Symptôme d’une « politique culturelle » de la municipalité qui oscille entre atonie générale, inaction et échec, l’avenir très incertain du Festival de Saint-Denis. Changer de politique, agir au plus vite s’imposent

, par Michel Ribay

Le Blog de Saint-Denis faisait part dans un article daté du 16 avril 2022 de nombreuses interrogations et inquiétudes concernant la politique culturelle menée par la nouvelle municipalité. Nous posions à cette occasion de multiples questions sur l’avenir de différents lieux. Deux ans plus tard peu de réponses concrètes ont été apportées, l’archipel de la culture à venir, vanté par la municipalité, n’a pas vu le jour et on peut craindre que ce qui constituait depuis plus de cinquante ans une fierté dionysienne, reconnue de toute part, le Festival de Saint-Denis, ne s’éteigne peu à peu.

L’objectif et la communication autour des actions menées pour obtenir le label Capitale européenne de la Culture ont rythmé pendant des mois l’activité de la municipalité. Tout a été envisagé, pesé, défendu, orchestré à cette aune au détriment d’un travail de fond visant à consolider l’existant et à faire émerger et accompagner des pratiques et initiatives locales.

Propulsé à la va-vite, à la va-comme-je-te-pousse, sans préparation en amont avec les acteurs territoriaux et tout le tissu culturel, à rebours de tout ce qui se faisait et murissait de longue date dans d’autres villes, rejetant avec dédain une candidature plurielle et fédérée des banlieues, cet objectif ne pouvait que subir un échec.

L’échec à peine digéré, oublié, ignoré, c’est encore l’événementiel qui prime, un calendrier exogène, celui d’Olympiades culturelles qui a pris le dessus. Une communication chasse l’autre au détriment du reste. Le "reste", c’est ce qui restera au moment où les derniers lampions de Paris 2024 s’éteindront.

Et le reste est bien flou, va mal, sans perspectives ou pire, déjà affaibli, est voué à s’éteindre dans l’indifférence de la majorité municipale. C’est ce qu’on peut craindre concernant le Festival de Saint-Denis.

Assurer la pérennité du Festival de Saint-Denis demande, au-delà des équipes qui le composent, y travaillent, un engagement politique constant. En effet, son existence, que les recettes de la billetterie ne peuvent seules assurer, comme beaucoup de manifestations culturelles, nécessite subventions publiques et mécénat.

La recherche de mécénat exige un véritable travail, permanent, régulier, renouvelé en direction des entreprises de la ville, elles sont nombreuses et pour certaines d’envergure nationale et internationale, des entreprises du territoire, Plaine Commune, et au-delà même, tant le rayonnement du Festival, son audience permet à différents sponsors de bénéficier d’un retour d’image et accessoirement des dispositifs de défiscalisation en vigueur.

Un travail constant mais surtout animé d’une volonté politique de faire. Un engagement du maire, du président de Plaine Commune, de l’élu à la Culture, des adjoints qui par leur délégations côtoient régulièrement des acteurs économiques de premier plan.

Force est de constater que le compte n’y est pas du côté des élus. Le Festival affaibli d’une absence d’engagement des élus, affecté par un moindre apport en mécénat, a donc fortement réduit sa programmation, de 27 représentations en 2014 comme en 2018 et encore 25 en 2019, il affiche uniquement 15 représentations cette année. Innovation à saluer, trois représentations spécifiquement en direction du jeune public. Une jeune pousse qui ne saurait masquer la forêt qui se meurt.

Pourtant l’argent existe. Les grands groupes sont légion sur un territoire dont un maire-président, multipliant les coups de com – le dernier en date consistant à accueillir une partie des ambassadeurs de pays européens – peine, ou se désintéresse, de fait, de l’avenir du Festival alors qu’il ne cesse de vouloir « renforcer l’attractivité de la ville », « changer son image » !

La disparition du Festival de Saint-Denis s’éteignant peu à peu ces toutes dernières années fait-elle partie de cette stratégie ?!

Cela n’est pas admissible. Laisser cette situation perdurer est pire qu’une faute. Une insulte à tous ceux qui ont donné naissance à ce festival et l’ont fait vivre au cours du temps, l’ont développé sans attenter à sa qualité. Changer de politique et agir au plus vite s’imposent.

Le fonds de dotation, Ambition Saint-Denis, n’a pas contribué au titre de ses actions en matière d’art et de culture en 2022 au soutien du Festival de Saint-Denis. Il a pourtant reporté un résultat positif fin 2022 de plus de 233 251 euros au budget de 2023. A ce jour, aucune information n’est disponible sur les actions, dépenses et recettes de l’exercice 2023.

La disparition du Festival est impensable. Inacceptable. La responsabilité du Maire-président et de sa majorité est entière. Il leur appartient de redresser la barre.

Et ailleurs qu’en est-il de la politique culturelle et patrimoniale ?

Sur l’ensemble des sites recensés dans notre article en avril 2022, lieux vivant de culture ou d’intérêt patrimonial, la visibilité des projets reste incertaine tout comme les calendriers et pour certains l’intention reste évasive ou inconnue.

Le 6 B, quai de Seine, a été racheté au promoteur Quartus par la puissance publique, ce dont on peut se féliciter, restent deux questions à ce stade : son exploitation, sa gestion, son animation par l’association 6B qui le fait vivre aura-t-elle pour poursuivre les coudées franches ? Le financement des travaux nécessaires, leur réalisation dont on ne connait pas à ce jour le calendrier restent à préciser.

Les Cathédrales du rail situées à la Plaine sont promises à un futur musée du hip-hop au sein d’un vaste programme urbain de logements associé à un parc pour une ouverture annoncée en 2028. Quelles seront ses ressources ? On ne le sait pas. L’engagement de la collectivité ? Pas plus.

La Maison Coignet, rue Charles Michels pour laquelle Mathieu Hanotin avait annoncé en réunion publique, le 11 mars 2023 à Confluence, que des mesures conservatoires, de protection allaient être prises dans les semaines à venir, n’a pas fait l’objet d’une mise en œuvre de ces promesses. Elle bénéficie pourtant d’un classement récent aux monuments historiques. Depuis ?

La Halle de décuvage, situé au bout de l’allée de Seine, face au village olympique, après l’abandon d’un premier projet de réhabilitation, n’a pas bénéficié des budgets qui auraient pu être sollicités à l’occasion des JO. Une salle de spectacle y est envisagée dont on ne connait ni l’intention en matière dé programmation ni le calendrier.

Le site de l’Orfèvrerie, des anciens établissements Cristofle, rue Ambroise Croizat, propriété de Quartus a été revendu par tranches. On ignore toujours quelles exigences a fait valoir la municipalité en direction des nouveaux acquéreurs pour garantir le maintien d’activités culturelles et artisanales sur le site.

Les Ecuries, propriété de la ville de Paris, au nord du 6B au bord du canal et de la dernière écluse avant la Seine, pour lesquelles un projet lauréat dans le cadre de l’appel Réinventons la Seine avait été retenu n’a pas abouti. Abandonné, on ne sait pas ce qui est envisagé sur ce site.

Du côté de la Briche, c’est la nature du projet urbain dans ce secteur qui déterminera l’avenir de ceux qui font vivre cette ruche créative. Le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) devrait protéger la zone des appétits des promoteurs, la position des collectivités Plaine Commune et Saint-Denis sera en tout état de cause déterminante. Un sujet qui reste à suivre de près.

La grande salle de la Bourse du travail, envisagée et promue par la municipalité comme la future salle de spectacle municipale ne connait pas le début semble-t-il ni d’un audit technique, en tout cas pas le début d’une ligne de financement, et encore moins le début de travaux annoncés en grandes pompes il y a 4 ans.

Entretemps, les artistes occupant les Bateaux Lavoirs ont été expulsés sans que l’engagement pris par écrit par les élus parisiens de leur trouver une solution de repli n’ait été respecté. Sur ce dossier, faisant mine de soutenir, la ville a botté en touche face à Paris. Pour ce qui concerne l’avenir du lieu, la ville aura pourtant son mot à dire.

La liste n’est pas close. Il faudra revenir sur la rénovation du conservatoire rue Catulienne, ses objectifs et ses conséquences pour diverses structures, culturelles ou autres, évincées du lieu.

L’archipel de la culture promis en 2020, avant d’avoir vécu, est en train de sombrer. Le Festival plus que cinquantenaire doit être sauvé.

Le "reste", pour l’essentiel aujourd’hui sans perspectives et sans vision, mérite un minimum de clarté, d’informations, à défaut d’un début de partage et de concertation auquel plus personne ne croit.

Article modifié le 28 avril à 10h48, ajout concernant le fonds de dotation "Ambition Saint-Denis". Il n’y a par ailleurs aucun représentant, élu de l’opposition, dans la gouvernance de cette structure.