Article actualisé. L’état des ouvertures et fermetures de classes (au 21 avril). Grève pour un plan d’urgence dans le 93 le 21 mai. Rentrée scolaire de septembre 2026 à Saint-Denis et Pierrefitte. La catastrophe annoncée, une attaque sans précédent de l’école publique.

, par Jimmy Markoum, enseignant et élu de la majorité municipale

Des organisations syndicales de l’éducation appellent avec l’association des parents d’élèves FCPE du 93 à rejoindre la grève nationale du 31 mars pour dénoncer les nouvelles attaques budgétaires du gouvernement contre l’école publique, notamment dans le 93.


L’état des ouvertures et fermetures de classes (au 21 avril) est consultable en fin d’article dans le portfolio.

Les établissements scolaires viennent de recevoir les prévisions budgétaires pour la rentrée scolaire de septembre 2026.

Pour les écoles maternelles et élémentaires de Saint-Denis et Pierrefitte [1], c’est une attaque sans précédent : 44 fermetures de classe (et 9 ouvertures) sont prévues.



C’est aussi l’accompagnement et l’inclusion des élèves en difficultés ou en situation de handicap et la protection des droits des enfants qui sont directement visés à travers la fermeture de :
– 3 postes de CSA EBEP (conseiller à la scolarisation des élèves à besoins particuliers)
– 2 classes ULIS (Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire) spécialisées dans le suivi des élèves qui ont des troubles spécifiques du langage (ex : dyslexie, dysphasie, dysorthographie, dyscalculie) ou des fonctions cognitives ou mentales
– 4 RASED ( Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté) qui sont des enseignant.e.s spécialisé.e.s dont le travail (pour les maîtres G) consiste à faire évoluer le rapport de l’élève à l’école (lui donner envie d’apprendre, lui redonner confiance en lui, l’aider à ajuster ses conduites corporelles, émotionnelles et intellectuelles).
– 1 poste UPE2A itinérant (Enseignant.e en unité pédagogique pour élèves allophones arrivants)
– 1 poste à la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse) qui prend en charge les mineurs en danger


C’est d’autant plus préoccupant dans une ville où il n’y toujours aucun médecin scolaire pour les 43 000 élèves scolarisés et des manques criants de PSY-EN (psychologues scolaires), d’infirmièr.e.s ou d’assistant.e.s sociales.


A l’échelle du département, l’éducation nationale prévoient plus largement 67 suppressions de postes d’enseignant.e.s, 296 fermetures et 115 ouvertures de classes. 


Le constat n’est pas plus réjouissant dans les collèges et lycées [2].



Les chiffres ont été diffusés par les organisations syndicales pour les collèges et les lycées. Si les attaques sont globalement moins violentes que dans le premier degré, elles continuent néanmoins de détériorer la situation d’établissements où les manques de moyens sont déjà dénoncés depuis des années. Les enseignant.e.s du lycée Bartholdi ont d’ailleurs lancé une pétition pour défendre de meilleures conditions d’apprentissage pour leurs élèves et certains établissements comme le lycée Suger subissent des coupes budgétaires drastiques (baisse prévue de 90 heures de cours hebdomadaires).

A l’échelle du 93, la réalité est alarmante, notamment dans les collèges pourtant classés en éducation prioritaire pour près de 2/3 d’entre eux.

Selon les prévisions de la direction académique, notre département accueillera à la rentrée 2026 près de 550 élèves en plus par rapport aux prévisions de la rentrée précédente. Pour accueillir ces élèves dans les mêmes conditions que cette année, il faudrait plus de 600 heures, soit 35 postes d’enseignant.e.s à temps plein.
La DSDEN n’en propose que 9. Conséquences prévisibles : l’augmentation du nombre d’élèves par classe. Cette dégradation est d’autant plus inacceptable qu’elle s’opère sans aucun renforcement des moyens de vie scolaire.

Par ailleurs, avec le plan « 800 collèges », le démantèlement de l’éducation prioritaire se poursuit en rejetant la faute de l’échec scolaire sur les équipes pédagogiques. Sous couvert d’un affichage volontariste, ce plan annonce vouloir agir sur 15 % des collèges accueillant une part importante d’élèves en difficulté aux évaluations du Brevet, en exigeant d’eux de meilleurs résultats sans garantie de moyens supplémentaires.

Seuls 59 établissements seraient concernés par ce nouveau dispositif, contre 81 actuellement classés en REP dans le département. Ce basculement n’a rien d’anodin : il marque une remise en cause profonde d’une politique éducative fondée sur des critères sociaux, au profit d’une logique de ciblage par les résultats et de mesure de la « performance ».
Ce choix revient à prévoir des économies sur le dos des établissements les plus fragiles. Dans les établissements ciblés, le « redressement » promis prend ainsi la forme d’un néo-management renforcé et d’une mise sous pression accrue des personnels.

Profiter de la baisse démographique des enfants : faire des économies ou améliorer les conditions d’apprentissage dans nos établissements scolaires ?

Pour la rentrée 2026, c’est 3 256 postes d’enseignant.e.s qui seront supprimés en France dans l’école publique (plus de 4000 en comptant l’école privée sous contrat) dont 1 891 dans les écoles du premier degré et 1 365 en collège et lycée.



Pour le gouvernement, il s’agit de profiter de la baisse démographique chez les moins de 18 ans pour combler le déficit public. Or, si cette chute est sensible depuis plusieurs années dans le premier degré – 107 600 élèves de moins sont attendus dans le public en 2026, après 96 000 déjà en 2025 –, elle ne fait que commencer et de manière très marginale dans les collèges et les lycées.

Ces derniers devraient perdre 29 000 élèves en 2026 sur plus de 5,6 millions…soit une baisse de 0,005%. 

Pour autant, depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, environ 10 000 postes d’enseignants du second degré ont déjà été supprimés au nom de la « priorité au primaire », historiquement sous-doté, tandis que les collèges et les lycées accueillaient 25 000 élèves supplémentaires.

De cette évolution, à rebours des courbes démographiques depuis plusieurs années, résulte un paradoxe : l’enseignement secondaire public compte aujourd’hui moins d’enseignants qu’en 2008, alors qu’il scolarise 250 000 élèves de plus.

A l’exception du lycée professionnel, les effectifs de classe se sont continûment alourdis, jusqu’à 26 élèves en moyenne par classe au collège et plus de 30 en lycée général et technologique, où 20 % des classes comptent plus de 35 élèves. Les heures supplémentaires des enseignants en poste ont explosé pour compenser les baisses d’effectifs, et le vivier d’enseignants remplaçants a fondu de moitié depuis vingt ans.


La baisse démographique devrait donc être justement une opportunité de réduire de manière significative le nombre d’élèves par classe et de répondre aux difficultés liées au non-remplacement des enseignant.e.s. En effet, la France est un des pires exemples européens dans les taux d’encadrement du nombre d’élèves par enseignant (18 élèves par enseignant en France contre 14 en moyenne dans l’OCDE pour le premier degré en 2025).

Et en Seine-Saint-Denis, un élève perd en moyenne plus d’un an et demi de scolarité durant son parcours en raison du non-remplacement des enseignant.e.s.




Une discrimination territoriale largement documentée



Depuis des années, les rapports et études se succèdent et mettent en lumière la discrimination territoriale que subissent nos établissements scolaires et nos enfants.

En 2018, le rapport d’information parlementaire Cornut-Gentille (LR) et Kokouendo (LREM) rappelle que « le moins bien doté des établissements parisiens est mieux doté que le plus doté des établissements de la Seine-Saint-Denis ». 70% de nos collèges publics ont un IPS (indice de positionnement social) moyen inférieur à 90, contre seulement 9% des collèges parisiens. 



En 2023, le rapport parlementaires Peu (PCF) - Decodts (Renaissance) prouve que, dans notre département, l’école ne tient pas sa promesse républicaine. En matière de handicap, il y a urgence : « 1600 places sont actuellement disponibles en Institut Médico-Educatif alors que 4400 enfants sont orientés par la Maison départementale des Personnes handicapées vers ces structures. ».

Ces réalités montrent malheureusement à quel point l’éducation prioritaire qui concerne 2/3 de nos écoles et collèges dans le département est surtout un slogan gouvernemental, loin des clichés sur le « pognon de dingue » qui serait dépensé par l’Etat pour notre territoire.



Alors que l’Etat investit en moyenne 8800 euros par an et par élève, il ne consacre que 6200 euros pour celles et ceux de Seine-Saint-Denis, département pourtant le plus jeune et le plus pauvre de France hexagonale. Soit 30% de moins.

De nombreux droits élémentaires sont déniés aux élèves : difficultés d’accès à la santé (40 % des établissements sans médecine scolaire ou infirmier∙e), moins d’accès aux bourses (service social scolaire inexistant depuis parfois 3 ans), locaux insalubres (infestations de nuisibles dans 30 % des écoles), sous- chauffés (50 % des collèges et lycées).



Pour un plan d’urgence 93



Face à cette situation d’urgence, une mobilisation d’ampleur pour un Plan d’urgence pour le 93 a alors été lancée au printemps 2024 à l’appel de l’intersyndicale éducation FSU 93 - CGT Éduc’Action 93 - SUD éducation 93 - CNT éducation 93 et de l’association de parents d’élèves FCPE 93. Enseignant.es, personnels, parents, élèves et élu.es se sont uni.es pour exiger un choc des moyens avec deux correctifs budgétaires pour sauver l’école publique : un pour le bâti et un pour les moyens humains. Ce dernier, à la hauteur de 358 millions d’euros au moins, demandait la création de postes manquants :
– 5000 postes d’enseignant·e·s,
– 2200 postes d’AESH,
– 650 postes d’AED,
– 320 postes d’Assistant·es Pédagogiques,
– 175 postes de CPE.

Jeudi 12 mars 2026, l’intersyndicale éducation FSU-CGT-SUD de Seine-Saint-Denis était reçue au ministère pour la 5ème audience consécutive, 2 ans après les dernières audiences après lesquelles l’intersyndicale n’avait jamais eu de réponses malgré les promesses. 

C’est aujourd’hui 30% de dotations budgétaires en mois pour nos écoles, soit 859 millions d’euros. Or, le ministère semble (re)découvrir la situation. La réponse qui leur a été faite : "les suppressions sont moindres qu’ailleurs ». L’algorithme ministériel aurait épargné notre département. Notre académie aurait « bénéficié d’un rééquilibrage des suppressions. » Face à un tel mépris, l’intersyndicale a exprimé sa colère et a exigé d’être de nouveau reçue et de ré-ouvrir les négociations avec le ministre lui-même.


Une municipalité en soutien des luttes car la lutte paye 

La mémoire militante de notre ville nous rappelle que la lutte permet de gagner des moyens. On peut en trouver un exemple majeur dans la mobilisation victorieuse de près de 2 mois des ensegnant·es et des parents de Seine-Saint-Denis au printemps 1998, il y a 26 ans. Malgré les réticences du ministre de l’époque, Claude Allègre, un plan spécifique 93 est finalement obtenu et près de 3000 postes sont créés. 


En 2015, démarrée contre les postes non pourvus et les absences non remplacées, la lutte sur plus de 6 mois avait permis d’arracher la création de 500 postes dans le département et un deuxième concours de recrutement au professorat des écoles pour les pourvoir.



La mobilisation des bonnets d’âne pour l’égalité

Contrairement à la municipalité PS précédente, nous assumerons de lutter avec les habitant.e.s pour faire respecter nos droits.

D’ailleurs, le 2 avril 2024, douze maires de gauche (Romainville, Bagnolet, Bobigny, L’Île-Saint-Denis, La Courneuve, Le Pré-Saint-Gervais, Les Lilas, Montreuil, Noisy-le-Sec, Pantin, Sevran et Stains) avaient mis en demeure l’État pour un plan d’urgence 93.
Le maire de Saint-Denis, Mathieu Hanotin, ne s’était pas joint au mouvement.

Rappelons d’ailleurs que les mesures catastrophiques pour la rentrée 2026 ne sont que le fruit du budget d’austérité imposé par 49.3 à l’Assemblée nationale par le gouvernement macroniste de Lecornu en février dernier.
Ce budget aurait pu être rejeté, comme l’ont été les budgets précédents de Barnier et Bayrou, grâce au vote de la motion de censure portée par la gauche. Mais le parti socialiste avait alors décidé de s’abstenir.
Il faut d’ailleurs souligner que ce budget est pire que le budget Bayrou, pourtant rejeté en septembre 2025, puisque le premier ministre avait fini par renoncer à la suppression prévue des 4000 postes.



RENDEZ-VOUS PREVUS A SAINT-DENIS


- Les parents d’élèves de la FCPE Saint-Denis-Pierrefitte organise un rassemblement vendredi 03 avril devant la mairie de Saint-Denis à 17h30


 AG des grévistes - 31 mars - Bourse du travail de Saint-Denis - Rdv à 10h00.
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L’intersyndicale FSU-CGT-SUD-CNT appelle à un cortège 93 dans la manifestation du 31 Mars à Paris. 14h00 au départ de la station RER Luxembourg.

Notes

[1sur 107 écoles dont 89 à Saint-Denis (45 maternelles - 44 écoles élémentaires) et 18 à Pierrefitte (9 écoles maternelles - 9 écoles primaires)

[2La ville compte 11 collèges (9 à Saint-Denis et 2 à Pierrefitte) et 6 lycées publics (5 à Saint-Denis et 1 à Pierrefitte) - exception faite de la Maison d’éducation de la Légion d’honneur au statut particulier