Conseil municipal du 16 avril. Les Tartuffes

, par Michel Ribay

Les conseils municipaux prennent peu à peu leur rythme de croisière. C’est toujours le jeudi. Le dernier c’est tenu le 16 avril. Maintenant que les groupes politiques sont dûment constitués les débats vont faire apparaitre nuances, convergences et lignes de fractures. Pour ce conseil on retiendra les propos de quelques Tartuffes et autres impostures.

Pour l’entame, nous passerons rapidement sur les conseils d’organisation et de définition des périmètres des délégations assénés par Kader Chibane. Quoique. A la réflexion, il est vrai que compte-tenu de son bilan en tant qu’élu, en tant qu’adjoint au maire à la coopération de 2016 à 2020, en tant que conseiller territorial délégué à l’insertion urbaine des autoroutes dans la mandature précédente, c’était la personne toute désignée à consulter en vue de construire un exécutif lisible, pertinent et surtout efficace. Toutes les collectivités n’ont pas cette chance.

Plus que la formation d’un exécutif efficient, c’est la place des femmes en politique, dans les exécutifs, mais pas que, qui a constitué un "temps fort" de son intervention. Un exercice comptable sur la parité. 23 hommes et seulement 19 femmes dans l’exécutif a-t-il compté. Kader Chibane est chagrin. Forçant le trait il aurait pu crier au scandale.

Le même, dernièrement et jusqu’au 15 mars dernier, était cumulativement conseiller municipal, conseiller territorial délégué, toujours conseiller régional, président du groupe dit « écologiste » à la ville, président du groupe Écologistes et citoyens à Plaine Commune, président du pôle écologiste au conseil régional. Etait-il gêné d’un tel cumul – masculin – de responsabilités ?

A Plaine Commune, Dina Déffairi-Saissac n’était-elle pas à la hauteur pour présider le groupe ? Cette dernière est pourtant adhérente du groupe local des écologistes audoniens autrement bien plus actif que celui de Saint-Denis dont Samia Lakehal, l’épouse de Kader Chibane, est co-secrétaire.

A la Région, le pôle écologiste est composé de de 17 élus dont 11 sont des femmes. Une femme le préside ? Non. Kader Chibane en est le président.

Tout cela permet d’apprécier à sa juste valeur les conseils de Kader Chibane, sa cohérence et sa hauteur de vue affichée en matière de parité et de place des femmes dans les exécutifs. Son idéal ? La parité chabadabada ?

Dans la série des tartufferies, Mathieu Hanotin n’a pas été en reste. Un point semblait particulièrement l’inquiéter lors de ce conseil : l’opposition serait-elle représentée dans l’association « Suivez la flèche ». L’ex-maire peut être rassuré, le nouveau, Bally Bagayoko, a bien confirmé que l’opposition serait représentée au conseil d’administration de l’association.

Mathieu Hanotin n’a pas, on s’en souvient, fait preuve d’autant de respect du pluralisme dans la représentation de l’ensemble du conseil municipal au sein des organismes puisqu’il a catégoriquement refusé que l’opposition dispose d’un siège dans le Fonds de dotation « Ambition Saint-Denis ».

Mathieu Hanotin est donc rassuré, la nouvelle municipalité a l’esprit plus large que le sien en matière de pluralisme. Etre pleinement rassuré était son objectif, pleinement car la moitié du chemin était déjà effectué : le directeur général de l’association étant son ancien directeur de cabinet adjoint détaché en cours de mandat pour … suivre la flèche. Malin.

Dernier tour de piste. Sonia Bennacer. Sur « les conditions d’exercice de la démocratie locale ».
La même qui n’a pas hésité à mettre en œuvre une absorption-fusion de sa ville avec Saint-Denis sans aucune consultation des habitants, Sonia Bennacer refuse « une démocratie à deux vitesses » et livre une ôde à la proximité avec une revendication : disposer à Pierrefitte d’un bureau pour l’opposition.

Contrairement à ce que l’ex-majorité municipale, à laquelle appartenait Sonia Bennacer, avait pratiqué, le groupe PS, succursale et affiliés disposera d’un bureau à Saint-Denis et à Pierrefitte.

Des propos qui n’ont pu que choquer Bakary Soukouna qui ne s’est pas privé de rappeler que Mathieu Hanotin avait refuser d’accorder un bureau pour les élus d’opposition de son groupe.

Ce conseil avait la particularité de permettre « des interventions conclusives » de chaque groupe.

Pour ce qui concerne le groupe PS, succursale et affiliés, au regard des interventions précédentes, Katy Bontinck n’a pas eu de difficultés à élever le niveau du débat en pointant judicieusement deux éléments. L’un concernant l’hébergement d’urgence, l’autre la question du financement des politiques en matière de résorption de l’habitat insalubre.

Le communiqué de la ville résumant l’interpellation du maire en direction de l’Etat, comportant, selon Katy Bontinck une ambiguïté quant à cette compétence régalienne en ce qu’il demandait « Le besoin d’appui de l’État en matière d’hébergement d’urgence, et d’un accompagnement à la
hauteur des efforts consentis localement » et l’absence d’une référence à la lutte contre l’habitat indigne et insalubre.

Il ne fait pas de doute, si les mots ont encore du sens, que si le communiqué ne fait pas explicitement référence à ce dernier point il comporte un alinéa incluant cette question majeure : « Les contraintes budgétaires aggravées par des pertes de ressources importantes et des mécanismes de dotation défavorables ». Il eut été facile de renvoyer à l’intervenante le vote par le groupe PS à l’Assemblée d’un budget amputé pour les collectivités locales. La majorité s’en est dispensé.

Concernant l’hébergement d’urgence, c’est bien une compétence de l’Etat et le rééquilibrage des dispositifs de sa mise en œuvre à l’échelle de la Métropole, de l’Ile-de France est indispensable et doit être systématiquement réaffirmé.

Pour autant, et c’est sans doute le sens du communiqué, les dispositifs en œuvre sur le territoire ne peuvent-ils disposer « d’appui, d’un accompagnement à la hauteur des efforts consentis localement » ?

Faute d’être rentré dans les détails du sujet ce 16 avril, on y reviendra assurément.

Le mandat dure 7 ans. C’est long. 7 ans de réflexion, de débats et d’actions, on prend, mais de grâce qu’on nous épargne les tartufferies.