Samedi 2 mars, salle de la Légion d’honneur : « Honte à vous ! ». Toutes les questions que le "Collectif pour le maintien des bus en centre-ville" voulait poser.

, par Michel Ribay

Annoncée depuis plusieurs jours, déplacée de lieu et l’horaire modifié une semaine avant qu’elle ne se tienne, la réunion d’information sur la transformation du centre ville s’est tenue le samedi 2 mars dans la salle de la Légion d’honneur. Prévue de 10 h à 12h30, elle a pris des allures de "fourre-tout du centre ville" à défaut de ne pas y avoir consacré des moments spécifiques autour de trois thèmes distincts nécessitant (à titre d’exemples) trois réunions afin de nourrir les échanges : aménagement, logement et mobilités ; patrimoine et culture ; la politique en matière de développement commercial et le cadre de vie. Rien de tout ça. On va vite comprendre pourquoi. « Honte à vous ! » s’est écriée de colère une femme âgée et malvoyante en direction des élus s’agissant de la suppression des arrêts de bus en cœur de ville. Compte-rendu.

Commençons par le début. Non pas celui de la réunion mais par l’arrivée pour entrer dans la salle de la Légion d’honneur. Pas moins de quatre policiers municipaux avaient été mobilisés, un à l’entrée de la salle et trois autres en faction devant le portail principal de la Légion d’honneur dont l’un porteur d’un flash ball. On se demande bien pourquoi une telle mobilisation d’effectifs municipaux pour une réunion publique ?

S’agissant de sécurité (?) on s’étonnera surtout de constater que la borne à la hauteur de la Légion d’honneur étant régulièrement abaissée n’importe quel véhicule peut s’aventurer sur la place Victor Hugo en pleine période où… sur décision du Premier ministre, une nouvelle posture Vigipirate « hiver – printemps 2024 » est activée. Cette posture ramène l’ensemble du territoire national au niveau « sécurité renforcée – risque attentat ». Elle est applicable jusqu’à nouvel ordre.

Voilà pour le sérieux. Quatre policiers municipaux mobilisés pour une réunion publique positionnés à quelques mètres d’une borne d’accès au plateau piéton abaissée.
Au sortir de la réunion, on constatera que si les bus ne passent plus, de nombreux véhicules sont présents, c’est pour l’heure de la sortie des jeunes filles de l’école de la Légion d’honneur… On s’en tiendra là, on ne voudrait pas qu’on nous fasse reproche d’une sorte de mauvais esprit.

Revenons donc au sujet de la réunion. Encore une fois, prenons le risque d’être accusé de mauvais esprit mais nous ne commencerons pas le compte-rendu précis de cette réunion par le début mais par la fin. Par la fin et par des chiffres.

« Prendre les problèmes les uns après les autres et dans le bon ordre ».

Mais d’abord parlons méthode. 2h 30 étaient consacrées à cette réunion d’information. L’information consistait essentiellement à ce que le Maire nous fasse la lecture de diapositives – peu lisibles en fonction de la luminosité de la salle – et réponde aux questions des participants et si besoin Katy Bontinck et Adrien Delacroix en complément.

Les diapositives accessibles en amont sur le site de la ville aurait évité une lecture fastidieuse, bien longue et roborative et permis de plus amples moments d’échanges avec la salle.

Manifestement ce n’est pas la « méthode » qu’avait retenue Mathieu Hanotin. Mais plutôt une autre méthode, une façon de faire, apprise dans « sa jeunesse, à la campagne, pas loin d’ici, dans l’Oise » et qui consiste, comme il l’a indiqué à l’assistance, « à traiter les problèmes un par un et dans le bon ordre ». Une manière de s’attribuer d’emblée un bon point : celui du bon sens.

Une méthode, un choix donc bien pesé, qui a conduit à ce qu’après la lecture des diapositives viennent les questions puis la lecture concernant l’Anru, les charges de l’ilot 8 (auquel le maire ne peut répondre), le contrôle des entreprises qui effectuent les réhabilitations (il y travaille), les parkings, celui du centre ville Indigo (on y vient), l’extension du cinéma L’Ecran (on y réfléchit), la médiathèque du centre-ville (on la déplace, quoi à la place ? Rien de stabilisé), la flèche de la Basilique (content d’apprendre qu’une date est retenue pour la pose du coq, c’est en 2029), la galerie commerciale, le commerce (moment où le maire se fait le VRP des différentes ouvertures à venir, un Lidl, un fromager, un restaurant marocain, un primeur et Snipes, « magnifique enseigne américaine de street-wear » selon ses mots,) … on parvenait au bout de ce tunnel au point dur de la réunion, celui des mobilités, des bus, moment où vingt mains se lèvent dans la salle et il est… 12h06 !

Les chiffres

Il est donc 12h06. Il y avait un peu moins de 200 participants dans la salle (élu.e.s compris – je sais compter –) à 10h15, il n’y en a plus maintenant que 150. Mathieu Hanotin avait indiqué auparavant que la réunion devait impérativement (sic !) se terminer à 12h30. Malin.

On imagine donc la frustration, la colère.

57 ans, handicapée… et une navette pour les plus de 60 ans…
La colère d’une habitante de 57 ans, handicapée qui bénéficiait de la possibilité de prendre un bus au pied de l’ilot 8 et qui n’a pas l’âge pour accéder à la navette censée remplacer ce qui lui était directement accessible, tous les jours, à l’heure de son choix. Que fait-elle pendant 3 ans ?

Dite 33.
Une autre participante alerte sur les conséquences de la difficulté d’accès au centre-ville pour des soins dans les structures de centre-ville et donc du risque de renoncement aux soins … Le maire n’y voit pas problème. Tout cela « s’organise ».

12km2 et 2%
Katy Bontinck parle chiffre pour minimiser le choix de la municipalité. Saint-Denis faisant 12 km2 et l’espace du centre-ville concerné par le projet ne faisant que 2% de la surface totale de la ville elle tente de faire appel à la raison des participants ! Comme si ces deux chiffres pouvaient rendre compte des impacts sur le quotidien de dizaines de milliers de personnes. Repensons juste à la fréquentation des bus sur ces trois arrêts ! On a néanmoins échappé au pire dans l’argumentation : Katy Bontinck n’a pas ajouté les 3,4 km2 de Pierrefitte pour appeler au calme. On pouvait le craindre puisqu’elle invitait sur son Facebook les Pierrefittois à la réunion… Mathieu Hanotin présentait lui l’ordre du jour copieux sous le terme de #teasing. Une réunion d’information pensée comme une opération de teasing

239, réparer les conneries ou "bonne nouvelle" !
Le maire piaffait d’impatience face aux insatisfaits d’annoncer une bonne nouvelle. La voilà. D’abord « il n’a pas de problème à reconnaitre une erreur ». Il travaille à la rectifier avec IDF Mobilités : le 239 viendra jusqu’à la rue Lanne ou au niveau de la rue des Boucheries mais rien n’est encore stabilisé sur le choix. Conclusion, on supprime et on réfléchit après. Comme le disait un autre participant très remonté, il y a deux manières d’affronter un problème « soit on cherche à le résoudre, à améliorer la situation qui n’était pas satisfaisante (le service des bus) soit on le supprime. Monsieur le Maire, vous avez choisi de le supprimer, c’est pire ».

12h22.
Devant la bronca qui enfle, le Maire fait une proposition constructive : « Si vous voulez, on arrête la réunion » et reprend sur la "bonne nouvelle", le 239.

12h27
Des dizaines de mains s’agitent encore pour demander la parole. Il est maintenant clair pour tout le monde, que la réunion va s’achever sur un fort sentiment de frustration, de colère, de dépit, de mépris.

153.
D’une partie de la salle s’élève le cri d’un chiffre, repris en choeur. Ce sont des habitants de la Saussaie-Floréal-La Courtille qui scandent 153, le nom de la ligne qui aujourd’hui leur fait défaut pour rejoindre le cœur de ville.

12h33.
Mathieu Hanotin annonce la fin de la réunion. La salle se vide. Reste la colère.

Tout en haut, au dessus de la tribune où étaient installés en surplomb du public les trois élus, est gravé dans la pierre, coiffant une figure – féminine –de la République, un mot : « Concordia ».

Erreur de salle ou erreur de casting ?

PS : vous trouverez ci-après en téléchargement toutes les questions que le "Collectif pour le maintien des bus en centre-ville" aurait souhaité poser à cette réunion. Le Collectif distribuait à l’entrée de la salle ses propositions « Des arbres et des bus » conciliant passage des bus et aménagement végétalisé de la place Jean-Jaurès. Le Collectif de l’ilot 8 informait lui sur le recours déposé au tribunal administratif contre le projet de résidentialisation.

La présentation sera disponible sur le site de la mairie a indiqué un élu municipal.