Du Jeudi 19 septembre 2024 au Dimanche 27 avril 2025
Nouvelles Reines de Sandra Reinflet
La basilique-cathédrale Saint-Denis accueille une exposition de photographie intitulée "Nouvelles Reines".
L’artiste dionysienne Sandra Reinflet a réalisé des portraits photographiques de femmes du territoire. Les reflets de vitraux projetés sur leurs visages mettent en lumière ces reines contemporaines.
Les Nouvelles Reines – femmes d’aujourd’hui – sont incarnées par des habitantes de Saint-Denis et d’Aubervilliers que l’artiste a rencontrées dans différentes structures sociales. Les textes réalisés au cours d’ateliers d’écriture avec Sandra Reinflet et ses modèles accompagnent les portraits exposés à la basilique.
32 œuvres à l’image du nombre de reines de France enterrées à la basilique cathédrale Saint-Denis. Les 31 portraits sont installés sur le parvis et à l’intérieur de la basilique dans la crypte de la nécropole royale. La trente-deuxième œuvre est un espace réservé aux visiteurs qui peuvent se prendre en photo sous le reflet d’un vitrail, constituant ainsi la trente-deuxième reine et dernière œuvre de l’exposition.
Performance musicale "Madame, Majesté" – par Isabelle Joly, Fanny de Montmarin et des femmes modèles de l’exposition – pour la Journée des droits des femmes le 8 mars 2025.
L’extrême-droite et les racistes de tout poil n’auraient sans doute pas apprécié la carte de vœux de la ville de Saint-Denis, réalisée par Loustal, éditée en 2009. On la republie ne leur en déplaise.
Sandra Reinflet prend la parole
« J’ai pris un temps avant de prendre la parole sur les événements autour de mon exposition Nouvelles Reines à la Basilique Saint-Denis parce que j’étais d’abord sidérée, puis trop en colère pour répondre sans crier.
Parce que cette polémique est la négation de toutes les valeurs que je défends depuis dix ans dans mon travail d’autrice et photographe (la diversité, l’inclusion, la sororité, la mise en lumière de personnes remarquables invisibilisées...).
J’ai pensé cette création avec et pour ce lieu qui m’est cher. Les vitraux ont été photographiés in situ, la scénographie reprend leur forme, tout a été conçu pour rendre hommage au patrimoine (historique et humain) qu’on m’accuse d’outrager. J’ai photographié les femmes peaux nues ou couvertes, comme elles voulaient. Il n’a jamais été question de leur confession, seulement de leur parcours qui, je vous le promets, force l’admiration. Malgré les chaos, elles montent des projets dingues, des actions de solidarité, sont sportives de haut niveau, engagées en politique, mères, femmes d’affaire, soignantes, artistes... Toutes vivent à Aubervilliers et Saint-Denis, comme moi.
Après six mois d’exposition douce et très bien accueillie, des collectifs d’extrême droite ont soudain lancé une campagne de haine sur les réseaux - parce que trois de ces trente et une femmes portent un voile (et aussi que certaines autres sont noires ou arabes, soit une insulte à "la vraie France").
Le Figaro, et je les cite parce que leur bascule à l’extrême droite doit être sue et dénoncée, a sorti un premier article plein de fake news titrant "Des hijabs dans la Basilique" et m’accusant de provocation.
Quand la Ville et le Diocèse ont défendu l’exposition en disant qu’ils en étaient fiers, qu’elle était conforme aux valeurs chrétiennes et avait été validée par les Monuments Nationaux et le Diocèse (qui a été exemplaire d’ouverture et d’humanité), ce même journal a titré "Quand l’Église catholique fait le jeu des Frères musulmans".
Là on était sans voix. Et toute la presse s’est enflammée. Un soutien quasi unanime pour mon travail (hors Cnews, le JDD et les médias qu’on sait) mais une tempête lancée tous azimuts.
Mardi 11 mars, un groupe suprémaciste s’est introduit dans la crypte et a couvert trois des portraits de voiles noirs sur lesquels il a collé les photos de Jeanne d’arc et Sainte Geneviève les déclarant seules "nouvelles" reines valables. Le Figaro a republié que le groupe identitaire luttait contre "la propagande immigrationniste" et leur a donné une tribune époustouflante (alors que l’acte est illegal, que j’ai porté plainte pour ça et que l’auteur est actuellement en garde à vue).
Le geste de la disparition des portraits est d’une telle violence. Les femmes photographiées sont incroyables de force et de résilience, et une nouvelle fois niées dans leur identité, rayées de la carte parce que, pour certaines, pas assez blanches.
Elles étaient si choquées par cette action, par ce pays où la plupart sont nées et qui, pour partie, ne les considère pas comme des leurs. L’une d’elle m’a écrit en disant "J’ai vécu toute ma vie ici et suis toujours réduite à mes origines. Quoi qu’on fasse on nous ramène à elles. Si on travaille on dit qu’on prend les emplois des autres. Si on ne bosse pas qu’on est des assistées. On me fait sans cesse sentir que je ne suis pas chez moi. Pourtant il n’y a pas de chez moi ailleurs. Je suis française".
À la lire j’ai honte. Et suis si triste qu’un projet artistique qui visait justement à la faire sentir belle et puissante la fasse pleurer.
Et j’ai honte de parler de ce qui devrait être un non-sujet (et qui l’a toujours été jusque-là). De faire de l’art une polémique de comptoir. J’aimerais plutôt vous dire comment étaient les rencontres, comment on a ri, été émues, comme elles sont fortes et drôles ces femmes pour certaines devenues amies. J’aimerais raconter les ateliers d’écriture, comment j’ai imaginé la projection sur les peaux, comment on a pensé l’éclairage, choisi les vitraux, comment on a installé les images dans cette crypte qui accueille des expositions toute l’année, comme on était fières, comme on trouvait ça beau.
J’ai répondu à la presse dans une sorte de tourbillon, et ai surtout laissé les autres sortir les boucliers pour moi. Je profite de ce message pour les remercier du fond du cœur. Le Centre des Monuments Nationaux, la DRAC, le Département du 93, la Ville de Saint-Denis, le Diocèse, le réseau Lux, les Filles de la photo ont défendu le projet avec les mots qui me manquaient. La presse qui tient encore debout aussi, en bloc. Et vous toutes et tous par vos messages et publications. Merci.
J’espère qu’on sera des millions à refuser le présage sombre de 2027. À défendre nos libertés de créer et ce vivre ensemble si riche. Le monde que l’extrême droite veut dessiner pour nous est terrifiant, je l’ai pour la première fois ressenti dans ma chair.
Il va falloir résister fort par la beauté, l’amour et la fraternité/sororité qui sont le b.a-ba des valeurs chrétiennes que ces gens prétendent représenter.
Ce qui les motive s’appelle le racisme, point. Pas besoin de douze articles et plateaux télés pour le maquiller.
Et sans cesse il faudra le dénoncer, lui et toutes les formes de discrimination présentées comme des opinions alors qu’elles sont des délits.
