Un habitant de la Plaine écrit au préfet et au sous-préfet après un contrôle de la police nationale intervenu le 24 janvier dernier à La Plaine

, par La Rédac’

Nous publions le courrier d’un habitant de la Plaine, adressé au préfet de la Seine-Saint-Denis, Jacques Witkowski, et au sous-préfet, Vincent Lagoguey, qui dénonce les conditions dans lesquelles s’est déroulé un contrôle de la police nationale le 24 janvier dernier. Un contrôle qui, selon le récit de cet habitant, s’est effectué de façon discriminatoire, en direction d’un groupe de jeunes regagnant leur quartier après une rencontre avec d’autres jeunes avec pour but de rompre un cycle de violences qui a endeuillé Saint-Denis. Ce courrier pointe par ailleurs, que ce contrôle s’appuyait, selon les dires des forces de l’ordre, sur un arrêté du Maire qui n’était pourtant plus en vigueur au moment des faits relatés. Nous publions l’arrêté en question.

Monsieur le préfet, Monsieur le sous-préfet,

Je me permets de vous écrire pour vous conter ma soirée du mercredi 24 janvier 2024. Ce qui s’est passé m’interroge fortement et le citoyen de 69 ans que je suis a été très choqué.

Voici le récit de cette soirée.

Suite aux drames de la semaine passée dans ma ville de Saint-Denis ou 2 adolescents sont morts suite à des rixes, plus des blessées plus ou moins grave dans plusieurs quartiers, des jeunes investis dans une association ont pris l’initiative de prendre contact avec leurs pairs du quartier des Francs Moisins pour une rencontre au sein de l’antenne jeunesse (en présence au début de cette réunion d’une élue de la majorité municipale). Les parents ont été associés à cette démarche.

Lundi 22 janvier 2024, les jeunes des 2 quartiers s’étaient déjà réunis pour se parler et entendre la parole des plus vieux qui leur ont demandé de stopper ces violences.
Les quartiers voisins suite à cette première réunion ont décidé de nous inviter à cette réunion du mercredi 24 janvier 2024.

Nous nous sommes donnés rendez-vous à 17 h dans le quartier Plaine au Pont de Soissons pour nous rendre aux Francs Moisins, ensemble, nous n’étions pas loin de 50 personnes. Arrivés à l’antenne jeunesse la salle était comble. Des paroles fortes et émouvantes ont été dites. Des témoignages de mères, de grands témoins qui appelaient unanimement à stopper ces violences et à construire des projets collectifs.

La rencontre à l’antenne jeunesse.

La rencontre a pris fin vers 19h30 après ces grands moments d’échanges.

Le groupe de La Plaine parents et jeunes a décidé de rentrer à pied ensemble.
Nous marchions groupés tout en discutant.

Et là se produit une intervention policière sur le pont Pressensé.

Un équipage de police arrive, sort de la voiture et très rapidement vient à notre rencontre et nous demande vigoureusement de nous coller à la barrière du pont (situation peu confortable je vous l’avoue) et nous ne comprenions pas le pourquoi de cette injonction au contrôle.

En tant qu’adulte responsable accompagnant ce groupe, je me présente à un policier et lui explique le pourquoi de ce groupe et d’où nous venions.

Il n’a pas voulu en tenir compte. Il a ordonné un contrôle de tout le groupe…enfin pas tout à fait, puisque que j’étais au cœur du groupe, mais un policier plutôt vigoureux et autoritaire m’a ordonné de m’écarter et de sortir du groupe « pas de contrôle pour moi » un vieux blanc retraité alors que la grande majorité du groupe était de toute couleur.

J’ai argumenté face à cet homme que je ne comprenais pas pourquoi il m’extrayait du groupe. C’est alors que cet agent m’a poussé violemment à plusieurs reprises, j’aurais pu valdinguer.

Je n’ai eu aucun geste ou aucune parole agressive, juste des rappels de la loi.
Et que là, je voyais, en direct, un contrôle discriminatoire.
D’autant plus qu’une voisine qui nous a rejoint quelques minutes plus tard, blanche et blonde, a eu le même traitement ; alors qu’elle voulait présenter sa pièce d’identité l’agent l’a envoyé balader verbalement.

Ensuite la situation s’est tendue puisque le jeune initiateur de la rencontre, qui argumentait tout comme moi sur notre incompréhension du motif du contrôle, a été emmené à la voiture avec une clef de bras. Le policier s’est collé à lui, sans respect de sa bulle intime. Le policier a pris prétexte tout en lui disant « on se connaît » de cet échange tendu entre lui et le jeune pour lui faire une clé de bras puis l’emmener dans la voiture de la police.

Nous avons demandé poliment que les policiers lui rendent sa liberté.
Ensuite de nombreux échanges ont eu lieu entre policiers et membres du groupe, les policiers ont avancé des règles contraires au droit.
La méconnaissance de la loi de certains policiers m’interroge.

Dans ces échanges les policiers, nous assènent un argument massue : l’arrêté du Maire qui avait été prolongé de 48 heures suite au premier qui prenait fin lundi à 12 h. Ce qui faisait que ce deuxième arrêté finissait ce mercredi 24 janvier à 12 h. Il était 20h 05, ce mercredi 24 (photos à l’appui).

J’en ai déduit que l’argumentation était fallacieuse.

Ensuite d’autres équipage sont arrivés, tout le groupe est resté calme malgré cette situation désagréable.
Après avoir libéré le jeune, ils sont passés à la deuxième phase de leur procédure de contrôle avec la mise dans les véhicules de 4 mineurs, qui nous avaient accompagné à la réunion, direction le commissariat de La Plaine. Et nous avons patienté une bonne heure avant que tous ressortent. Pourtant, les 3 premiers parents sont arrivés en même temps que nous. Et la mère du dernier un peu plus tard.

Quelle punition ? Très pénible pour des parents qui pour certains étaient encore au boulot et forcément un peu en panique pour récupérer le grand ado de 16, 17 ans.
Nous avons fini cette soirée qui se voulait positive, pour avancer sur ces problématiques, par ce contrôle contre-productif à 22h 20.

J’ai pu mesurer qu’un adulte plutôt âgé et blanc n’était pas traité exactement de la même façon et tout cela devant ces jeunes qui s’interrogent sur la notion de République.

Que c’est dommage…

Cordialement,

Un habitant du quartier La Plaine Saint-Denis,
Monsieur Clément Jean-Jacques qui croit encore à notre devise nationale
« Liberté, Egalité, Fraternité »

On peut lire iciun article de Céline Beaury, du BondyBlog, qui rend compte de la réunion qui s’est tenue à l’antenne jeunesse des Francs-Moisins, dans le cadre d’un entretien avec Diangou Traoré, co-initiatrice de la rencontre, habitante des Francs-Moisins et militante associative.