L’assistance était nombreuse. 3000, 3500 personnes ont rempli une salle des « Docks de Paris » à Aubervilliers. La précision sur le lieu où s’est déroulé le meeting a son importance. C’était en effet un meeting réunissant celles et ceux qui ont emprunté ou franchi le périphérique pour se retrouver à Aubervilliers. Sociologie très parisienne dont les quartiers nord-est de la capitale étaient exclus. Quant à y croiser Aubervilliers, n’en parlons pas.
Remplir une salle de meeting d’une « France qui va bien » – très bien même –, dans une ville populaire, parmi les plus pauvres relève à la fois d’une forme de cécité politique sur l’état du pays et sur les enjeux fondamentaux auxquels nous sommes confrontés.
Une forme de cécité volontaire et assumée. La sociologie de l’assistance concordait point par point avec les cibles électorales désignées dans un note interne de Place Publique. De ce point de vue le meeting était une réussite. Toutes celles et ceux qui ne constituent pas une cible électorale pour Place Publique n’étaient pas là.
En bloc et en détail : La France qui galère, La France qui souffre, celle qui a du mal à se loger, La France des petits salaires, des pensions aux rabais, des revenus précaires.
La note interne divulguée le mois dernier évoquait explicitement les catégories à éviter :
« Les 18-25 ans, les CSP−, [salariés à] moins de 1 500 euros, seuls avec enfants, [diplomés uniquement du] bac, [résidant dans] les banlieues, les Hauts-de-France, en Paca + Corse, le Grand Est [ceux qui votent] à droite (LR, RN…) ou LFI “dur” (les “fidèles” de Mélenchon). »
De ce point de vue ce n’est pas difficile de répondre à ce positionnement stratégique, ce n’est pas tant Place Publique qui délaisse ces catégories que ces catégories qui – de toute façon – ne se reconnaissent en rien dans le positionnement de Place publique.
Les jeunes présents, pour certains costume-cravate – un samedi de forte chaleur ! – s’ils sont de mise, n’égalent pas en nombre, loin de là, la forte proportion de retraités dans l’assistance, catégorie qui ne doit pas connaitre la difficulté des fins de mois.
La sociologie de l’assistance, bien qu’homogène, est hiérarchiquement déclinée dans l’organisation de la salle. Les trois premiers rangs, au pied de l’estrade, sont réservés aux VIP, en gros tout ceux qui peu ou prou ont tenu les rennes du pouvoir ces 10, 15, ou 25 dernières années et qui portent la responsabilité de l’état et du pays et de la gauche.
Eléphanteaux du PS, vieux briscards, ex-macroniste toujours macroniste, compagnons de route du social-libéralisme. A des degrés divers mais la potion est la même.
Leurs noms sont disposés sur les chaises.
On y trouve pêle-mêle ceux de Sacha Houlié, Agnès Buzyn, Carole Delga, Yannick Jadot, Marisol Touraine, Jean-Marc Germain, Michaël Delafosse, Bernard Cazeneuve, Laurence Rossignol, Aurélie Filippetti.
Anne Sinclair est déjà là. Bernard Kouchner aussi. On est à deux doigts de croiser DSK.
Puis toujours sur le parterre, de nombreuses rangées de chaises sur lesquelles le mot invité est posé. Sur les gradins, les cibles électorales de Raphaël Glucksmann.
Ni gueux, ni sans-dents.
Vu l’état de la gauche et la menace de l’extrême-droite, on se demande comment redresser la barre ?
Comment un Raphaël Glucksmann ou un Karim Bouamrane, on arrête là, la liste est trop longue, pourrait amener ou ramener aux urnes toutes celles et ceux qui ont déserté depuis bien longtemps l’offre politique qu’ils portent et dont les années Hollande ont été la pleine expression ?
A ce stade il n’y a aucune garantie que la gauche soit présente au second tour. Juste une certitude, la multiplication des candidatures dites – de gauche – conduira à la même situation qu’en 2002.
Attentif aux arrivées dans la salle, je n’ai croisé qu’un seul dionysien. Nous sommes deux. Lui et moi.
Lui, un soutien de Mathieu Hanotin lors de la campagne des municipales. Le bref échange qu’on a eu m’a sidéré sur la confusion politique profonde qui semble s’être emparée d’une partie de la gauche.
En cas de duel de second tour Bardella-Mélenchon, ce dionysien s’abstiendra, me dit-il avec fermeté.
Que dire ?
La présence d’un éternel porteur à bout de bras, depuis des années, de pancartes ornées de slogans colorés et souvent radicaux n’aura pas contribué à me rassurer. Tout au contraire.
On en est là. Il reste 10 mois.
PS : Il va de soi que le fait de n’avoir croisé qu’un seul dionysien – pendant une heure et quelque à l’entrée des Docks de Paris – n’équivaut pas à la réalité du nombre de dionysiens présents à ce meeting ayant réuni entre 3500 et 4000 personnes selon les organisateurs. Des adhérent.e.s et militant.e.s dionysien.ne.s de Place Publique y étaient, me précise-t-on ce lundi matin.





