Vous avez dit GPIS… C’est quoi ça ? La police de Plaine Commune Habitat présente dès ce mois d’août

, par Jean-Marc Bourquin

Et de trois. Alors que sur l’espace public interviennent déjà les Gardes de l’Espace Public (GEP), dorénavant en plus de la Nationale, de la Municipale, voilà maintenant une nouvelle entité (armée elle aussi) chargée de faire la police. Ce sont les « rondiers » du GPIS (Groupement Parisien Inter-bailleur de Surveillance) qui vont intervenir sur le patrimoine du bailleur Plaine Commune Habitat (PCH). Dès ce mois d’août 2023, une partie de celui-ci est concernée.

Voilà donc les « rondiers ». Le dictionnaire les définit ainsi : « personne dont le métier ou bien encore l’activité consiste à effectuer des rondes de surveillances d’un site afin de pouvoir en assurer la sécurité, et prévenir d’éventuelles intrusions ».

L’orientation prise par l’office public en 2021 d’une stratégie « de tranquillité résidentielle et de sécurité » ou plutôt de pleine adaptation et collaboration aux politiques sécuritaires engagées par les villes et les préfectures se poursuit et s’amplifie.

Cela se traduit concrètement par le renforcement du partenariat Police-Plaine Commune Habitat, les procédures de résiliation de bail qui peuvent conduite à punir toute une famille pour des faits imputables à une seule personne, les remontées d’informations par le personnel de proximité, la systématisation de la vidéosurveillance dans les parkings pouvant conduire au partage des flux d’images avec les centres de supervision urbain (CSU) comme celui qui a été créé à Saint-Denis.
L’intervention en soirée des « rondiers » est une pierre supplémentaire à l’édifice.

Pour ce faire, le conseil d’administration de Plaine Commune Habitat a ratifié la convention relative à la sécurité et à la prévention de la délinquance et de la radicalisation dans le logement social en Seine-Saint-Denis, élaborée par le préfet, le procureur de la République, et les représentants de l’Association des Organismes de logement social en Région Ile-de-France (AORIF) – émanation départementale de l’Union sociale de l’habitat (USH) – afin de donner un cadre légal à cet ensemble de mesures.

Médiation ou répression ?

Plaine Commune Habitat a fait le choix du GPIS-GIE, groupement d’intérêt économique mis en place par la ville de Paris et une douzaine de bailleurs, pour intervenir sur son patrimoine. Pour le moment c’est à titre expérimental, pour une durée de 6 mois à partir d’aout 2023 et seulement sur 20 sites comprenant un peu moins de 3300 logements sur les 20 000 que possède le bailleur. Mais l’objectif évidemment c’est de pérenniser et d’étendre le dispositif.

Une sélection des sites a été faite pour cette expérimentation, à partir d’un classement en 4 niveaux, du site « tranquille » marqué en vert au site « intense où le climat de tension est installé et où l’activité délinquante organisée génère des violences/attroupements réguliers liés à des trafics et heurts » évidemment marqué en rouge. Les 20 sites sélectionnés sont tous situés à Saint-Denis et pour moitié au centre-ville (voir les documents dans le portfolio).

Créé en 2004 le GPIS intervient donc sur Paris mais avec des objectifs de « métropolisation » et d’intervention sur les communes de la petite couronne. Il se vante dans son bilan 2022 d’avoir réalisé 54 712 missions pour l’essentiel consacrées à « l’éviction » de 71 509 personnes des halls, des parties communes et des espaces qui dépendent du bailleur, toujours sur la base d’appels de locataires. La cible ? Les regroupements de jeunes.

Ces policiers du bailleur, les « rondiers », souvent anciens policiers ou militaires, constitués en patrouilles, habillés en bleu avec gilets pare-balle, bâtons de défense et gazeuses, interviennent en continu, 7 jours sur 7, de 16h à 4h du matin. La loi de sécurité globale de 2021 leur a, de plus, donné le droit d’être assermentés et donc de pouvoir verbaliser les infractions liées aux détériorations, à l’abandon des déchets ou l’épanchement d’urine.

On est donc bien loin du rôle de médiation qu’assuraient les médiateurs de nuit sur l’espace public que la nouvelle municipalité à supprimer au profit de postes de policiers municipaux. Ils faisaient eux aussi une sorte de ronde afin de prévenir des conflits de voisinage, de mettre le holà à une possible rixe, de faire cesser des nuisances sonores.

L’équipement des GPIS donne tout de suite le ton de l’esprit des missions qui leur sont confiées ainsi que leur conception de la « médiation » qui se veut « d’autorité sinon évacuation du ou des fauteurs de troubles » ou « dissuasive envers groupe d’individus en vue de les faire déguerpir ».
Le terme même de médiation est vidé de son sens, adossé qu’il est à des qualificatifs qui le rend caduc.

Ce fut d’ailleurs un des éléments du débat au conseil d’administration de Plaine Commune Habitat du 19 avril 2023 à l’issue duquel les élus – au titre du DAL et de la CNL – représentants des locataires ont voté contre, le représentant de l’association Vivre Mieux à PCH s’abstenant ainsi que l’ancien président de PCH et maire de Saint-Denis, Laurent Russier.

Une fuite en avant sécuritaire coûteuse

L’affaire n’est pas gratuite. Le devis présenté par le GPIS à PCH pour cette expérimentation de 6 mois est de l’ordre de 200 000 euros, qui vont se rajouter pour le bailleur aux investissements en caméra de surveillance pour la sécurisation des parkings, ainsi qu’à la création d’une nouvelle direction dite de la tranquillité résidentielle et de la sécurité et au recrutement de personnel qui en découle. Et si de réels problèmes se posent quant à la sécurité des biens et des personnes dans les parkings ou caves du patrimoine du bailleur, on cherchera en vain sur le site du GPIS un bilan qualitatif de son activité.

Où les problèmes ont-ils été résolus ? Quel quartier a été « apaisé » selon la terminologie à la mode ? Déplacer des groupes de jeunes du bas des immeubles un jour pour recommencer le lendemain permet de faire du chiffre mais pas de résoudre quoi que ce soit.

Dans le même ordre d’idée ce qui est frappant c’est l’absence des locataires, des habitants, dans ce dispositif. Ils sont cantonnés à un rôle de dénonciation des regroupements pour demander l’intervention des rondiers. Comme s’il était possible de modifier la donne dans nos résidences sans les habitants eux-mêmes, les principaux intéressés.

Mathieu Hanotin, maire de Saint-Denis, qui a fait le choix du tout sécuritaire pour « équilibrer » la ville, au mépris des services publics municipaux qu’il désosse méthodiquement, de l’accompagnement de la jeunesse, du soutien à l’école, rajoute une pièce à son dispositif en plein accord avec son adjoint et président de PCH, Adrien Delacroix. Et cela après la dotation en armes de poing de la police municipale – chiens policiers compris – l’accélération des recrutements et l’objectif de 400 caméras de vidéo-surveillance dans toute la ville.

Le débat avait déjà eu lieu en octobre 2021 au conseil municipal, la majorité municipale adoptant le versement d’une subvention de 20 000 euros au GPIS au titre de l’année 2021 “afin d’initier une étude de préfiguration d’une antenne locale du GPIS sur la commune de Saint-Denis“. Le groupe d’opposition Saint-Denis à gauche votant contre.

Embarquer le bailleur dans cette aventure est une impasse. Le logement social est un espace collectif, un lieu commun où les habitants partagent beaucoup plus au quotidien que le logement, les espaces communs, les charges et les loyers. Croire que l’on peut faire sans les locataires est illusoire et ne sera pas sans conséquences négatives.

Assigner ses locataires à un rôle d’informateurs, voire de délateurs auprès des équipes GPIS est même insensé parce que cela ne fera qu’aggraver la défiance vis-à-vis du bailleur, mettra en difficulté son propre personnel et n’aidera en rien la mobilisation essentielle des locataires pour la maitrise démocratique de leur quotidien, des espaces de vie de leur propre quartier.

Ne pas avoir un seul instant envisager de dédier le budget dégagé (400 000 euros en année pleine) à de véritables missions de médiation dit beaucoup de la manière dont le bailleur pense son rôle. Il espère imposer une tranquillité résidentielle, rêvée et imaginaire, par la menace de la matraque télescopique et de la gazeuse. Il est permis d’en douter.

Jean-Marc Bourquin
Administrateur DAL à PCH, représentant des locataires.