Après 20 ans d’existence, fragilisée et des subventions en baisse, l’association « Mots et regards » cesse ses activités. Dernier jour le 15 octobre, derniers regards, entre mots en scène, rallye photo, repas partagé et spectacle de contes

, par Michel Ribay

Dans toute la France, samedi 11 octobre, c’est avec l’interpellation « Ça ne tient plus » lancée en direction des pouvoirs publics que de multiples actions se sont tenues à l’initiative du mouvement associatif. Fragilisées par la baisse continue de leurs financements, les associations, réduisent leur activité, licencient ou acculées, mettent la clé sous la porte. A Saint-Denis, c’est le cas de « Mots et Regards » après 20 ans d’existence. Quel avenir pour les associations ? Un enjeu des municipales.

Le mouvement associatif était dans la rue samedi 11 octobre. La raison, les raisons sont multiples. D’abord une dégradation continue des financements qui leur permettent de vivre, monter des projets, payer leur locaux, payer leurs salariés. En un mot d’exister. Beaucoup d’entre elles bénéficient de financements croisés. Beaucoup doivent impérativement les cumuler faute de quoi leur pérennité n’est pas assurer. Pour certaines c’est même une obligation, un financement n’étant accessible qu’à condition d’avoir décroché celui d’une collectivité. La perte d’un financeur, d’une subvention conséquence et c’est tout l’équilibre financier qui vacille.

Une étude, dont les conclusions viennent de paraitre, menée par diverses structures dont Le mouvement associatif, révèlent la fragilité accrue des structures.

– 30 % des associations employeuses ont moins de trois mois de réserve, leur vulnérabilité à une baisse de recettes, de subventions, reste très importante.
– 70% des associations employeuses déclarent que le montant de leurs fonds propres restent en septembre 2025 fragile ou nul.

Plus d’un financement public sur deux est déclaré en baisse pour les associations employeuses.

Au-delà des financements proprement dit, le mouvement associatif a été confronté au fil du temps à un glissement délétère pour son fonctionnement. On est passé de subventions destinées au fonctionnement des associations à des appels à projets lancés par diverses structures, dont les collectivités, qui ont conduit les associations exerçant dans le même champ à rentrer en concurrence, à en transformer certaines en prestataires de services pour les structures qui les financent. A les dévitaliser de fait, leur ôter indépendance et autonomie de projets, les conditions de leur survie étant conditionnées à remporter des « appels d’offres ».

La conclusion de l’enquête ne masque aucune des craintes pour l’avenir : « Cette première exploitation des données de l’enquête de septembre confirme, sans ambiguïté, les signaux déjà identifiés en février 2025.

« La santé financière des associations demeure extrêmement fragile, particulièrement pour celles qui emploient des salarié·es. Si la situation ne s’est pas encore dégradée davantage depuis le début de l’année, elle reste à un niveau critique et les perspectives apparaissent de plus en plus incertaines.
En février, les associations attendaient encore des réponses sur leurs financements. Aujourd’hui, les données de septembre confirment une tendance claire : les financements diminuent, et plus encore les financements publics. Certes, communes et EPCI maintiennent pour l’instant leur soutien, mais cette stabilité est trompeuse : dans un contexte inflationniste, elle équivaut de fait à une baisse des ressources disponibles.
Le résultat est sans appel : les activités et les services portés par les associations sont directement fragilisés, et les perspectives d’emploi se dégradent un peu plus encore par rapport à celles, déjà inquiétantes, du début d’année. »

L’alerte du Conseil économique, social et environnemental

« Il faut imaginer un monde sans associations pour comprendre combien leur apport à l’économie (113 milliards, soit 4 point de PIB) à la société et à la démocratie est considérable » indique le Conseil économique, social et environnemental dans un avis de mai 2024 intitulé « Renforcer le financement des associations : une urgence démocratique ».

Celui-ci souligne « qu’entre 2005 et 2020, la part des subventions a baissé de 41 % dans le budget des associations au profit de logiques marchandes.
La baisse des subventions et la hausse des commandes publiques et des appels à projet poussent les associations vers une « gestionnarisation » qui dénature leur action et contribue à la perte de sens que beaucoup d’associatifs déplorent ».

Le même avis souligne y compris que « les associations deviennent des prestataires et, pour être compétitives et remporter des marchés et des appels à projets, recourent aux mêmes modes de gestion que les entreprises privées.

Face à l’incertitude budgétaire, l’emploi reste majoritairement la variable d’ajustement pour les associations.

La fin de Mots et Regards

Mots et Regards n’a pas échappé à une partie de ces difficultés. Hormis une seule subvention fléchée sur le fonctionnement de la structure, les autres dépendant d’appels à projets, l’association a connu au fil des ans une érosion du montant des subventions, des financements en baisse concernant les emplois aidés et de plus courte durée.

Le tout conduisant à des difficultés de trésorerie, des erreurs de gestion, plus précisément des erreurs de choix de stratégie. Une situation qui a favorisé tensions internes et démobilisation d’une partie des bénévoles.

Au bout du compte la suppression de sept emplois plein temps en CDI avec la cessation complète d’activités aussi diverses que l’accueil de près de 1000 personnes à l’année par des écrivains publics, 3 ateliers théâtre, un d’écriture, un autre dédié à la langue des signes, une cinquantaine d’enfants de moins de trois ans, des ateliers cuisine, des actions dans les écoles dans des dizaines de classes ou l’été en direction des jeunes ne partant pas en vacances.

Autant d’activités et bien d’autres développées qui ont valu à l’association la reconnaissance du travail mené et le label Tiers Lieu Autonomie en 2023 pour le « Toit des mots »

Dernier jour le 15 octobre dès 14 h, derniers regards, entre mots en scène, rallye photo, repas partagé et spectacle de contes à 20 h. Rue Courte à Saint-Denis.

Le mouvement associatif, un enjeu démocratique pour les municipales.

Le constat général concernant les difficultés du monde associatif a fait l’objet d’une tribune, publiée le 10 octobre dans le Club de Mediapart, d’élus écologistes de toutes les régions de France, maires ou chefs de file pour les municipales de mars 2026, intitulée « Pour des villes garantes et protectrices des libertés associatives ».

Près de 150 signataires soutiennent cette tribune qu’on lira avec intérêt. [1]

Elle rejoint les préoccupations de l’Observatoire des libertés associatives qui avec d’autres structures formulent 7 propositions pour des communes refuges des libertés associatives :

– Démocratiser la subvention en créant des commissions mixtes d’attribution
– Reconnaître les droits d’interpellation
– Créer un fonds d’interpellation citoyenne
– Limiter les appels à projet et favoriser les Contrats Pluriannuels d’Objectifs
– Créer un dispositif de médiation en cas de conflit association/institutions
– Mettre les libertés associatives à l’agenda des observatoires locaux
– S’engager pour le droit de réunion : universaliser l’accès aux salles municipales

Toutes ces éléments devraient nourrir le débat des municipales quant à l’avenir des associations dionysiennes.

Notes

[1On n’y trouvera pas les noms des propriétaires-gestionnaires de la marque Les Ecologistes-EELV, ici simple succursale de la majorité municipale de Mathieu Hanotin…