Sur la dalle, au dessus de Carrefour, les habitants de l’Ilot 4 Basilique en souffrance

, par Sylvestre Lachenal

Si tous les Dionysien.nes connaissent Carrefour ou Carouf, ils sont moins nombreux à connaitre Fourka, appellation locale de ce géant de la distribution implanté en centre-ville, et encore moins l’îlot 4. L’ilôt 4 est au-dessus de tous ceux qui arpentent les rayons de Carrefour. La dalle de l’îlot 4 c’est à la fois le toit du magasin et le plancher de ceux qui vivent dessus au sein de la ZAC Basilique. Ambiance quand la nuit tombe.

C’est ici que chaque soir, depuis quelques mois se réunissent 20, 30 gamins, ados plus ou moins jeunes qui de 21h à deux ou trois heures du matin tiennent la dalle. Classique. Il y a juste un souci c’est que de chaque côté de la dalle, de chaque côté du plancher, sur lequel ils disposent quelque fois de puissantes baffles, vivent de nombreuses familles. Et que le son monte. En volume et en altitude. Peu de chances ou difficile d’établir le contact avec eux car ce ne sont pas des gamins, des ados, plus ou moins jeunes de la dalle. Ils ne sont pas de l’îlot 4.

Ça envoie. C’est déjà fort au 1er étage mais c’est énorme au 4ème. Du gros son nocturne, libre de tout obstacle, encaissé entre le vis à vis des bâtiments (qui permettent à ceux qui y vivent, de saluer, héler en journée avec plaisir leur voisins d’en face), qui s’élève, s’amplifie, cherche une sortie pour les basses qui font vibrer le béton.

C’est déjà trop. Beaucoup trop pour trouver le sommeil.

A cela, il faut rajouter la peur. Pour soi, quand les escaliers sont squattés, quand on essaie de rentrer chez vous en tentant de forcer la porte et que vous êtes à l’intérieur et que d’un coup d’oeil sur la dalle vous comptez là encore, certains soirs, 20 ou trente gamins, ados, plus ou moins jeunes, armés, qui d’un marteau, trois autres d’une batte de base-ball ou de béquilles dont l’utilité n’est pas de soutenir un corps fatigué ou une démarche hésitante frappée d’un handicap. Une béquille, une arme par destination et passe-partout.

Alors la peur s’installe. Pour soi. Pour ces gamins aussi. Pour ceux qui risquent de rester sur le carreau à l’occasion d’une rixe, d’une bataille de territoire. Cité X contre cité Y. Cité Z contre Fourka. Ou vice versa.

C’est souvent le quotidien de l’îlot 4. Le quotidien de ceux qui y vivent. Leur quotidien à l’heure de la nuit tombée et de l’angoisse qui s’incruste.

Alors que faire ? Ils le savent, la police nationale ne monte jamais sur la dalle. L’espace public où ils interviennent c’est en bas. Là haut c’est un autre monde, c’est la dalle, c’est l’îlot 4.

La police municipale, sollicitée maintes et maintes fois a fini par faire des passages réguliers, il y a longtemps, de septembre à mi-novembre 2023, sollicitée par les habitants. L’élue en charge, Gwenaëlle Badufle-Douchez a fini par répondre aux attentes des habitants. Puis plus rien. Décembre. Janvier. Février. Mars… On est en avril 2024. Elle a été relancée le 18 avril et a indiqué en retour que la police nationale était informée …

Quand la police municipale passe, passait, c’est une volée de moineaux. Les moineaux, c’est les gamins, les ados, plus ou moins jeunes avec qui la police municipale n’a pas d’échanges. C’est la dispersion… puis le retour. Un puit sans fond et sans lendemain.

Les échanges, ils y en avaient avec les moineaux du temps des médiateurs de nuit. Ça, c’est il y a bien longtemps pour les habitants de l’îlot 4. Jusqu’à 2020. Les gamins, les ados, plus ou moins jeunes étaient là mais la présence des médiateurs ne les faisait pas fuir. La connaissance mutuelle, le respect même des uns envers les autres facilitait le compromis, contenait les écarts, gérait le retour à la tranquillité publique, la possibilité de dormir.

La disparition de toute médiation

Exit donc les médiateurs de nuit et c’est depuis beaucoup de nuits blanches à l’îlot 4. La frayeur habituelle s’est installée peu à peu et les dégradations prospèrent.

Pour les départs en vacances les habitants évitent de se faire remarquer, de faire remarquer que derrière eux, partis, l’appartement reste vide. Le squat est redouté.

La peur est redoublée quand, début février, c’est à 18 h qu’une équipe du Samu doit intervenir pour porter secours à un gamin à moitié massacré sur la dalle. L’effroi, l’exaspération, à tel point ces derniers temps que certains envisagent de faire régner l’ordre eux-mêmes.

Le bailleur, Plaine Commune Habitat, plusieurs fois alerté reste sourd. Que pourrait faire la gardienne déjà sous le poids du périmètre qu’elle doit gérer, l’îlot 4 plus deux autres bâtiments ?Impuissante, dépassée, mise en danger.

A l’agence sud de Plaine Commune Habitat, le poste de direction n’est pas pourvu.
Interpellé vivement ces derniers jours, le président de Plaine Commune Habitat, Adrien Delacroix, par ailleurs adjoint au maire, sous la pression, semble, enfin, prendre la mesure de l’urgence à agir.

La police municipale a refait une apparition. Jusqu’à quand ? Et avec quelle efficacité sur le fond ?

La municipalité ira-t-elle jusqu’à prendre la mesure des effets de la disparition des Médiateurs de nuit ? On peut malheureusement en douter. Et surtout le regretter.

D’autant que leur présence, leurs passages aussi réguliers que les échanges avec les habitants avaient fait la preuve de leur efficacité, conjuguant médiation et prévention.

Sans retour en arrière, sans revenir à ce qui fonctionnait, la peur, les nuits blanches, pire les drames possibles risquent d’avoir de beaux jours devant eux. Et les beaux jours arrivent. Et pour certains la tentation terrible, inadmissible, celle de faire milice.

Une locution latine prend tout son sens dans cette histoire. « Errare humanum est, perseverare diabolicum ».

Parviendra-t-elle à l’esprit de l’autorité municipale jamais avare de mots et de promesses d’une ville apaisée tout en supprimant ce qui y contribuait ?

Le Blog de Saint-Denis reviendra très prochainement sur le sujet de l’ilôt 4. Son histoire, celle de la ZAC Basilique et son avenir.