Article actualisé. Communiqué de soutien de la LDH au Collectif contre les violences policières. Sur le même sujet, le Collectif sera présent le lundi 8 décembre à 18h 30 à la réunion publique de Révolution Permanente à l’école Robespierre (à la Plaine). Saint-Denis, Porte de Paris, le 26 novembre 2025 : « Si tu prends mes collègues en photo, j’éclate ton appareil par terre », « Nous, il y en a qu’on aimerait bien broyer, mais on se retient »…

, par La Rédac’

Nous publions le courrier adressé au maire de Saint-Denis à propos des incidents impliquant plusieurs services de police lors d’un rassemblement citoyen à la Porte de Paris, le 26 novembre 2025 à Saint-Denis. Le collectif « Stop Violences Policières de Saint-Denis » a informé de ces incidents le Procureur de la République, le préfet du 93, le Défenseur des Droits, la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), le Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et pour la Paix (MRAP) ainsi que les députés Eric Coquerel et Stéphane Peu.

Samedi 29 novembre 2025, Saint-Denis

Monsieur le Maire,

Nous nous permettons de vous saisir afin de vous signaler des faits graves survenus le mercredi 26 novembre 2025, entre 17 h 30 et 18 h, à Porte de Paris, sur l’esplanade située devant la banque BNP, à proximité de la sortie de la ligne 13 du métro. Ce soir là, notre collectif « Stop Violences Policières de Saint-Denis » tenait, comme à l’accoutumée, un point fixe d’information visant à sensibiliser les passants aux violences policières, à rappeler les droits des citoyens et à diffuser une exposition de photographies documentant ces violences.

Cette initiative se déroule régulièrement, dans les mêmes conditions et sans incident jusqu’à présent. Après plus d’une heure d’échanges calmes avec le public, plusieurs agents de la police municipale à moto se sont approchés de notre stand. Ils ont observé les photographies exposées en tenant des propos moqueurs et en riant. L’un des agents a retiré plusieurs photos.
Celles-ci ont été récupérées par un groupe d’hommes qui faisait simultanément l’objet d’un contrôle d’identité, contrôle ciblant visiblement des personnes racisées se trouvant à proximité de notre stand. Des renforts ont alors été appelés.

D’autres agents, appartenant notamment à la police nationale et à la BAC, sont arrivés sur place. Plusieurs policiers ont pris de nombreuses photographies de notre groupe, à l’aide notamment de leurs caméras-piétons, sans qu’aucune explication ne nous soit donnée sur l’usage réservé à ces images. Un agent de la brigade cynophile de la police municipale (sans chien) nous a ensuite indiqué que la musique diffusée à faible volume pouvait constituer une nuisance sonore et que ce type de diffusion était habituellement interdit. Par souci d’apaisement, nous avons immédiatement éteint la musique. Peu après, un groupe composé d’environ onze policiers, toutes unités confondues (police municipale, police nationale et BAC en civil), a encerclé notre stand et nous-mêmes.

Nous étions neuf adultes et un bébé.

Les agents ont alors :
– retiré nos photographies exposées,
– inspecté l’ensemble de notre matériel,
– exigé nos identités ainsi que nos numéros de téléphone,
– tenu des propos moqueurs, intimidants et dénigrants à notre égard

Lorsque l’un d’entre nous a demandé la raison de la collecte de ces données personnelles et exprimé le refus de donner son numéro de téléphone, un gradé a répondu : « Pas de souci, mais dans ce cas, si besoin, on passera chez vous. »

Lors du contrôle d’identité, deux agents ont d’ailleurs répété explicitement qu’ils viendraient à notre domicile.

Plusieurs propos particulièrement graves ont été tenus :
– Un agent a déclaré, sur un ton ironique : « On se reverra à la perquisition. »
– Un membre de la BAC a pris en photo l’un de nos stickers renvoyant à l’application Snapchat puis a déclaré : « Ah ben on va les ajouter », laissant entendre une exploitation numérique de nos contenus sans aucune base légale.
– Un agent de la police nationale en uniforme s’est placé front contre front avec un journaliste présent sur place et a proféré à plusieurs reprises la menace suivante : « Si tu prends mes collègues en photo, j’éclate ton appareil par terre »
– Un agent de la BAC en civil a tenu les propos suivants à notre adresse : « Nous, il y en a qu’on aimerait bien broyer, mais on se retient »

Par ailleurs, les agents ont tenu des propos visant à discréditer notre action citoyenne, déclarant que nous « étions contre eux ». Lorsque nous avons précisé que nous dénoncions des comportements et non l’institution, l’un des chefs de la police nationale a engagé un débat tendu, tout en permettant à certains agents d’affirmer que nous n’avions « pas intérêt à nous rendre au commissariat ».

Lorsqu’un de nos membres a rappelé qu’il s’agissait d’un service public, il lui a
été répondu que c’était « bien dommage ». Lorsque nous avons évoqué quelques exemples de violences policières récentes sur notre ville (qui sont documentées), un agent de la BAC a rétorqué « on ne respecte que ceux qui sont respectables ».

Concernant la mort de Yanis, décédé à 20 ans en juin 2021 à la suite d’une course-poursuite par la BAC, à la Plaine Saint Denis, les échanges ont pris une tournure particulièrement choquante. Un gradé a exigé son nom complet à plusieurs reprises, puis a minimisé les faits en parlant de « faits divers qui arrivent tous les jours ».

Il a imposé sa version des événements à un membre de la famille présent, alors même
que celle-ci avait clairement exprimé ne pas vouloir en discuter. Malgré cela, l’officier a persisté, évoquant des éléments de la poursuite et contestant toute responsabilité policière. Plusieurs membres ont dénoncé le caractère intrusif, déplacé et douloureux de ces propos, compte tenu du deuil en cours.

Un journaliste, ayant présenté sa carte de presse et présent à nos côtés a, en outre, été menacé de destruction de son matériel dans le cadre de son travail.
Nous avons également assisté à des propos justifiant les contrôles répétés de certains jeunes, notamment racisés, sous couvert de lutte contre le trafic de stupéfiants, sans prise en compte des humiliations, du tutoiement, ni des contrôles abusifs dénoncés par les habitants.

Il est également apparu au cours des échanges que les photographies de nos pièces d’identité ont été transmises par les agents procédant au contrôle sur un groupe de messagerie WhatsApp, dont la finalité ne nous a à aucun moment été expliquée. Cette transmission, effectuée en dehors de tout cadre officiel identifiable, soulève de graves inquiétudes quant au respect des règles relatives à la protection des données personnelles, au secret professionnel et à l’usage réglementé des fichiers de police.

Aucun fondement juridique ne nous a été communiqué pour justifier une telle diffusion. L’ensemble de ces interventions s’est déroulé dans un climat d’intimidation manifeste, ne répondant à aucune nécessité d’ordre public immédiate, alors que notre action se déroulait de manière parfaitement pacifique.

Nous vous interrogeons donc expressément sur les points suivants :
– Quelle sera l’utilisation et le traitement des photographies et vidéos prises par les différents services de police ?
– Dans quel cadre juridique ont-elles été collectées ?
– Quelle est la finalité de la collecte de nos identités et coordonnées personnelles au regard des menaces verbales formulées ?
– Quelles mesures seront prises pour prévenir de tels comportements, contraires aux principes de neutralité, de proportionnalité et de respect des libertés publiques ?

Ces faits nous apparaissent d’autant plus graves qu’ils portent atteinte à la liberté d’expression, à la liberté de manifestation, au droit à l’information et à la dignité des personnes.

Nous sollicitons votre intervention afin que ces incidents fassent l’objet d’un examen sérieux et rigoureux, et que des garanties nous soient apportées quant au respect des droits fondamentaux sur le territoire communal.

Nous restons à votre disposition pour tout complément d’information.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de notre considération distinguée.

Le collectif « Stop Violences Policières de Saint-Denis ».

Lire ici la lettre ouverte de la LDH à Mathieu Hanotin et les raisons de sa saisine du Défenseur des droits.