Macron à Saint-Denis. Encore une fois faire diversion. Carmagnole et casserolades !

, par Saska Rupert

C’est donc à Saint-Denis, dans l’un des lieux les plus méconnus des quelques 110 000 Dionysiens, à la Maison d’Education de la Légion d’honneur, que Macron tiendra le premier acte de ce qu’il présente comme une « initiative politique majeure » : un rendez-vous donné aux représentants des partis politiques. En général, l’acte II revêt la forme d’un enterrement de première classe des annonces de l’acte I, ou s’achève en eau de boudin. Bis, bis et bis repetita.

Rapport Borloo, Grand débat Gilet jaunes, le monde d’après Covid… beaucoup de bruit pour rien.

L’essentiel pour le président étant de reprendre la main, d’apparaître – toujours et en dernier lieu – comme le maître des horloges dans une rentrée où la mécanique institutionnelle est toujours grippée (pas de majorité à l’assemblée) et où les prétendants au trône républicain commencent à sortir les couteaux.

Le président, malin, avec son initiative, efface très vite l’épisode Darmanin qu’il avait déjà bordé, borné. Il invite – convoque – des partis qui, à gauche, sont dans le pétrin. La Nupes est à hue et à dia, en pleine séquence européenne, Médine hier et aujourd’hui l’abaya.

Un ancien président, mentor du ministre de l’intérieur, soutien du président en 2022, précise lui les ingrédients pour une victoire en 2027 : du Zemmour, du Ciotti, du Macron.

Une sorte de monstre à trois têtes donc, dont le cerveau moteur est le lepénisme qui chérit les thèmes dont le président veut s’entretenir avec les partis : autorité, nation, immigration.

Le président bien entendu n’a prononcé aucun des mots suivants – au choix – qui auraient quelque lien avec le réel : canicule, climat, rentrée scolaire, inflation, logement, étudiant… La liste de courses reste ouverte : inégalités, précarité alimentaire, prise en charge du grand âge…

Chacun labourera son sillon. Tout le périmètre de la maison de la Légion d’honneur sera bouclé. Les moteurs des camions des gendarmes mobiles ronronneront pendant des heures. Le maire troquera jean et baskets pour le complet veston et les Dionysien.nes seront tenu.e.s à distance.

Ne resterait qu’à guetter les premiers signes d’une fumée blanche annonçant un référendum à trois têtes : autorité, nation, immigration et quelques leurres, de ci, de là, pour suggérer du neuf ?

Pour le pays, – la gauche – et Saint-Denis, évitons morne plaine en centre-ville.

Restons maîtres du jeu : Carmagnole et casserolades !

« Oui, je suis sans-culotte, moi
En dépit des amis du roi
Vivent les Marseillois,
Les Bretons et nos lois ! »

dansait La Carmagnole.