Le Parisien rapporte, sous la plume de Nathalie Revenu, dans son édition web du 2 avril au soir, qu’au lendemain des faits qui se sont produits au Franc-Moisin, Madame Badufle-Douchez au vu « des rapports effectués par la PM et ceux de la police nationale » et « des images fournies par les caméras piétons des policiers municipaux. » et qu’« après avoir passé au crible la séquence [video] qui dure moins de 50 secondes, l’adjointe à la sécurité, indiquait qu’il avait été conclu avec certitude que les policiers avaient « respecté le protocole. Il n’y a pas eu de dérapage, pas de mauvaise décision ».
Le Parisien indique par ailleurs que Madame Badufle-Douchez « avait toutefois concédé que « certaines manœuvres n’étaient pas très conventionnelles ». Et expliqué « que les policiers avaient paniqué et avait eu peur d’être frappés ».
« Respect du protocole » et « manœuvres n’étaient pas très conventionnelles » ! Allez comprendre cet "en même temps" !
S’il ne fait pas de doute que les policiers municipaux ont pu avoir peur d’être frappés compte tenu de la détermination dont font preuve les jeunes assaillants des véhicules de la police municipale, on pourra contester le fait que les agents aient paniqué.
Ce terme semble être utilisé à dessein afin de minimiser, justifier les trajectoires d’un des véhicules, qui, contrairement à ce qui pourrait être assimilé à une perte de maîtrise du véhicule, comme peut y être conduit un conducteur en panique, – au lieu de se dégager alors que la voie est libre – effectue (à 8 secondes), une marche arrière en direction de plusieurs individus dont un tombe à terre. Est-il touché ?
Le même véhicule se dirige ensuite sur sa gauche en direction de deux individus (à 16 secondes) puis quittant la voie de circulation qu’il emprunte monte sur un terre-plein (à 20 secondes) en direction d’un jeune qui pour éviter d’être percuté effectue un saut en arrière en s’appuyant d’une main sur le capot du véhicule (à 21 secondes). Le véhicule effectue ensuite une marche arrière à très faible vitesse (de 21 à 26 secondes) puis reprend la même voie en accélérant pour s’extraire de toute situation de danger.
Toute cette séquence ne semble pas se dérouler sous l’emprise de la panique, dans une situation ou le conducteur ne se contrôle plus, et dans l’affolement ne contrôlerait plus le véhicule.
Une marche arrière, suivie de deux embardées en direction d’individus, c’est le terme retenu par l’article du Parisien, dont la définition est donnée par le dictionnaire : écart brusque et dangereux fait par un véhicule.
Le parquet de Bobigny ne s’y est pas trompé puisque il a ouvert mercredi 2 avril, une enquête pour « des faits de violence avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique » et deux jeunes ont été déférés pour une présentation devant le juge des enfants, l’un âgé de 14 ans poursuivi pour « participation à un groupement violent, et violences sans ITT sur agents de la police municipale ». Un autre âgé de 16 ans pour les mêmes chefs d’accusation et violences sur des agents de la police nationale.
Mais Madame Badufle-Douchez, qualifie tout autrement cette séquence, ce que Le Parisien rapporte, l’adjointe à la sécurité considérant donc qu’il n’y a pas eu de « dérapage », pas de « mauvaise décision »… même si « certaines manœuvres n’étaient pas très conventionnelles ».
« Violence avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique » puisque le véhicule comme dans de nombreuses autres affaires est considéré comme « une arme par destination ». versus « manœuvres pas très conventionnelles ». On comprend très bien la clarté de la qualification pénale qu’évoque le parquet. Quant au flou artistique des propos de Madame Badufle-Douchez sur les faits…
Celle-ci récidive donc à l’image d’autres déclarations. Sans sourciller, sans manifester la moindre émotion, le moindre trouble, la moindre gêne elle déclarait, interrogée par BFM-TV en juin 2023 sur le parvis de la mairie, après une interpellation particulièrement musclée d’un individu rue de la Charonnerie (voir le reportage de BFM-TV et notre article), couvrant les agissement des agents : « Il n’y a pas un appui long et l’individu respire toujours ». Circulez !
Pendant ce temps sur son compte Instagram, la police municipale communiquait il y a 3 jours sur ses exercices dans le parc de la Légion d’Honneur : « Entraînement à l’ordre serré. ». Les hommes devant, les femmes derrière.
Marcher au pas c’est une chose, la (re)tenue sur le terrain en est une autre.
Que dire de plus ?
PS : Ces graves incidents ont donné lieu à un communiqué du Collectif Habitants du Franc-Moisin.


