D’abord un incendie le 11 août 2024, parti d’un appartement à mi hauteur de l’immeuble. Il avait rendu inhabitable 7 appartements. Le feu s’était propagé à la façade dont l’isolation est constitué de matériaux inflammables. L’ascenseur s’était retrouvé hors service, l’électricité coupée. Des fenêtres avaient fondu ou avaient été cassées. La cage d’escalier avait brûlé. Les conduites d’évacuation des eaux de pluie avaient fondu. La ventilation hors service, l’eau coupée. L’ensemble des appartements situé au dessus de l’incendie avaient eux été envahis par les fumées ; tous ceux situés en dessous inondés avec l’intervention des pompiers. 6 personnes avaient du être hospitalisées, mises sous oxygène, dont une plus sérieusement touchée avec une blessure à l’épaule. Heureusement il n’y avait pas eu de décès. Au final un immeuble affecté d’un grave sinistre qui avait eu un impact très conséquent sur la vie quotidienne des locataires de Plaine Commune Habitat.
Cet incendie avait donné lieu à un sentiment général : celui d’être délaissé par le bailleur, que ce soit par son manque de communication, ses maladresses et son inertie face à la situation. Cela avait conduit à une mobilisation des habitants pour exiger d’être traité avec respect après le traumatisme qu’ils venaient de subir.
Après l’incendie du mois d’août 2024, c’est à l’automne que des alertes sont lancées par des locataires concernant cette fois-ci la qualité de l’eau distribuée. Mais rien n’y fait.
Du 21 octobre 2024, date de la première alerte jusqu’à la convocation d’une réunion le 14 février 2025 suite à la découverte de légionelles dans le circuit d’eau chaude, de multiples relances avaient été adressées à PCH par les locataires et relayées par différents administrateurs représentants des associations de locataires au sein du conseil d’administration.
Bien qu’alerté depuis le 21 octobre, le président de PCH et adjoint au maire, Adrien Delacroix, la direction générale n’enclenche rien de significatif. La ville est pourtant également saisie du sujet par l’Agence Régionale de Santé (ARS) à deux reprises, le 27 novembre 2024 et avec une relance le 13 janvier 2025. Ce sont les analyses de février 2025 qui finissent par déclencher une réaction du bailleur.
Suite à l’incendie d’août 2024, pour les locataires, outre la gestion de l’événement lui-même, c’est plusieurs mois de dysfonctionnements qui affectent leur vie quotidienne, ascenseurs en panne, odeur acre persistante, chauffage défectueux et de multiples désordres multiples non résolus, et pour couronner le tout des analyses révèlent la présence de légionelles. Les relances en direction du bailleur se multiplient et cela pendant plusieurs mois.
En septembre 2024, la fille d’une locataire fait une chute dans les parties communes affectées d’infiltrations d’eau. C’en est trop, excédée, et pour que la justice soit rendue à sa fille blessée, la locataire décide de faire valoir ses droits et porte l’affaire devant les tribunaux en assignant Plaine Commune Habitat devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Bobigny siégeant au sein de la chambre de proximité de Saint-Denis (93 200).
Le jugement a été rendu le 19 janvier.
Si le tribunal n’a pas suivi toutes ses demandes l’essentiel pour cette locataire est que PCH a été condamné à l’indemniser en qualité de représentante légale au titre du « préjudice corporel » subi par son enfant.
Le tribunal reconnait par ailleurs le préjudice pour « troubles de jouissance », tout bailleur devant au titre de la loi fournir un logement décent. PCH est donc condamné à l’indemniser pour cela.
Le tribunal lui a aussi donné raison et reconnu le préjudice moral que lui a causé plusieurs mois de démarches pour « pour faire cesser les désordres ». Là aussi PCH est condamné à l’indemniser.
En dernier lieu, le tribunal a condamné Plaine Commune Habitat au titre des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile, la locataire « ayant nécessairement engagé des frais, notamment d’avocats, pour faire valoir ses droits, qu’il serait inéquitable de laisser à sa charge. »
Quel enseignement peut-on tirer de tout cela ? D’abord, encore une fois, écrivions nous à l’époque des événements survenus à Neruda, c’est l’obstination, la mobilisation des locataires à faire valoir leurs droits qui avaient contraint le bailleur à bouger.
Ensuite, on ne peut que regretter qu’un locataire soit contraint de saisir les tribunaux pour faire reconnaitre un préjudice pourtant patent qu’un bailleur devrait en responsabilité reconnaitre.
Une situation que pointait un des administrateurs de PCH, Jean-Marc Bourquin, représentant du DAL, en avril 2025 avec ce constat : « A chaque fois le bailleur est en deçà de ce qu’il faudrait. Il semble courir après le problème, tout en faisant croire qu’il maîtrise la situation. Au contraire il apparaît qu’il n’a pas de méthode pour gérer les suites de l’incendie, pas d’instance qui « pense » le sujet, laissant place à l’improvisation, à la réaction au coup par coup, à la réponse aux injonctions des locataires au hasard des problèmes à régler. Cette situation exaspère les habitants confrontés à cette irresponsabilité, obligés de subir les troubles et de devoir faire pression sur le bailleur pour qu’ils soient réglés, percevant sa défiance vis à vis d’eux/elles dans sa façon de distiller au compte goutte les informations essentielles comme par exemple le résultat des analyses de l’eau. »
Et traçant une autre piste : « A l’évidence il aurait été possible de faire autrement. La solution résidait dans la concertation, la confiance dans l’expertise première des locataires. Il aurait fallu la mise en place d’une cellule de crise, paritaire entre bailleur et locataires, dans les jours qui ont suivi l’incendie, qui liste les problèmes à régler, qui garantisse aux habitants qu’ils soient entendus, qu’ils soient informés en toute transparence, avec le soutien des associations représentatives. Cela supposait évidemment une toute autre culture du bailleur dans ses rapports aux locataires, exempte de paternalisme, d’autoritarisme, de défiance. Tout reste à faire. »
Pour conclure d’une question : ne peut-on attendre autre chose d’un bailleur social ? Et en premier lieu l’écoute, le respect de ses locataires. C’est là aussi sans doute un des enjeux de l’élection municipale de mars 2026.
PS 1 : Les associations de locataires représentées au conseil d’administration de Plaine Commune Habitat par Nelly Angel (Confédération Nationale du Logement), Jean-Marc Bourquin (Droit Au Logement) et Christian Trigory (Vivre Mieux à Plaine Commune Habitat) s’étaient mobilisées pour apporter leur soutien aux locataires de Pablo Neruda.
PS 2 : Ci-dessous les articles parus dans le Blog de Saint-Denis sur Pablo Neruda. L’incendie, ses suites, la mobilisation et la contamination de l’eau.
– Neruda, Allende, Romain Rolland. Quels enseignements peut-on tirer des trois incendies de l’été dernier ?
– Cité Pablo Neruda. Une eau à nouveau trouble et froide, les locataires s’inquiètent d’un possible retour de légionelles dans le réseau et… un retour à la normale. La direction générale de PCH assure que les « équipes restent mobilisées »
– Cité Pablo Neruda. « Vous avez raison, on aurait pu aller plus vite » reconnait le directeur général de Plaine Commune Habitat après les analyses – tardives – qui ont révélé la présence de légionelles
– Article actualisé. Cité Pablo Neruda. 100 jours d’eau froide, d’eau trouble et de légionelles. Que se passe-t-il à Plaine Commune Habitat ? Après son courrier du 29 novembre resté sans réponse, le député Stéphane Peu interpelle à nouveau la présidence de PCH et souligne la nécessité de « transparence et proximité dans une situation particulièrement anxiogène »
– Suites de l’incendie à Pablo Neruda. Compte-rendu du DAL de la réunion du 22 août, entre les locataires et Plaine Commune Habitat.
– Incendie à Pablo Neruda. La municipalité persiste à faire la sourde oreille face aux besoins des habitants sinistrés. Un rassemblement de soutien est prévu jeudi 22 août à 10 h devant le siège de Plaine Commune Habitat.
– Incendie à Pablo Neruda. « Nous assumerons l’hébergement à la fin des prises en charge des assureurs, personne ne sera à la rue » indique Plaine Commune Habitat. De leur côté les habitants s’organisent et exigent la communication des rapports d’expertise. Etat des lieux une semaine après le sinistre.
– Incendie à Pablo Neruda. « Vous réintégrez votre appartement à partir de 16 h » annonce abruptement, le 21 août, Plaine Commune Habitat. Une délégation d’habitants en colère se rend au siège où une réunion s’est tenue.