La canicule de 2003 (il y a 23 ans !) aurait pu, aurait dû, sonner comme une alerte générale pour les pouvoirs publics. Non, à l’époque on s’était fait taper sur les doigts pour notre manque de solidarité (Boou ! les vilains français individualistes) Allez ! une journée de solidarité et un jour férié en moins, ça vous apprendra. Tu parles !
Quelques degrés de plus, et nous découvrons à quel point nous sommes fragiles, à quel point nous sommes aveugles, à quel point nous sommes dans le déni.
Alors que les scientifiques tirent la sonnette d’alarme avec de plus en plus de véhémence, alors que la réalité et la vitesse des phénomènes constatés semblent dépasser toutes les prévisions, même les plus pessimistes, aucune stratégie ne semble avoir été pensée, au plus haut sommet de l’Etat, pour se préparer à résister aux chocs et aux bouleversements auxquels nous allons être confronté.
L’impression qui se dégage de cette semaine caniculaire ressemble à celle d’un nouveau confinement, géré sans boussole, avec un amateurisme effrayant. Fermeture d’écoles ou pas ? Ça dépend. Oui, mais non, enfin…on sait bien que cela conduira irrémédiablement à la mise à l’arrêt économique du pays.
Tout le monde cloîtré chez soi, désarmé, seul face à son désarroi et sa misère.
L’été 2026 risque d’entrer dans les mémoires comme le point de bascule, le premier été du reste de notre vie… à 40°, demain …50°…
Il va falloir s’adapter, il y a urgence à le faire et vite. Mais pas n’importe comment, pas sans savoir ce que l’on doit sauver, pas sans un modèle de société à défendre.
Il va falloir changer nos pratiques oui ! changer nos rythmes de vies, nos horaires, nos consommations… oui, bien sûr. Mais il va surtout falloir changer notre regard. Notre regard sur le monde et sur l’autre. Au risque, sinon, de l’enfermement, l’isolement, la solitude, et au final l’effondrement, la barbarie et la mort.
Il nous faut changer notre regard sur cette formidable machine qu’est le vivant. Aucune mécanique, aucun robot, même le plus avancé, ne peut prétendre rivaliser avec à la plasticité des systèmes vivants, et l’incroyable inventivité à l’œuvre. Partout sur la planète, dans les climats les plus divers y compris les plus arides, la vie a su trouver des chemins, pas les plus efficaces, pas les plus optimaux ou productifs, mais les plus à même de résister et de tirer parti des ressources disponibles pour s’y épanouir.
Pourquoi s’en remettre toujours à la technique et aux machines quand le monde vivant qui nous entoure recèle en lui une multitude de solutions qui non seulement ne consomment pas d’énergie mais en produisent ?
La nature est notre allié. Nous ne nous en sortirons pas sans elle. Il nous faut quitter ce vieux modèle occidental qui oppose être de culture et être de nature, pour embrasser une relation symbiotique à l’image du petit oiseau qui se repait des restes coincés entre les dents du crocodile.
Il nous faut aussi changer de regard sur l’autre. Le terme d’étranger a-t-il encore un sens lorsque le défi qui s’ouvre devant nous est planétaire et concerne l’habitabilité de notre monde, le devenir de l’humain ? C’est ici, dans la diversité des cultures, dans nos expériences partagées, dans notre ville monde, Saint-Denis, que nous pouvons y puiser des ressources salvatrices.
Voilà, nous y sommes, nous n’avons pas d’autre choix. Des pistes pour s’en sortir ? A suivre…
Note de la rédaction. A l’occasion de ce témoignage, nous publions l’affichette apposée par des riverains du Campus Condorcet à propos du parc menacé de destruction. Certains s’obstinent dans ce projet mortifère et, toute honte bue, s’apprêtent à abattre une trentaine d’arbres plantés en 2018. Il faut sauver ce parc, protéger le vivant, protéger nos vies.