A Saint-Denis, des propos islamophobes déclenchent une crise dans la majorité municipale

, par Mehdi Ourezifi

Frédéric Bonnet

L’exécutif dionysien connaît sa première grande crise au sein de sa majorité. Après des élections départementales et régionales en demi-teinte, 4 élus sortent du groupe à la suite de propos islamophobe du directeur de cabinet de Mathieu Hanotin, Frédéric Bonnot. Un appel à manifester a été lancé pour jeudi 8 juillet.

Les derniers développements à la mairie de Saint-Denis et à Plaine Commune ont tout de ce qu’on appelle la « loi de Murphy ». L’adage, qui dit qu’un malheur n’arrive jamais seul, se prête bien au séisme que connaît en ce moment à l’hôtel de Ville.

Mardi 6 juillet au soir, un article de France Bleu Paris donnait plus de détails sur une des raisons de la sortie des 4 ex-élus de la majorité mettant à mal les explications hypocrites du communiqué du Maire, qui éludait les faits rapportes par son ex-adjoint Brahim Chikri.

"En plus c’est une chauve-souris qui le fait émarger »

Le 20 juin, lors du premier tour des départementales, la photo du candidat du RN, Jordan Bardella, se retrouvant dans un bureau de vote de Saint-Denis face à une assesseure voilée fait le tour des réseaux sociaux. Elle est également commentée sur le groupe de discussion Whatsapp des membres du cabinet du Maire. France Bleu a pu se procurer les extraits de la conversation WhatsApp dans lequel le directeur de cabinet Frédéric Bonnot commente la photo, désignant l’assesseure voilée de « chauve souris qui fait émerger (sic)  » Jordan Bardella, reprenant de fait le vocabulaire de la fachosphère.

L’élu Brahim Chikhi, s’est dit "extrêmement choqué" par ces propos. Pour l’ex-maire adjoint, c’est "la goute d’eau" qui l’a poussé à quitter ses fonctions, a-t-il expliqué à France Bleu Paris. "Moi en tant que fils de ’chauve-souris’, je trouve ça blessant. Je peux comprendre que d’autres habitants de Saint-Denis qui est une ville multi-culturelle , une terre d’accueil, puissent être blessés. Pourtant ce directeur de cabinet n’a pas été sanctionné, il n’y a pas eu de rappel", a-t-il expliqué, rajoutant que des agents ont alerté le maire Mathieu Hanotin. "Et pourtant il ne s’est rien passé", a-t-il regretté.

Ce mercredi 7 juillet, le directeur de cabinet, Fréderic Bonnot, s’est défendu dans une publication sur Facebook. "En écrivant cela, mon intention était de me moquer du candidat d’extrême droite. Je ne me suis pas rendu compte de la portée de mes propos.
Je tiens à m’excuser sincèrement auprès de toutes celles et tous ceux que j’ai blessés. J’ai d’ailleurs appelé notre assesseure pour lui présenter mes excuses les plus sincères
", a-t-il écrit.

De son côté, Mathieu Hanotin a finalement réagi ce mercredi après-midi. "Je condamne évidemment le message qui a été envoyé par mon collaborateur et je prends acte des excuses qu’il a formulées publiquement", a-t-il déclaré. Il a décidé "3 jours d’exclusion temporaire de fonction, à compter de demain, avec retrait de salaire" contre son collaborateur, a-t-il précisé. Il a par ailleurs promis de réunir son cabinet "afin de [s]’assurer qu’aucun message de cette nature ne soit à nouveau formulé". Mais est-ce suffisant pour éteindre la polémique ?

"Le maire savait aussi et n’a rien dit ? En attendant l’ouverture d’une enquête interne et des mesures conservatoires sont urgentes", a réagi l’insoumis Bally Bagayoko. "Il faut suspendre le contrat du directeur de cabinet le temps de l’enquête", a demandé l’élu d’opposition Bakary Soukouna.

Le député Stéphane Peu (PCF) a "fermement" condamné ces propos, apportant son "soutien le plus total à la dionysienne visée". Il souhaite "que soit immédiatement diligentée une enquête administrative visant à faire toute la lumière sur cette affaire et que des sanctions soient prises si ces propos étaient confirmés".

Pour d’autres la question de la responsabilité et crédibilité politique du Maire est directement engagée par son silence à la suite d’un communiqué officiel gommant les faits dénoncés et l’absence de mesures immédiates prises à l’encontre de son directeur de cabinet.

Un logement de fonction pour le directeur de cabinet

Les révélations sur les propos du directeur de cabinet tombent mal pour le directeur de cabinet et le Maire. Au Conseil Municipal du 12 juillet, il devait se voir attribuer un logement de fonction "pour nécessité absolue de service" par les élus de la majorité.
Premier collaborateur du maire, pièce centrale du dispositif municipal, Frédéric Bonnot émarge déjà à des émoluments parmi les plus élevés de la ville, dans la droite ligne de sa rémunération comme secrétaire général au siège du PS à Solférino à 9100 euros. révélé par Mediapart.

"Lundi au conseil municipal, un appartement de fonction sera mis à disposition pour le directeur de cabinet de Saint-Denis. Dérapages racistes= 1 appartement de fonction offert ", a réagi Houari Guermat, candidat
(divers droite) lors des dernières élections municipales. La délibération sera-t-elle être maintenue le 12 juillet ? Suspens.

Des propos choquants qui ne sont pas isolés

Des propos islamophobes qui ne sont pas isolés de la part du cabinet du Maire. Quelques jours auparavant, en réaction aux violences policières qui ont émaillées une veillée funéraire au quartier de la Plaine, le cabinet assurait que «  la mairie de Saint-Denis [veillait] au comportement de la police et à calmer les tensions. Elle développe de nombreuses activités, en particulier, cet été pour ces populations qui ne pourront peut-être pas partir dans leur pays d’origine, compte tenu des mesures sanitaires (sic)  », pointant la responsabilité directe des populations immigrées dans la hausse des tensions avec la police.

Manifestation le jeudi 8 juillet devant l’hôtel de Ville

Depuis la publication des extraits de cette conversation, l’indignation provoquée par cette sortie islamophobe va largement au delà du cercle des ex-élus de la majorité municipale.

Sur les réseaux sociaux, des appels à manifester contre le racisme et l’islamophobie ont fleuri. Ainsi, un appel à manifester a été posé pour le 8 juillet à 18h30 de la part d’un collectif d’habitants suivi d’agents communaux et de militants associatifs, réclamant la démission de Frédéric Bonnot et au Maire de se désolidariser des propos de son directeur de cabinet. Plusieurs personnalités participeront, dont Bally Bagayoko de la France Insoumise, quand d’autres ont fait suivre l’appel à leurs soutiens comme l’ancien maire Laurent Russier (PCF) et le groupe d’opposition "Saint-Denis à Gauche".

Un autre, dès ce mercredi 7 juillet à 18h30 est organisé à l’appel d’un collectif de femmes du quartier Franc-Moisin et Allende.

Ce mercredi, dans une déclaration, Mathieu Hanotin a pris acte des excuses de son collaborateur et a décidé d’une mise à pied pour trois jours avec retrait de salaire. Une sanction a minima.

Après la fronde des maires de Plaine Commune lui demandant le report de deux votes au Conseil de Territoire du 29 juin et 13 juillet et le départ de 4 élus du groupe majoritaire cette affaire vient encore approfondir la crise à l’Hôtel de Ville de Saint-Denis, avec un Maire qui se retrouve en pleine tempête à peine un an après son élection.

Mehdi Ourezifi (avec AO)