Les services publics et les acquis sociaux, arrachés de haute lutte par des générations d’ouvriers et d’employés, ne résultent pas d’une grâce providentielle (Raoul Vaneigem).
« De Saint-Denis doit jaillir l’étincelle »
Luttes ouvrières, banlieue populaire, combats pour le logement, antiracisme : la ville-monde de Saint-Denis est militante. En ce printemps, puisant à la poésie d’Antonio Machado, à ces vers vivifiants pour qui tente un chemin ou en médite l’expérience , les insoumis ont voulu prédire, le 15 mars 2026 que « de Saint-Denis jaillirait l’étincelle » embrasant les cœurs de tout le pays. Le désormais fameux « un coup KO » de Bally Bagayoko, élu dès le premier tour maire de la ville de la Basilique, de la Légion d’honneur et du Stade de France, réalisa l’augure du refondateur de la gauche française dans la « ville des rois morts et du peuple vivant ».
Peuple vivant et cris d’Orfraie
Cette victoire municipale, le 15 mars, d’un héritier de l’immigration, riche d’espoirs , a déchaîné une violente campagne de presse raciste. On redécouvrit alors que le racisme pouvait s’afficher publiquement, massivement, impunément. Pareille submersion sembla autoriser de fait des interdits en droit. Hors-la-loi, la violence verbale sans frein prépare d’autres violences, dont affectent de s’indigner des propagandistes du faux en continu, des charlatans professionnels et boutiquiers idéologiques. On essentialise, naturalise, déblatère.
Un florilège morbide de déformations et outrances, de calomnies et diffamations a envahi les écrans de la désinformation, jusqu’aux plus extravagantes animalisations de bateleurs narcissiques . Les bonnes gens les oublieront, oui, les victimes un peu moins. Un joyau de la mauvaise foi « médiatique » mérite de rester dans les annales : l’attribution répétée à Bally Bagayoko d’une formule inventée sur une imaginaire conquête de Saint-Denis par un phénotype spécifique. Des allégations erronées et mensongères d’abord, cyniquement calomnieuses ensuite ont en effet prêté au nouveau maire la formule délirante de « ville des noirs », pour qualifier de façon répétée la cité de Paul Éluard, de Grand Corps Malade et du trio féminin LEJ ! Le candidat Bally Bagayoko avait déjà ironiquement prévenu que certains personnages publics et médiatiques, phobiques des différences, n’avaient peut-être « pas les mêmes yeux » ni les « mêmes oreilles » et généralisaient toute réalité selon leurs fantasmes ou intérêts.
La riposte en chantant, un 4 avril
Pareille séquence a remotivé l’opposition conceptuelle gauche-droite et motivé un rassemblement traditionnel, solidaire et fraternel le 4 avril, place Victor Hugo. Cette manifestation festive contre la division, l’exclusion et les stigmatisations racistes, eut lieu devant la Basilique des rois et la mairie des « peuples vivants ». Des milliers de Franciliens cheminèrent librement jusqu’à l’union, conversant et chantant en bien des langues pour partager également leur détermination solidaire et fraternelle. Le ciel dionysien lumineux de ce jour-là, les horizons ensoleillés et les ambiances dominicales du quartier de la Basilique ou de la Légion d’honneur offraient à tous des espaces improvisés de savoir-vivre traditionnel et novateur, de joie de vivre improvisée, de patrimoine à méditer.
La France entière et le monde mesurèrent alors la puissance d’un peuple conscient de ce patrimoine : la mémoire d’une histoire riche de parcours divers et comparables, la richesse de la diversité et d’un projet commun. Quel projet ? Celui de l’espoir de convaincre qu’on ne bâtit durablement que sur un fondement inclusif et collectif : l’identité se construit, se partage dans le temps et s’enrichit sans quête affolée d’une essence introuvable. Devant la Basilique à Saint-Denis, des milliers de citoyens ont ressenti la seule croyance commune qui vaille : l’unité du genre humain. Loin de la guerre et de ses canons, on a dansé et on dansera à Saint-Denis, mains dans les mains, joyeusement, dans la fraternité, grâce aux acquis citoyens et aux conquêtes à venir. Vœux pieux ? Réalité organisée et improvisée, vœux social, politique, bien plutôt partage.
7 juin sans canons
Jour de lancement de la campagne présidentielle de la gauche, dans une ville où œuvrent et vibrent les traditions anarchistes et d’extrême gauche, le 7 juin 2026 marque une nouvelle étape, préparée localement par l’affirmation d’élus très engagés. Lors des trois conseils municipaux – le dernier durant six heures –, la nouvelle équipe a déployé ses compétences critiques et constructives, sa ferme volonté de changement et de rupture à partir d’une connaissance approfondie des dossiers. Sa détermination était vive à incarner un exemple national voire international de gouvernement démocratique et républicain. L’opposition de gauche – Révolution Permanente –, proche du mouvement social, y a porté son engagement local et internationaliste assidu.
Dans ce contexte d’ébranlement populaire et ambitieux des espoirs de la gauche, les voix portées à la tribune du meeting historique du 7 juin ont rencontré un peuple aussi divers que riche d’ambitions de partage, de projets, d’initiatives communes qui requièrent la paix. La paix partout : aux quatre horizons, la paix aussi au nord pourtant déjà en guerre, et aux prises avec de vieux démons.
Le 7 juin dionysien, c’est désormais le nom de l’espoir d’un avenir en commun : mers, sols, ruches et humains de la nouvelle France ensemble. Par quels moyens ? Nos patrimoines : monuments, traditions et improvisations, joies du partage, pour aujourd’hui et pour mémoire.
21 juin 2026
À l’appel du maire de Saint-Denis et président de Plaine Commune, le prochain rendez-vous des printemps franciliens contre le racisme aura lieu à Paris, le 21 juin. Ce jour de fête, les Dionysiens marcheront, musique en tête, chemin faisant vers la ville-lumière des espoirs et des luttes.