Alain Krivine, figure de gauche, dionysien au cœur

, par Patrick Vassallo

Le décès d’Alain Krivine, samedi 12 mars, a suscité un immense flot de réactions et de témoignages. Au plan national bien-sûr et dans toute la gauche. Mais particulièrement à Saint-Denis, où il résidait et avait élevé ses filles. Nombreux sont les dionysiens et les dionysiens qui ont exprimé leur tristesse et évoqué leurs souvenirs.

Une photo réalisée par Jean-Marc Bourquin, proche et compagnon politique d’Alain Krivine, militant du DAL et de bien d’autres causes révolutionnaires.

Avec le MRAP, via Pascal Lacroix et Agnès Cluzel, les sans-papiers, nombreux sont les souvenirs partagés par Dominique Brousse, qui avec Silvia Capanema et d’autres, évoquent son internationalisme et son soutien à la Palestine. Adjera Lakehal rappelle que « même affaibli, il avait assisté à la rencontre de Maison Commune que nous avions organisé à l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris » ; c’était l’une de ses dernières apparitions à l’occasion d’un événement public. De son côté, Dominique Sanchez évoque le respect d’Alain Krivine à l’égard de l’équipe du JSDD.

Beaucoup soulignent sa droiture :« Resté jusqu’au bout fidèle à ses idées, contrairement à bien d’autres, et à ce titre mérite un grand respect » publie Pierre Ivorra, un de ses anciens voisins.
D’aucun.e.s soulignent leur proximité : « J’ai l’impression qu’une partie de mon histoire politique s’éteint » écrit Sonia Pignot. Jean Brafman salue « un homme véritable, modeste, ouvert, ferme sur les principes, la classe ouvrière d’abord, humain. Un parcours, une histoire depuis l’enfance qui résonne tellement avec la mienne. Un partage inouï. » Une présence militante que confirme Jacques Marsaud, ancien secrétaire général de la Ville et de Plaine Commune, et Gilles Hénique, fondateur et vice-président de Franciade.
Nombreux sont celles et ceux qui indiquent l’importance d’Alain dans leur propre parcours militant, François Longérinas et Robert Hirsch soulignent leur respect et leur attachement à la personne, « même quand on a été en désaccord, on ne lui en a pas voulu. Parce qu’il était d’une totale sincérité. »

« Avec Alain, militant déterminé, être rare , un bout d’âme de Saint-Denis s’envole » poste P.Vassallo, et plusieurs, comme Jean-Jacques Clément, rappellent sa présence au marché de Saint-Denis, le dimanche. « un visage amical de voisinage dionysien » nous écrit Alain Bertho.

Les responsables politiques locaux n’ont pas manqué de saluer sa mémoire : Bally Bagayoko, Sofia Boutrih, Eric Coquerel, Zaiha Nedjar, Azzédine Taïbi ou Stéphane Peu, un ancien voisin aussi. Ou encore Silvère Rozenberg d’Aubervilliers et Patrice Bessac, maire de Montreuil. Si le silence à droite ne surprend guère, on pourra s’étonner de l’extrême discrétion du maire de Saint-Denis.

Les obsèques d’Alain Krivine auront lieu au Père-Lachaise lundi 21 mars à 15h30. Un défilé partira de Nation et Françoise Davisse nous précise que « le NPA propose aux camarades une marche pour rejoindre le cimetière. Elle partira de la Place de la Nation à 14h et empruntera l’avenue Taillebourg, le boulevard de Charonne, la rue d’Avron, la rue des Pyrénées, la Place Gambetta… pour arriver au cimetière. Il y a aura une banderole et les portraits d’Alain en tête, ensuite seulement des drapeaux. Avant l’entrée du cimetière banderole et drapeaux seront pliés. »

Après la cérémonie, les camarades qui le souhaitent pourront se retrouver ensemble au « Lieu Dit », café alternatif et militant du 20e.

Figure de la gauche radicale, révolutionnaire, militant déterminé jusqu’au bout, Alain Krivine le dionysien est resté profondément fidèle et héraut de l’ADN de la ville et de son camp social.

Patrick Vassallo
Photo : JMB

Pour saluer la mémoire de notre ami et camarade de comité Alain Krivine, nous publions le texte hommage de notre camarade Théo.
Alain Krivine, notre ami et camarade de Saint-Denis
Alain, par ton vécu et ton action, tu es devenu le symbole du leader révolutionnaire internationaliste, fidèle à tes idées du début jusqu’à la fin. Tu étais la mémoire de la solidarité internationale et des luttes anti-impérialistes et anticoloniales en Algérie, au Vietnam, en Kanaky... Tu étais le plus proche, le plus vivant, le plus accessible, le plus authentique de ceux qui ont fait Mai 68. Tu étais la continuité combative des luttes sociales et politiques pour un monde meilleur.
Pour nous, à Saint-Denis, tu étais aussi notre camarade, notre voisin, notre ami, tu étais notre ainé bienveillant. Je me rappellerai toujours, quand nous sommes arrivéEs à Saint-Denis en 1992, que vous étiez les premiers, Michèle et toi à nous accueillir chez vous. Tu étais heureux de retrouver à Saint-Denis ton camarade ‘’Thomas’’ du groupe de La Sorbonne, des JCR, de Mai 68 et des autres luttes et aventures communes des trente années passées. Trente ans plus tard, tu étais toujours, avec nous, à Saint-Denis.
Alain, tu participais avec assiduité aux réunions du comité, tu prenais la parole, pas en donneur de leçons mais pour donner tout simplement une analyse politique optimiste à nos questionnements et à nos doutes de militantEs, au travail, dans les quartiers, dans des collectifs et des luttes de toute sorte…
Alain, tu étais là pour les luttes politiques nationales et internationales mais tu étais là aussi pour les luttes locales pour le logement, la réquisition de La Poste, l’occupation de la Basilique avec les sans-papiers.
Alain, tu étais notre vendeur de Rouge et d’Anticapitaliste préféré. Toujours fidèle au rendez-vous dominical des Quatre rues, lieu ‘’historique’’ de rencontres militantes au marché de Saint-Denis. Pendant longtemps, c’est toi qui apportais les journaux, avec une ponctualité exemplaire. Les Quatre rues, un point de rencontre entre camarades mais aussi avec des DionysienNEs et autres militantEs. Tu saluais en utilisant ton anglais ‘’parfait’’ : Hello, how are you ? ou Kalimera avec ton grec approximatif (surtout si tu venais de rentrer d’une rencontre internationaliste à Athènes). Tu avais toujours ton grand sourire, tu discutais tout simplement avec nous et avec tout le monde. Tu discutais politique mais aussi famille. Tu demandais des nouvelles du père, de la mère, de la fille, du gendre, des petits-enfants… Alain, tu étais l’ami qu’on retrouvait à l’Ecran, le dimanche après-midi, le voisin qu’on croisait à Carrefour ou au parc de la Légion d’honneur.
Dimanche dernier, nous étions à nouveau aux Quatre rues mais sans toi, pour toujours. Même si depuis deux ans tu ne venais plus, cette fois-ci, on savait que c’était définitif : tu n’allais plus jamais revenir pour la vente au marché. Plusieurs DionysienNEs sont passéEs nous voir, pour manifester leur sympathie et leu solidarité, saluer ta mémoire, l’homme, le militant, le Dionysien que tu as été pendant des décennies.
Dans les très nombreux hommages de ces derniers jours au niveau local, national, international, tout le monde parle de ta fidélité à tes idées, de ton rôle dans le mouvement révolutionnaire en France et à la 4e Internationale. Ils parlent de ton absence de sectarisme, de ton humanisme, de ton grand cœur. Nous ne pouvons que partager ces hommages.
Nous, tes camarades et amiEs de Saint-Denis, qui avons eu cette chance exceptionnelle de partager avec toi réunions, dilemmes, questionnements, luttes, ventes du journal, diffusions de tracts, repas, moments de convivialité et d’amitié, moments de chagrin et de joie, nous voulons te dire que nous t’aimons, que tu nous manques mais que tu seras toujours dans nos cœurs et dans nos luttes.

HASTA SIEMPRE COMPANERO !

Théo du comité NPA de Saint-Denis

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