Face au racisme, riposte, combat politique ou moraline ? Retour sur le rassemblement du 4 avril.

, par Michel Ribay

Le rassemblement du 4 avril face à la déferlante de haine raciste suite à l’élection de Bally Bagayoko comme maire de Saint-Denis a donné lieu sur les réseaux sociaux à de nombreux commentaires. Parmi ceux-ci, on a pu remarquer ceux de membres de l’ex-majorité municipale engagés dans la campagne de Mathieu Hanotin. Premiers enseignements.

Sous des apparences d’un discours qui se veut consensuel, au nom d’un attachement à des valeurs morales qui devraient « transcender les clivages politiques », Didier Rastocle, ex-élu pierrefittois, membre de l’ex-majorité municipale de la commune nouvelle est revenu, il y a quelques jours sur Facebook, sur le rassemblement du 4 avril, sous le titre : "Anti-racisme ou prétexte ? Ce que le 4 avril a révélé".

Comment qualifier le propos tenu : naïveté feinte ou réelle, carence d’analyse sur l’enjeu ou bataille idéologique ? Il y a un peu de tout cela et en particulier beaucoup de ce qui s’apparente à une mauvaise polémique contre la nouvelle majorité.

Didier Rastocle est de ceux qui s’insurgent des propos qu’a tenus Aly Diouara, nouveau maire de La Courneuve, sur la place Victor Hugo le 4 avril. On peut partager l’interrogation voire le rejet de la véhémence du propos tenus par Aly Diouara à l’égard du parti socialiste, la forme, le choix des mots utilisés, pour autant, faut-il accorder aux propos de Didier Rastocle l’importance qu’il veut donner à sa dénonciation de la "violence".

Dans la balance que pèsent des mots au regard des faits. La mémoire compte en politique. Ainsi, Didier Rastocle, écologiste, aurait-il oublié la violence politique qui s’est exercée de la part de ceux dont il prend la défense, ses alliés d’hier entre 2012 et 2017 et d’aujourd’hui ?
Oublié Rémi Fraisse ? Oubliés l’état d’urgence au moment de la COP 21, les perquisitions, les assignations à résidence ? Oubliée la loi travail ? Oubliées les nasses policières ? Oubliée la rétention administrative étendue aux familles, la durée de cette dernière allongée ? Oublié l’article L435-1 du code de la sécurité intérieure, un article de loi qui tue initié par Bernard Cazeneuve ?Oubliés tout cela ?

Lisons ce qu’écrit Didier Rastocle.

« Cette manifestation n’aurait pas dû être partisane. Elle aurait dû être un moment de rassemblement citoyen, sans tribunes politiques, sans règlements de comptes internes. Ce n’est pas ce qui s’est passé. J’ai affirmé à plusieurs reprises, et je le maintiens, que la lutte contre le racisme et les discriminations devrait être un point de convergence au-delà de toute famille politique. C’est une conviction sincère. » « La lutte contre le racisme et les discriminations devrait être un point de convergence au-delà de toute famille politique. »

Etes-vous un grand naïf, aveugle par choix ou ignorez-vous que des familles politiques se nourrissent du racisme, que certaines ont été fondées sur ce socle. Que ces dernières ont été rejointes par un abandon progressif de valeurs que professait la droite, par un effritement continu et aujourd’hui accéléré du supposé cordon sanitaire pour faire place à une logorrhée politique qui de Retailleau, des rives de Ciotti, en passant par Darmanin, Wauquiez ou Philippe de Villiers ensemence le préjugé raciste, xénophobe, islamophobe, choux gras quotidien des médias qu’ils financent, promotionnent et exonèrent de toute responsabilité.

Une petite musique de fond, une basse continue reprise jusqu’au dernier meeting de la liste "Réussir Ensemble" trois jours avant le premier tour, Mathieu Hanotin évoquant le spectre du séparatisme à propos de la liste " Ensemble, retrouvons l’espoir ”.

A moins de substituer au combat politique la moraline, à l’état réel du monde et des rapports de forces, une fiction désarmante, dire « les discriminations devrait être un point de convergence au-delà de toute famille politique » se révèle un vœu pieux et témoigne d’une grande cécité politique.

Votre positionnement vous conduit à faire fausse route : « On ne lutte pas contre le racisme en s’en servant comme d’un levier politique partisan. On le dégrade. On le vide de sa force morale. Et c’est ce qui s’est passé samedi. »

Le combat antiraciste se résumerait à une force morale ? La morale fait-elle reculer les commentaires racistes anonymes sur Facebook ? Est-elle efficiente face à la propagande xénophobe, anti-migratoire, islamophobe quotidienne des médias ? Dans l’histoire, la résistance morale, individuelle ou collective aussi digne soit-elle, comme l’ont été « Les Justes parmi les nations » n’a pas été suffisante pour mettre un terme à la force brute, à l’innommable.

Plus loin, vous écrivez : « Dans un territoire déjà profondément divisé, on a choisi d’ajouter de la division au nom de l’unité. C’est le comble. »

Qu’entendez-vous par « un territoire profondément divisé » ? S’agit-il d’un constat électoral ? Oui, des visions divergentes de l’avenir se sont affrontées et au final un bilan très sévèrement sanctionné. Les Dionysiens et Pierrefittois ont tranché. Et dans un sens qui ne vous a pas été favorable.

Depuis le 15 mars, le parti socialiste local se fait discret. Ses représentants au conseil municipal optent pour le retrait jusqu’au choix de la coprésidence de leur groupe d’opposition. Le Facebook de Mathieu Hanotin est suspendu, un profil à son nom n’affiche que des photographies de l’ex-maire et le lieu de résidence indiqué est l’Ile-Saint-Denis…, un autre est rattaché à son ancien mandat départemental…

Concernant les affidés de ce dernier, on vous fait crédit Didier Rastocle, étant Pierrefittois, de ne pas être au courant des diverses turpitudes des dits « écologistes » dionysiens fidèles à eux mêmes. Leur absence d’activité politique, de participation aux luttes n’a d’égale que leur rituelle apparition à chaque échéance électorale. En être est le seul objectif. Au total pour l’écologie un bilan insignifiant.

PS : Didier Rastocle, élu estampillé écologiste de Pierrefitte s’était prononcé publiquement en faveur de la fusion des deux collectivités. Les écologistes pierrefittois s’étaient divisé à cette occasion entre les pour, les contre et les tenants de l’abstention.
Drôle d’approche pour les « écologistes » partisans de la fusion – sans aucune consultation démocratique – écologistes censés défendre des principes comme la proximité, la subsidiarité et qui d’ordinaire s’opposent à une métropolisation croissante. Le small is beautiful serait-il caduc ? La coopération intercommunale (Plaine Commune) ainsi jetée aux oubliettes pour un autre projet : grossir. L’objectif électoral de la manœuvre s’est avéré un échec de taille.

Article modifié à 14h11 le 15/04/2026 avec la mention de l’article de loi L435-&. Video de https://stopauxviolencesdetat.fr