Joie de vivre, traditions et patrimoines dionysiens : l’énergie insoumise ?

, par Renaud Oc

Nous publions le texte adressé au Blog de Saint-Denis par le "Collectif occitans francilien". Il entend célébrer « les traditions de lutte à Saint-Denis-Pierrefitte », prolongées aujourd’hui. D’une date à l’autre, du 15 mars au 21 juin en passant par le 4 avril et le 7 juin.

Les services publics et les acquis sociaux, arrachés de haute lutte par des générations d’ouvriers et d’employés, ne résultent pas d’une grâce providentielle (Raoul Vaneigem).

« De Saint-Denis doit jaillir l’étincelle »

Luttes ouvrières et populaires, combats pour le logement, antiracisme : la ville-monde de Saint-Denis est militante. En ce printemps francilien, puisant à la poésie d’Antonio Machado, à ces vers vivifiants pour qui tente un chemin ou en médite l’expérience [1]
, les insoumis ont voulu prédire, le 15 mars 2026 que « de Saint-Denis jaillirait l’étincelle » embrasant les cœurs de tout le pays. Le désormais fameux « un coup KO » de Bally Bagayoko, élu dès le premier tour maire de la ville de la Basilique, de la Légion d’honneur et du Stade de France, réalisa l’augure des refondateurs de la gauche française dans la « ville des rois morts et du peuple vivant » [2]

Peuple vivant et cris d’Orfraie

Cette victoire municipale, le 15 mars, d’un héritier de l’immigration riche d’espoirs, a déchaîné une violente campagne de presse raciste. On redécouvrit alors que le racisme pouvait s’afficher publiquement, massivement, impunément. Pareille submersion sembla autoriser de fait des interdits en droit. Hors-la-loi, la violence verbale sans frein prépare toujours d’autres violences, dont affectent de s’indigner des propagandistes du faux en continu, des charlatans professionnels et boutiquiers idéologiques. On essentialise, naturalise, déblatère.

Un florilège morbide de déformations et outrances, de calomnies et diffamations a envahi les écrans de la désinformation, jusqu’aux plus extravagantes animalisations de bateleurs narcissiques. [3] Les bonnes gens les oublieront, oui, les victimes un peu moins. Un joyau de la mauvaise foi « médiatique » mérite de rester dans les annales : l’attribution répétée à Bally Bagayoko d’une formule inventée sur une imaginaire conquête de Saint-Denis par un phénotype spécifique. Des allégations erronées et mensongères d’abord, cyniquement calomnieuses ensuite ont en effet prêté au nouveau maire la formule délirante de « ville des noirs », pour qualifier de façon répétée la cité de Paul Éluard, de Grand Corps Malade et du trio féminin LEJ !
 ! Le candidat Bally Bagayoko avait déjà ironiquement prévenu que certains personnages publics et médiatiques, phobiques des différences, n’avaient peut-être « pas les mêmes yeux » ni les « mêmes oreilles » et généralisaient toute réalité selon leurs fantasmes ou intérêts [4] ».
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La riposte en chantant, un 4 avril

Pareille séquence a remotivé l’opposition conceptuelle gauche-droite et motivé un rassemblement traditionnel, solidaire et fraternel le 4 avril, place Victor Hugo. Cette manifestation festive contre la division, l’exclusion et les stigmatisations racistes, eut lieu devant la Basilique des rois et la mairie des « peuples vivants ». Des milliers de Franciliens cheminèrent librement jusqu’à l’union, conversant et chantant en bien des langues pour partager également leur détermination solidaire et fraternelle. Le ciel dionysien lumineux de ce jour-là, les horizons ensoleillés et les ambiances dominicales du quartier de la Basilique ou de la Légion d’honneur offraient à tous des espaces improvisés de savoir-vivre traditionnel et novateur, de joie de vivre improvisée, de patrimoine à méditer.
La France entière et le monde mesurèrent alors la puissance d’un peuple conscient de ce patrimoine : la mémoire d’une histoire riche de parcours divers et comparables, la richesse de la diversité et d’un projet commun. Quel projet ? Celui de l’espoir de convaincre qu’on ne bâtit durablement que sur un fondement inclusif et collectif : l’identité se construit, se partage dans le temps et s’enrichit sans quête affolée d’une essence introuvable. Devant la Basilique à Saint-Denis, des milliers de citoyens ont ressenti la seule croyance commune qui vaille : l’unité du genre humain dans sa diversité même. Loin de la guerre et de ses canons, on a dansé et on dansera à Saint-Denis, mains dans les mains, joyeusement, dans la fraternité, grâce aux acquis citoyens et aux conquêtes à venir. Vœux pieux ? Réalité organisée et improvisée, vœux social, politique, bien plutôt, partage.

7 juin sans canons [5]

Jour de lancement de la campagne présidentielle de la gauche, dans une ville où œuvrent et vibrent encore les traditions anarchistes et d’extrême gauche, le 7 juin 2026 marque une nouvelle étape, préparée localement par l’affirmation d’élus très engagés. Lors des trois conseils municipaux –le dernier durant six heures–, la nouvelle équipe a déployé ses compétences critiques et constructives, sa ferme volonté de changement et de rupture à partir d’une connaissance approfondie des dossiers. Sa détermination d’incarner un exemple national voire international de gouvernement démocratique et républicain est des plus vives. L’opposition de gauche –Révolution Permanente–, elle aussi proche du mouvement social, y a témoigné de son engagement local et internationaliste assidu.
Dans ce contexte d’ébranlement populaire et ambitieux des espoirs de la gauche, les voix portées à la tribune du meeting historique du 7 juin ont rencontré un peuple aussi divers que riche d’ambitions de partage, de projets, d’initiatives communes qui requièrent la paix. La paix partout : aux quatre horizons, la paix aussi au nord pourtant déjà en guerre, et aux prises avec de vieux démons.
Le 7 juin 2026 dionysien, c’est désormais le nom de l’espoir d’un avenir en commun : mers, sols, ruches et humains de la nouvelle France ensemble. Par quels moyens ? Nos patrimoines : monuments, traditions et improvisations, joies du partage, pour aujourd’hui et pour mémoire.

21 juin 2026

À l’appel du maire de Saint-Denis et président de Plaine Commune, le prochain rendez-vous des printemps franciliens contre le racisme aura lieu à Paris, le 21 juin. Ce jour de fête, les Dionysiens marcheront, musique en tête, chemin faisant vers la ville-lumière des espoirs et des luttes.

Notes

[1Les fameux vers de Machado (« caminante no hay camino, se hace el camino al andar »), quoique laïques, s’inscrivent dans l’imaginaire du pays des chemins de Saint-Jacques de Compostelle ; on peut les traduire littéralement par « cheminant / pèlerin, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en cheminant » ou « pèlerin, il n’y a pas de chemin, on trace son chemin en cheminant ».

[2Ces mots de l’écrivain et journaliste Jean Marcillac (1914–2007), à propos de Saint-Denis et de la Basilique, sont désormais notoires..

[3Les lecteurs ou auditeurs de pseudo-intellectuels médiatiques naguère dénoncés par Pierre Bourdieu (Sur la télévision, 1995) et par Serge Halimi (Les nouveaux chiens de garde, 1997) apprécieront la conversion d’un ancien professeur de philosophie devenu sophiste. Après avoir prétendu incarner presque seul une université populaire, proférer des propos racistes ou essentialistes lors de l’élection d’un maire est aussi indigne que d’affirmer, un 8 octobre, qu’« expliquer, c’est justifier »…

[4Sur l’acharnement dans le mensonge et les calomnies, on consultera avec profit un article paru dans Actu Drancy le 18 mars 2026 (https://www.actudrancy.fr/politique/8498). Les effets internationaux de ces expressions de racisme en langue française sont observables dans la presse latino-américaine, argentine en l’occurrence : https://www.pagina12.com.ar/2026/04/06/la-periferia-parisina-salio-a-la-calle-contra-el-racismo-tras-los-ataques-al-alcalde-bally-bagayoko/. Ces variantes de la projection sur autrui de ses propres catégories ou fantasmes font florès, tels des mécanismes de défense, naïfs ou paranoïaques, qui trahissent la docilité et parfois l’incompétence de trop d’animateurs de plateaux audio-visuels.

[5Le « canon français » est une entreprise créée en 2020 qui organise des banquets festifs autour du terroir français et de la cuisine française aux mises en scène souvent perçues comme très identitaires.

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