Le 93 est le port d’attache de Salim Dabo. La Plaine Saint-Denis, l’avenue du président Wilson. L’école ? Robespierre. Saint-Just. Le collège ? Garcia Lorca. Les potes du Franc Moisin. Au bout de la rue du Landy, Saint-Ouen où il a passé ses premières années. Paris 18ème ensuite. Et Saint-Denis. Un mouchoir de poche. Un périmètre dont Salim a repoussé très loin les limites puisqu’il est connu bien au-delà aujourd’hui.
Dans le 78, le 94, le 95 et plutôt sous le nom de « Maire des Banlieusards » que sous son patronyme. Salim à la rigueur. Monsieur Dabo, c’est plutôt quand en costume, comme ce samedi, à l’issue de notre rencontre, il va se rendre aux Champs Elysées au siège d’une importante fondation d’entreprise. « Bon, là je vais me déguiser et j’y vais » lance-t-il au moment où on se quitte.
Monsieur Dabo. Salim. « Le maire », comme on finit par l’appeler tous ceux qui ont eu recours à lui pour régler un problème, débloquer une situation, apaiser un conflit, faire avancer un projet, organiser une rencontre. Dans le quartier, c’est devenu peu à peu un référent, celui qui a été reconnu, adoubé, « élu » Maire. 78, 93, 94, 95 aidant « maire des Banlieusards » s’est imposé.
Salim Dabo n’est pas grand mais il voit loin. Et il n’entend pas perdre de temps. Son agenda aussi chargé que son maniement du portable est rapide, bondissant de Tik Tok à Instagram, d’un site à un autre, scrollant une partie des contenus qu’il a créée pour faire avancer ses projets. Ses followers sont légion, les vues de ses interventions en video se comptent en milliers. Hyperactif, Salim est pour autant très posé dans son expression. Une sérénité acquise, construite. Au fil du temps. Salim a aujourd’hui 26 ans.
Retour en arrière.
Les parents de Salim se sont rencontrés en France. Tous deux sont d’origine sénégalaise. Le père est arrivé comme migrant. Sa mère est arrivée en France à l’âge de quatre ans. D’origine noble au Sénégal, c’est le grand père maternel de Salim qui l’a fait venir. Le grand-père est chef d’entreprise. Salim a peut-être hérité de son grand père ce « goût d’entreprendre ». Le « goût des autres » qui lui donne la force de construire, de multiplier les projets et de fédérer les énergies.
Les premières années sont difficiles, plus précisément turbulentes. Salim bouge. Beaucoup. Dans tous les sens. Hyperactif. Une énergie qu’il faut canaliser. Pour cela il a la chance d’être suivi, accompagné, entouré au fil des années par trois éducateurs de Canal, l’association d’éducateurs en prévention spécialisée. La chance car beaucoup par manque de moyens dans ce domaine ne le sont pas.
Cela va être décisif pour Salim. Comme beaucoup de jeunes, beaucoup trop, un seul c’est déjà trop, Salim est orienté vers des filières qu’il vit comme des impasses. Assigné à un avenir professionnel auquel il n’adhère pas. Après trois premières années au collège Garcia Lorca où il est affecté, – c’est de là qu’il a tissé mille liens avec les potes du Franc Moisin –, il part pour le Sénégal pendant un an et demi pour devenir footballeur.
Ça ne matche pas. L’ambiance lui déplait. Il rentre en France et enchaine un CAP, un Bac Pro et un BTS management hôtelier qui l’amène à travailler un an au Fouquet’s.
Covid et Streetparty
C’est l’arrivée du Covid qui va booster les deux moteurs de Salim. L’engagement et l’ambition. L’ambition de faire. Faire avec les autres. Au service des autres.
Le booster qui va faire de Salim « le maire des banlieusards ».
La période du Covid, du confinement c’est pour Salim la période où les jeunes du quartier se mobilisent, s’agitent dans tous les sens, récoltent et distribuent des colis alimentaires. Une logistique de la solidarité dans le quartier au cours de laquelle la légitimité de Salim s’enracine. L’art de faire.
A la sortie du Covid, pour respirer, pour libérer toute l’énergie confinée, Salim lance StreetParty One. C’est un important concert. On est le 21 septembre 2021. Sans s’en rendre vraiment compte Salim vient de lancer un mouvement. Ça tourne sur Snapchat. Les snaps se multiplient. De stories en stories, la Plaine est trop petite pour « le maire » screené de toutes parts. La période est au viral. Le « maire des banlieusards » est né.
Quand on lui demande si tout ça ne lui monte pas à la tête, Salim répond avec un grand calme : « Non, chez nous, on dit que c’est Dieu qui donne et que c’est Dieu qui retire ».
Salim a les pieds sur terre même si l’association qu’il a créée s’appelle Univers Project. Les pieds bien ancrés dans la réalité dionysienne. Salim ne s’en cache pas, la politique s’est emparée de lui. La vraie, celle qui donne envie d’agir, de changer la vie ici et maintenant. Voir loin et viser juste.
PS : On y reviendra car on s’est déjà donné rendez-vous. Le principe en est acquis, il faut juste arriver à "choper" le « maire des banlieusards entre trois rendez-vous ». Pas facile. Hyperactif, on vous dit.