" On boit un coup ? " "Où ça" ? "Bah en centre ville, ici au Stade c’est fermé" "Allez, c’est parti !" Le maire est ravi : " La ville est jaune ". « Jaune comment ? » "Jaune pipi !"

, par Rosalie Merteuil

Du 4 au 7 mai la municipalité avait annoncé la grande fête du sport. Un nouveau concept, 100 % dionysien, vanté par l’élu en charge du sport. Les sports urbains étaient à l’honneur devant la mairie et jusque sur la place Jean Jaurès. Vélo, skate, basket ainsi que boxe et mur d’escalade… On ne saisit pas très bien le concept de « sports urbains » dans cette liste mais bon… Une fête ouverte à toutes et tous et gratuite. Une fête préfigurant et se clôturant avec un événement connu de longue date, le match entre Nantes et Nice en finale de la coupe de France avant celui à venir le 28 mai pour la coupe de l’UEFA, tous les deux disputés sur la pelouse du Stade de France. Tout semblait réuni pour satisfaire le plus grand nombre mais…patatras. Récit.

Commençons par ce concept 100% dionysien. On ne se plaindra pas d’une initiative consistant à offrir des moments d’activités aux enfants et familles en pleine vacances scolaires. Les enfants, les familles ont tant souffert de la crise sanitaire que chaque moment d’activité de plein air, sportive peut être salué.

On comprendra moins la nécessité pour se faire d’utiliser une sono poussée à fond pendant 4 jours dont se souviendront riverains et commerçants vivants et exerçants leurs activités en proximité.

Ceux qui visitaient ou souhaitaient se recueillir au sein de la Basilique en ont aussi largement profité et comme on s’en doute ce n’était pas des chants grégoriens ou des Ave Maria qui leur titillaient les esgourdes.

Bien qu’ouvert à toutes et tous ce concept 100% dionysien a été l’occasion pour la municipalité d’ouvrir largement le centre-ville… en coupant la circulation rue Jean Jaurès suspendant donc de très long moments en pleine journée la desserte des bus (une variante dionysienne du en même temps macédonien).

Ouvrir un évènement à toutes et tous en supprimant les bus pour y accéder à partir des quartiers périphériques est sans doute aussi un concept 100% dionysien, pur jus nouvelle équipe, nouveau centre-ville, et je remonte le son… Boum Boum, badaboum !

Euh… et puis quitte à faire un événement sportif en plein air, le parc de la Légion d’Honneur peut-être non ?

Mais on n’avait encore rien vu en centre ville.

Le 7 mai c’est l’apothéose. Le préfet de Paris prend un arrêté interdisant la vente de boissons dans le périmètre du Stade de France. Stupéfaction des commerçants. Chiffre d’affaires envisagé qui disparait. Du jamais vu ! C’est vrai que ces derniers temps avec la crise sanitaire les affaires ont marché du tonnerre pour les commerçants !

Le préfet c’est le préfet mais on se dit quand même que le premier magistrat de la ville a été mis au courant quand même non ? On se dit aussi que le premier magistrat et son adjoint au commerce ont alerté le préfet sur les conséquences commerciales financières pour les commerçants du stade non ? Qu’ils ont protesté ?

Et bien peut-être que non car enthousiasmés par l’idée d’un concept 100 % dionysien se clôturant par une grosse teuf en centre ville… l’occasion est trop belle… La ville du sport, les JO 2024… Trop bien.

« On boit un coup ? » Où ça" ? « Bah en centre ville, ici au Stade c’est fermé » "Allez, c’est parti !"

Vogue donc la galère… Et c’est là qu’intervient un phénomène exceptionnel, impossible à prévoir : des milliers de supporters sont pris d’une envie inexplicable : boire. Puis pisser.

La suite on la connait. Les photos et videos sur les réseaux en témoignent. Ici, les supporters après avoir bu un coup se rendent au match.

Alors on se pose des questions. C’est un peu le rôle de ceux qui animent ce blog.

La première : on connait les difficultés qui peuvent se poser en matière de maintien de l’ordre quand des foules de supporters sont un peu échauffés. On est pas des spécialistes mais on se dit que c’est nettement plus gérable dans de grand espaces ouverts, avec une grande visibilité, sans des recoins dans tous les sens, une leçon urbanistique et sécuritaire connue depuis le baron Haussman.

Que nenni, le préfet prend le risque d’un dérapage en plein centre-ville. Certes les canaris nantais n’ont pas la réputation des hooligans russes ou anglais mais quand même… Les Niçois ont eux « animé » violemment une partie de la Plaine, autour du square Diderot.

Le Maire est lui ravi. Du haut de l’hôtel de ville, il exulte et tweete, « Le peuple jaune et vert »… La ville est jaune. Il lance à l’occasion un clin d‘oeil à la maire PS de Nantes Johanna Rolland. Jaune, oui, dans certains coins c’est jaune… jaune pipi même.

Quelques heures plus tard, au vu de l’état du centre ville, il supprime son tweet (voir dans le portfolio en fin d’article). Rétropédalage. Nouveau concept de sport urbain ?

La deuxième : On pas plus des spécialistes sportifs que des experts du maintien de l’ordre mais le 28 mai la finale c’est Liverpool- Real de Madrid. Et il semble bien que les supporters anglais c’est pas l’option petits canaris nantais.

Le préfet Lallement a-t-il l’intention de réitérer son arrêté ?

Le maire tirant le bilan du 7 mai va-t-il revenir à plus de prudence et en appeler publiquement à la responsabilité du préfet ?

Les couleurs du club de Liverpool pourraient y contribuer.

Mathieu Hanotin twittant "La ville est rouge" ne nous semble pas sérieux.