Municipales 2026. La droite dionysienne – presque unie – veut croire en ses chances

, par Michel Ribay

Une trentaine de personnes se sont retrouvées mercredi 11 juin près de la porte de Paris à l’appel de représentants dionysiens des partis Les Républicains (LR), Renaissance et Horizons. L’ambiance était au volontarisme. A l’optimisme débridé même. Au rappel des difficultés d’être élus d’opposition, la tête de liste aujourd’hui désignée, François Péguillet, n’a pas hésité à lancer à toute l’assistance : « Mais on va gagner ! ».

Quand les forces de gauche se réunissent à 150 dans un préau d’école à Saint-Denis elle sont capables de faire grise mine, à droite on se réjouit de se retrouver à une trentaine de personnes. Convoquée à 19h30, c’est autour de 20 heures que la réunion pour le lancement de la campagne des municipales débute vraiment dans une salle de L’escargot, un café-brasserie à la Porte de Paris. Beaucoup se connaissent, se reconnaissent. Ils ont fait ensemble la campagne des municipales en 2020. Certains ont déjà été candidats aux législatives dont Véronique Avril en 2017, d’autres l’étaient plus récemment en 2024, à l’image de Louis-Auxile Maillard qui jouait le rôle d’animateur et organisait les prises de parole. Sa suppléante, Téti-Shéri Diop était là, conseillère municipale de Pierrefitte-sur-Seine, elle est aujourd’hui une des membres du groupe d’opposition de droite du conseil municipal de la commune nouvelle.

Parmi les absences on notait celle de Sinaa Thabet, candidate LR aux législatives en 2022, retenue pour des raisons familiales. Un temps pressentie pour être tête de liste, ses choix de vie personnelle l’en ont éloigné. Les représentants de l’UDI n’étaient pas là non plus, ni Houari Guermat, ni Pascal Kouppé de Kermartin, ni même celui dont la présence avait été annoncé, Samuel Martin, conseiller départemental et adjoint de Karine Franclet, la maire d’Aubervilliers.

Quentin Gutierrez, chef de file Horizons, absent, chantait à la Basilique de Saint-Denis dans le cadre d’une association, à propos de laquelle une intervenante, candidate sur la liste d’Alexandre Aïdara en 2020, suggérait qu’on mette en avant et valorise les actions, contributions et soutiens de la Région au tissu associatif dionysien.

Une intervention qui ne pouvait que ravir Geoffrey Carvalhinho, conseiller régional, délégué spécial chargé de la jeunesse, de la promesse républicaine et de la vie associative, élu d’opposition à Pantin, qui a vanté le bilan de Valérie Pécresse en évoquant le lycée de Pierrefitte et la rénovation prévue du lycée Paul Eluard à Saint-Denis. On imagine que les oreilles de la communauté éducative dionysienne ont du siffler ce mercredi soir…

Le mirage macroniste dissous à droite

Si Renaissance était représentée et par plusieurs personnes s’en réclamant, Anaïs Brood, candidate elle aussi au législatives 2022 n’était pas là, partie vers d’autres contrées. Alexandre Aïdara, tête de liste aux dernières municipales, semble bien à classer définitivement dans un autre registre, celui des parachutés-disparus.

Point donc de « en même temps » macroniste, puisque bras dessus, bras dessous, Les Républicains, Horizons et Renaissance ont décidé de partir ensemble… pour gagner. On cherchera donc en vain ce « en même temps » macroniste et de droite et de gauche encore moins la « sensibilité de gauche » des macronistes puisqu’il ne fut question ce soir là que de l’union de la droite. Une sorte de « bloc central » dionysien élargi.

Toutes ces nuances de la droite dionysienne ont à un moment ou un autre fait campagne ces dernières années comme forces concurrentes. Si cela a été souligné, le message premier, martelé, a été celui de l’union… des droites et de l’indispensable promotion de leurs idées.

Et c’est bien toute la palette des idées de la droite qui fut développée tout au long d’une heure d’interventions et de débat. Une palette qui ira jusqu’à rendre hommage à « des maires visionnaires de villes » ou « tout le monde aimerait vivre », des villes longtemps tenues par la gauche, puis passées à droite à l’image du Plessis-Robinson, d’Issy-les-Moulineaux que dirige un champion du cumul de mandats André Santini et même Levallois-Perret pour lequel l’intervenant concèdera que le maire – Patrick Balkany – « a piqué dans la caisse ». Hommage tout de même à l’inénarrable Patrick Balkany.

L’union, un beau projet et de l’audace. « Allez-y, n’ayez pas peur »

C’est un peu le triptyque gagnant qu’a martelé le maire – depuis 30 ans « après 83 ans de gestion socialiste » – de Pavillons-sous-bois, Philippe Dallier, figure de la droite séquano-dionysienne, conseiller départemental et ancien sénateur.

Après un long développement sur la situation apocalyptique des finances publiques nationales (sans pour autant en aborder les causes), prédisant que si les taux d’intérêts explosent à 7%, la totalité de l’impôt sur le revenu ne suffira pas à payer les intérêts de la dette, suivi d’une dénonciation de la dette croissante du département sous gestion socialiste passée « de 1,4 milliard en 2015 à bientôt 1,9 milliard », le tout pour expliquer que personne ne connait le contexte dans lequel les élections municipales se dérouleront dans 9 mois (« quel budget ? quel gouvernement ? ») l’ex-sénateur, lâche d’autres chiffres pour convaincre qu’« aucun combat n’est perdu d’avance ».

La preuve, dit-il, par Hervé Chevreau qui gagne en 2001 à Epinay dans une triangulaire, la victoire de Karine Franclet, à Aubervilliers, avec une gauche divisée de toutes parts en 2020. Face au maire sortant à Saint-Denis, si les discussions ne sont pas abouties entre PCF, LFI, la Seine-Saint-Denis au cœur et les forces citoyennes émergentes qui se structurent, l’aspiration à l’unité est telle que le contexte de la campagne de 2020 à Aubervilliers ne se reproduira pas à Saint-Denis. Philippe Dallier se délecte pourtant d’une situation qu’il résume d’une formule : « A gauche, ça va saigner », « Allez-y, n’ayez pas peur ».

Puis, c’est au tour de la tête de liste retenue, François Péguillet, de parler valeurs, projet tout en dressant le bilan du maire sortant, affublé d’emblée du qualificatif de « rouleau compresseur ».

La charge a été lourde. Dans le collimateur, « la première décision du maire de s’augmenter de 15% ». Une critique de la méthode « rouleau compresseur » s’agissant de la suppression des arrêts de bus en centre-ville, de la fusion avec Pierrefitte, de l’installation d’un Caarud, du Parc Cachin « barricadé au mépris des commerçants », le tout en guise d’amuse-bouche.

« Me débarrasser de toute cette racaille »

Pour François Péguillet, conseiller technique auprès de la présidente LR du département du Val d’Oise, l’urgence est de sortir du « logiciel socialiste », pareil au « logiciel communiste » afin que « la ville renaisse », « il faut revoir la gestion de fond en comble » et sortir du « ghetto que crée le logement social ».

Problème d’attractivité de la ville, de turn-over, pour lui « il faut construire du beau, une ville neuve ». La propreté est loin d’être partout au rendez-vous mais il y a des progrès comme le souligne une participante habitante du centre-ville : « Dans ma rue, c’est plus propre mais maintenant il y a plein de dealers ».

La sécurité n’est donc pas en reste à l’occasion d’une anecdote que narre la tête de liste. Discutant avec un Dionysien qui lui explique qu’il n’apprécie pas vraiment Bruno Retailleau, François Péguillet lui demande ce qu’il prendrait comme première mesure s’il était maire : « Me débarrasser de toute cette racaille » lui est répondu. Tout semble dit en matière de sécurité. Mais on ne sait pas qui sont les racailles. Une anecdote qui lui a valu l’interpellation plus tard d’un participant semblant peu apprécier « la référence sécuritaire à la Sarkozy ».

François Péguillet veut aussi « revoir des femmes dans les bars, dans les rues », pour cela aussi il faudrait sortir du « logiciel socialo-communiste ». Vit-on dans la même ville ?

Déroulant un argumentaire éprouvé à droite, évoquant le mantra de la « mixité sociale » François Péguillet, au demeurant d’un abord sympathique, n’a pas évité les outrances dont celle consistant à dire que « la ville est, avec le logement social, le premier des marchands de sommeil », et cela sans réaction des participants.

Si Philippe Dallier a adjuré l’auditoire de ne pas avoir peur, certains des propos tenus ce soir là ont de quoi inquiéter. Rappelons qu’on connait une des pires crises du logement, que 840 000 Franciliens sont en attente d’un logement social et que même avec un bon revenu trouver aujourd’hui une location dans le privé s’apparente à un parcours du combattant…

Interrogés sur les réseaux quant la réalité de leur opposition à Mathieu Hanotin, accusés d’être des opposants de pacotille qui se rallieront au maire sortant, la tête de liste s’en offusque et répond : « C’est mal nous connaitre ».

Si pour certains en politique, il ne faut jamais dire jamais, pour d’autres ce sont en définitive les mois qui viennent qui permettront de juger sur pièces.

PS : un début de discussion en aparté avec une participante portait sur une question qu’elle me posait : « C’est quoi la gauche ? ». Nous n’avons pu poursuivre, la réunion débutant. En revanche, le vote intervenu hier, jeudi 12 juin, au Sénat permet de cerner à nouveau « Ce qu’est la droite ». Le texte visant à instaurer un impôt plancher de 2 % sur le patrimoine des Français détenant plus de 100 millions d’euros (1800 foyers fiscaux) a été rejeté par les votes des groupes LR, Horizons, Union centriste et Renaissance.