilique-Cathédrale de Saint-Denis, qu’est apparu la vedette invitée à mettre le feu, Slimane, tout de blanc vêtu pour apostropher la foule avec le classique « Qu’est ce qu’elle a ma gueule  ? »

Après la reprise de Johnny, un petit tour sur la piste entouré d’enfants qui s’égaient comme des petits anges et c’est au tour de « Je suis malade » de Serge Lama par Lara Fabian…

Le maire, au côtés de Stéphane Troussel, a tenté quelques mots convenus, vite coupé par le bagout professionnel de Mohamed Bouhafsi qui a tombé en coulisses le costume croisé vert pistache pour la tenue officielle de relayeur de la flamme.

Les images étaient dans la boite. Diffusées. Timing maitrisé. Pas d’accroc. Pas de surprise. Slimane, Fabian, Casta, Williams annoncés. L’ensemble bordé. Millimétré. Cadré. Sans bavure. Sans magie.

Des enfants sur scène aux enfants à la rue

Seul imprévu lors de la cérémonie, des drapeaux bleu, blanc, rouge ou de ceux des JO mêlés, périodiquement agités à la demande, s’est détachée une banderole jaune réclamant en lettres rouge « la réquisition des logements et bureaux vides » pour alerter sur la situation de femmes et d’enfants à la rue, présents depuis des mois près de l’hôpital Delafontaine. Lire le communiqué dans le portfolio.

Une sorte de retour du refoulé à l’image de tous ceux qui ont été vertement priés, souvent manu militari de dégager de la proximité de sites dédiés au JO ou plus généralement d’Ile-de-France afin de présenter l’image la plus conforme à « l’attractivité touristique de la France ».

On y reviendra.

Puis vint la pluie… qui s’invita toute la soirée lors de la cérémonie d’ouverture sur la Seine.

Une cérémonie toute en démesure, décousue, dont on perdait souvent le fil narratif. Cérémonie elle aussi conçue pour des milliards de spectateurs derrière leur écran, à l’abri ce soir là des trombes d’eau.

Ont émergé de ce qui prenait des allures de péplum, quelques moments magiques, quelques pirouettes et pied de nez au convenu spectaculaire, l’improbable rencontre entre Aya Nakamura et la garde républicaine se déhanchant sur le Pont des Arts sur fond du vénérable Institut de France.

Aya la République !

Formi-Formi-Formidable !

Le déjanté tout de bleu Philippe Katerine nu sous cloche, des chorégraphies teintées d’or ou des danseurs arrimés à des échafaudages.

Les meilleurs moments avaient la magie d’un Decouflé ou ceux de la commémoration du bicentenaire de la révolution française qu’orchestra Jean-Paul Goude le 14 juillet 1789 et qui rendait déjà hommage à une France plurielle, métissée. Un trait d’union. De Grace Jones à Djadja et aux drag- queens de ce 26 juillet 2024.

On regrettera que Lady Gaga ne se soit pas lâchée et détachée des images vues et revues du French cancan. Restera Louise Michel et les autres.
On oubliera ni la pluie ni la « team des réfugiés ».
On oubliera Vuitton, LVMH et Macron.

Et on fait la bise à Céline Dion qu’on aurait bien vu s’envoler en montgolfière.

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